Les avantages des policiers et gendarmes critiqués par la Cour des comptes

Le Parisien – 18 mars 2013 – Olivier Arandel avec AFP
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ILLUSTRATION. Les avantages des policiers et gendarmes ont été épinglés ce lundi par un rapport de la Cour des comptes. Notamment en comparaison avec les autres fonctionnaires.
«Insuffisance de la gestion des dépenses», «tendance au dépassement des crédits votés», «accumulation des mesures catégorielles» qui leur sont accordées… Les avantages des policiers et gendarmes ont été épinglés ce lundi par un rapport de la Cour des comptes, notamment en comparaison avec les autres fonctionnaires.
 Les dépenses de rémunération ont par exemple augmenté de plus de 10% dans la police et de plus de 5% dans la gendarmerie tandis que pour l’ensemble des agents de l’Etat la hausse n’était que de 4%. Pour corriger le tir, la juridiction financière de l’ordre administratif français préconise, entre autres, une «pause salariale» que dénoncent déjà les syndicats de police.

Des coûts en hausse après des réformes… qui devaient les réduire

En 2011, la Cour avait déjà mis en cause la gestion des forces de l’ordre et le bilan des années Sarkozy. Cette fois, elle a passé au crible leurs dépenses de rémunération et leur temps de travail. En dépit «de la suppression de 7 000 emplois du fait du non remplacement d’un départ à la retraite sur deux, ces dépenses ont continué d’augmenter rapidement» entre 2006 et 2011, souligne le rapport.

Un augmentation que la Cour explique par «l’importance des mesures catégorielles» accordées aux forces de l’ordre pour améliorer leurs «déroulements de carrière et rémunération». Elle cite notamment l’adoption d’une importante réforme des corps et des carrières des policiers, en 2004, puis des gendarmes, en 2005. De nouvelles dispositions qui «se sont traduites par une succession de mesures catégorielles» modifiant leur statut et, bien entendu, leurs grilles indiciaires de salaire et leurs primes. Résultat: le coût de ces réformes est finalement supérieur aux économies qui devaient découler des réductions d’effectifs.

19 millions d’heures supplémentaires cumulées !

Sur le temps de travail, la Cour épingle l’aberration du système des heures supplémentaires des policiers: 19 millions d’heures au total qu’ils sont évidemment dans «l’impossibilité» de récupérer et qu’ils accumulent au fil du temps. L’institution recommande par ailleurs de «renoncer à l’objectif de parité des rémunérations» des deux forces de l’ordre envisagé au moment du rattachement des gendarmes à l’Intérieur en 2009 (plutôt qu’à la Défense puisque ce sont des militaires).

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Un des nombreux déploiements policiers à Notre-dame-des-Landes… la routine
«Spécificité» du métier du fait de sa «dangerosité» ?

Pour harmoniser de nouveau le statut de l’ensemble des fonctionnaires, la Cour préconise une «pause salariale» dans la police et la gendarmerie. De quoi faire grincer les dents des syndicats qui ont vivement réagi à cette suggestion qualifiée par Patrice Ribeiro, secrétaire général de Synergie (second syndicat d’officiers), de «prétexte» pour «entraver» les négociations prévues en avril avec le ministère. «Nous sommes contre», a fait savoir son homologue du Snop-SCSI (majoritaire), Jean-Marc Bailleul. Selon les syndicats, le rapport de la Cour oublie le caractère «spécifique» du métier, sa «dangerosité», sa «pénibilité» et l’absence de droit de grève. Pour eux, ce rapport serait donc «parcellaire, partiel et partial».

Côté UMP, le rapport a fait réagir le conseiller régional d’Île-de-France Bruno Beschizza, ancien syndicaliste policier, qui se dit «étonné» car «des policiers et des gendarmes décèdent chaque année» et «la valorisation de ces métiers atypiques et dangereux est normale».

Le président de la commission des lois de l’Assemblée nationale, Jean-Jacques Urvoas, spécialiste des questions de sécurité au PS, estime que ce «rapport vient illustrer un constat» qu’il avait dressé en 2012. Et que le fautif n’est autre que… Nicolas Sarkozy. Selon Urvoas, l’ex-président de la République, auparavant ministre de l’Intérieur, a «légué à la France une situation intenable. Nos forces de sécurité sont de moins en moins nombreuses et coûtent de plus en plus cher», accuse le socialiste tout en définissant Manuel Valls comme le ministre de l’Intérieur devant permettre «qu’une bonne direction prenne le pas sur une mauvaise gestion».

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