CHYPRE • Le chantage a remplacé la solidarité

Courrier International –  18 mars 2013 –
En imposant une taxe sur les dépôts bancaires en échange d’un plan d’aide de 10 milliards d’euros, les dirigeants de la zone euro ont commis au mieux “un dangereux précédent”, au pire, “un chantage”, selon la presse européenne.
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Sur la pancarte : « Pour les banques » « Pour les Russes » – Un dessin de Mur paru dans la Süddeutsche Zeitung
Le Parlement chypriote a dit massivement « non » au plan de sauvetage européen. Les vingt-sept s’étaient accordés à verser 10 milliards d’euros à Chypre. En contre-partie, l’Etat chypriote devait récupérer près de la moitié de cette somme en taxant les dépôts bancaires, une mesure conspuée par les citoyens chypriotes. La Grèce a, de son côté, appelé la zone euro à corriger le tir.
Le Parlement chypriote a rejeté mardi un très impopulaire plan de sauvetage conclu samedi avec l’Eurogroupe et censé éviter une faillite de l’île, par 36 voix contre, 19 abstentions et aucune pour.
« Chypre appartient à son peuple »
« Le projet a été rejeté », a affirmé le président du Parlement Yiannakis Omirou. Le vote contre le plan qui prévoit une taxe exceptionnelle et sans précédent sur les dépôts bancaires a été accueilli par une explosion de joie par des milliers de manifestants réunis devant l’Assemblée.
L’accord conclu le 16 mars entre Chypre, l’Eurogroupe et le FMI prévoiyait une taxe de 6,6% sur les dépôts inférieurs à 100 000 euros, et 9,9% au-dessus. Qualifée d’ “arbitraire”, d’ “expropriation » ou encore d’ “hasardeuse”, la mesure menace la solidarité entre pays de la zone euro, voire la libre circulation des capitaux au sein de l’Union, soulignent les commentateurs. Sous le titre L’Europe bâcle un autre sauvetage, le Financial Times condamne la taxe inattendue sur les dépôts, avant d’ajouter : “La zone euro commençait à trouver le bon chemin pour se sortir d’une crise de la dette qui évolue en permanence, mais elle vient de retomber dans ses vieux travers”.
“Qu’elle soit légale ou non, cette véritable violation de la nature même de la garantie des dépôts – en vertu de laquelle les petits épargnants européens sont certains que les dépôts d’un montant inférieur à 100 000 € ne seront pas menacés, même si leur banque est au bord du gouffre – trahit de façon impardonnable ceux qui ont le plus à perdre et qui sont le moins responsables.
Face à un État membre en perdition, les dirigeants ont accroché du plomb au cou de Chypre au lieu de lui jeter une bouée de sauvetage. […] Étant donné la structure du bilan des banques chypriotes, certains dépôts allaient nécessairement être touchés. En revanche, l’affirmation du président Nicos Anastasiades selon laquelle il n’y avait pas d’autre solution que le plan adopté est une insulte faite aux petits épargnants et entrepreneurs chypriotes. […] Les risques pour l’Europe sont tout aussi considérables. […] Le plus grand danger est d’ordre politique. La prescription de l’austérité pour tous, associée au traitement de faveur accordé aux grands investisseurs au sein des banques, irrite de plus en plus les électeurs européens. Les responsables n’ont fait que mettre de l’huile sur le feu.

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