CITES, Bangkok – Constat accablant de la 16è conférence : Débats dominés par le trafic illégal des animaux – les législations impuissantes face à cette criminalité de mieux en mieux organisée.

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Arrêter les trafics d’animaux et leurs mafias

acites éléphantA un bout de la chaîne, un éléphant mort et dépouillé de sa face. A l’autre, de fins bracelets d’ivoire. Entre les deux, un marché noir organisé d’une ampleur sans précédent qui frappe aussi les autres espèces emblématiques du monde sauvage : rhinocéros, tigres, crocodiles, pythons ou grands singes.
Ce trafic illégal, évalué à plusieurs milliards de dollars chaque année, se révèle être l’un des plus lucratifs après ceux des armes et de la drogue. Et, de tous, le moins sanctionné. En l’absence d’un droit international adéquat, les trafiquants sont condamnés à des peines de prison minimales.
acites tigreA la seizième conférence des parties de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore menacées d’extinction (Cites), qui s’est achevée à Bangkok jeudi 14 mars, la question a dominé les débats. Elle n’est pas nouvelle. Mais elle résonne comme un cinglant échec. Depuis la création de la Cites, il y a quarante ans, les mesures et les législations ont été impuissantes face à cette criminalité de mieux en mieux organisée.
Le braconnage des éléphants a triplé en quinze ans en dépit du moratoire sur le commerce de l’ivoire imposé par la Cites depuis 1989. Près de 30 000 animaux ont été abattus en 2012. En Afrique du Sud, 668 rhinocéros ont été tués en 2012 contre seulement 13 cinq ans auparavant. Leur corne, faite de kératine, à l’instar de nos ongles et de nos cheveux, vaut de l’or au Vietnam ou en Chine, où l’on imagine qu’elle guérit du cancer.
Pour agir contre ce trafic, il faut d’abord prendre conscience de sa gravité. Ces braconnages ne sont pas seulement des atteintes à la biodiversité. Ils déstabilisent des sociétés tout entières, affaiblissent les écosystèmes et les revenus des populations locales, détournent l’argent d’entreprises légales et menacent, notamment dans certaines parties d’Afrique, la sécurité régionale. Depuis plusieurs années, entre le Soudan et le Cameroun, des bandes de braconniers liés à des mouvements armés pillent, en se jouant des frontières et des Etats, les derniers troupeaux d’Afrique.
En dépit de ce constat accablant, les Etats ne font rien. Ou si peu. Aujourd’hui, pour la plupart des pays, la protection des espèces sauvages n’est pas une priorité. Elle reste souvent négligée et mal comprise. Sans parler de la corruption jusqu’au plus haut niveau, qui permet à ces mafias de prospérer.
Il est impératif de cesser de traiter ce commerce comme un simple problème environnemental. Les pistes ne manquent pas pour freiner l’extension de cette nouvelle pieuvre. Il faudrait donner aux Etats, par exemple, les capacités de former leurs douaniers et de se doter des techniques d’enquête modernes afin d’identifier les trafiquants. Pour cela il faut de l’argent. A ce jour, seules les grandes ONG de la conservation ont été capables de mobiliser des fonds jusqu’à devenir le principal bailleur d’Interpol, qui n’a pas les moyens de financer ses récentes ambitions en matière de lutte contre le crime environnemental.
Il serait vain cependant d’imaginer donner un coup d’arrêt à ces trafics sans que la Chine, qui en est le principal client, agisse à son tour. A Bangkok, la communauté internationale a renoncé à brandir l’arme des sanctions, préférant donner à Pékin le temps de se doter d’un  » plan d’action « . Il est à craindre que cela soit bien insuffisant.
Edito17/18/03/2013 © Le Monde

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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