Nicolas Sarkozy : climat extrêmement tendu jeudi, dérapant jusqu’aux menaces. / UMP : Tous contre le juge ! / Henri Guaino explose en direct

Nouvel Obs 23/03/2013

« C’est une injustice. Je n’en resterai pas là »

L’audition de l’ancien président s’est déroulée dans un climat extrêmement tendu jeudi, dérapant jusqu’aux menaces.
Mis en examen, l’ancien président Nicolas Sarkozy a dénoncé « une injustice » et fait savoir qu’il « n’en restera pas là », rapporte « le Monde« , samedi 23 mars.
Le juge bordelais Jean-Michel Gentil, en charge du dossier Bettencourt, a entendu Nicolas Sarkozy jeudi, dans un climat extrêmement tendu. Après avoir été mis en examen pour « abus de faiblesse » à l’encontre de la milliardaire Liliane Bettencourt, l’ex-président a critiqué « une injustice », selon le quotidien. Avant de lâcher excédé : « Ne vous inquiétez pas, je n’en resterai pas là. »
Le magistrat interprète cette phrase comme une menace à peine voilée. Le juge Gentil demande alors à sa greffière de noter l’incident et de l’inscrire sur le procès-verbal d’audition. Mais l’avocat de Nicolas Sarkozy, Me Thierry Herzog, s’y oppose vivement, jusqu’à ce que M. Gentil y renonce.
 L’indépendance de la justice
Interrogé par « le Monde », l’avocat du juge Gentil, Me Rémi Barousse, dénonce « les réactions outrancières qui se sont manifestées après la mise examen de M. Sarkozy. Le juge ne fait que son travail, dans le respect de la loi. Il existe des voies de recours pour les mis en examen. J’entends certains responsables politiques dire que M. Gentil porterait atteinte à la République, mais ce sont au contraire ceux qui tiennent ces propos outranciers qui attentent à l’indépendance de la justice et à nos institutions. »
La ministre de la justice Christiane Taubira a, elle aussi, regretté vendredi « tous propos qui porteraient atteinte à l’honneur des juges » et assuré les magistrats de son soutien. Elle « rappelle que l’indépendance de l’autorité judiciaire est garantie par la Constitution [et que] les juges d’instruction sont des magistrats du siège qui assurent leur mission en toute indépendance et conformément au droit. »
De son côté, Me Thierry Herzog a demandé vendredi au parquet de Bordeaux de rendre publics divers éléments de la confrontation entre son client et des membres du personnel de Liliane Bettencourt, portant notamment sur la présence possible de deux majordomes en même temps que lui chez celle-ci. L’avocat de Nicolas Sarkozy entend notamment « éviter la propagation d’informations parcellaires ou inexactes ». Me Herzog réclame de rendre public que Nicolas Sarkozy « a maintenu n’avoir eu qu’un seul rendez-vous » avec André Bettencourt, le samedi 24 février 2007, comme indiqué dans les agendas des deux hommes, et que les quatre témoins « ont tous déclaré n’avoir vu qu’une  seule fois » l’ex-président chez les Bettencourt.
Sarkozy « n’a pas démenti une autre visite chez les Bettencourt »
 Rue 89 L’édito 23/03/2013 à 09h14

Mise en examen de Sarkozy : tous contre le juge !

Pascal Riché
Sarkozy ayant été mis en examen, les babines se sont retroussées, les crocs ont brillé : le clan s’est retourné contre celui qui est à l’origine de ce crime de lèse-chef, le juge Jean-Michel Gentil.
Les attaques ont fusé depuis jeudi, au point que la garde des Sceaux, Christiane Taubira, a dû intervenir pour défendre les magistrats. Le centriste François Bayrou a été choqué et l’a fait savoir : « Ce sont ces attaques qui sont inacceptables. Une démocratie c’est une presse libre et une justice libre et les attaques infondées contre les juges sont des attaques directes contre la démocratie. »
Rarement une campagne contre un juge n’avait eu en France une telle violence. Le député Henri Guaino, ex-conseiller spécial de Sarkozy, est allé le plus loin dans la déconsidération de Jean-Michel Gentil, affirmant qu’il « déshonorait » la justice.
De leur côté, les habituels flingueurs Brice Hortefeux, Laurent Wauquiez ou Guillaume Peltier (vice-président de l’UMP) ont dénoncé les supposées arrière-pensées politiques du juge, sur fond de popularité croissante de leur leader. Ont-ils conscience du ridicule de cette supposition ? Imaginent-ils vraiment le juge Gentil préparant sa mise en examen le nez sur les sondages ?
L’arme des politiques les moins recommandables
Guillaume Peltier : « Plus Nicolas Sarkozy est populaire, plus il subit un troisième tour judiciaire. Tout est fait pour le compromettre et le salir. »
Ce n’est pas la première fois que le clan s’attaque ainsi à un juge. En marge des affaires Clearstream et Karachi, c’était le juge Renaud Van Ruymbeke qui était la cible. En mai 2006, le garde des Sceaux de l’époque, Pascal Clément, avait ordonné une enquête sur sa façon de travailler…
Puis, en arrivant à l’Elysée, Sarkozy avait décidé de supprimer la fonction de juge d’instruction. Sarkozy lui-même s’en était pris au juge dans le cadre du « Karachigate » :
Laurent Wauquiez : « Comme par hasard, on tombe maintenant avec la soi-disant mise en examen de Nicolas Sarkozy, la semaine où une information judiciaire est ouverte sur monsieur Cahuzac. Je ne crois pas au hasard des calendriers. »
« Pendant deux ans, on m’a poursuivi pour l’affaire Clearstream au Luxembourg. Tiens, c’était Van Ruymbeke aussi ; tiens, c’était le même ; alors c’est curieux, tiens… »
Six ans plus tard, le juge a été blanchi de ces accusations. C’est à lui qu’a été confiée l’affaire Cahuzac.
Déconsidérer les juges en leur attribuant des biais idéologiques est une très vieille technique utilisée par de nombreux hommes politiques dans le monde, mais en général, ce ne sont pas les plus recommandables. C’était le sport favori de George W. Bush qui s’en prenait à ces juges « non élus » qui s’arrogeaient le pouvoir de « faire la loi ». Ou encore de Silvio Berlusconi qui fustigeait en la magistrature le « cancer de la démocratie » et comparait les juges qui le harcelaient aux terroristes des Brigades rouges…
« Mani pulite » à la française
, Woerth-Compiègne, Sarkozy-sondages, Sarkozy-Karachi, Cahuzac, Guérini, DSK-Carlton... En France, les juges s’attaquent aujourd’hui, non sans courage, comme l’avaient fait leurs collègues italiens dans les années 90 avec l’opération « mani pulite », aux maux qui minent la politique : corruption, fraudes, violation des règles électorales…
Dans les différentes affaires en cours, chacune des personnalités mises en cause est présumée innocente, mais des éléments sont suffisamment importants pour que l’enquête se poursuive. Peut-être toutes ces affaires se termineront-elles par des non-lieux et des relaxes : il faut l’espérer, pour notre démocratie. Mais au moins, la justice aura fait son travail. Les hommes politiques devraient donc l’encourager dans cette voie. Ou au moins, se taire, respecter le travail des juges, et donc respecter la démocratie.
En terres UMP (Baudry)

anojuge_gentil

Aller plus  loin
Rue 89 22/03/2013

Henri Guaino explose en direct : lui aussi mis en examen ?

Invité de Bruce Toussaint ce vendredi matin sur Europe 1, Henri Guaino, ancien conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, a complètement craqué. Furieux de la décision du juge Gentil de mettre l’ancien Président en examen pour abus de faiblesse sur Liliane Bettencourt, il le fait savoir : « Je trouve que cette décision est irresponsable. […] Je conteste la façon dont il [le juge Gentil, ndlr] fait son travail, je la trouve indigne, je le dis. Je trouve qu’il a déshonoré un homme, il a déshonoré les institutions, il a aussi déshonoré la justice. »
Il qualifie l’accusation d’abus de faiblesse tour à tour de « grotesque », d’« accusation insupportable », d’« invraisemblable » et « d’intolérable » et appelle le juge à venir « s’expliquer publiquement » des « fondements, faits précis, concrets et irréfutables » qui lui a permis une telle incrimination.
« Il devrait communiquer ses éléments à tous les Français. »
« Détruire, salir, abaisser la République »
Selon Henri Guaino, ce n’est pas le destin de Nicolas Sarkozy qui est en jeu – « enfin pas son destin personnel », il précise – mais celui de la France. Qualifiant, à plusieurs reprises, « d’extrêmement grave » la décision du juge, il l’accuse de « détruire, salir, abaisser la République ».
Certain de l’innocence de Nicolas Sarkozy, Henri Guaino parle d’une « affaire montée de toutes pièces » : « Aucun homme sensé dans ce pays ne peut penser un instant que Nicolas Sarkozy s’est livré sur cette vieille dame richissime à un abus de faiblesse. C’est absolument grotesque. »
Si, lui rappelle Bruce Toussaint : le juge Gentil et quelques journalistes qui ont enquêté sur l’affaire.
L’Union syndicale des magistrats veut porter plainte
L’Union syndicale des magistrats n’a pas franchement apprécié l’intervention de Henri Guaino – « les limites ont largement été franchies », estime Christophe Régnard, président du syndicat – et envisage de porter plainte.
« J’ai envie de dire à monsieur Guaino qu’il déshonore la République et qu’il déshonore les fonctions qu’il occupe de député. »
Il rappelle au passage au député le principe du secret de l’instruction.
Dans le même genre d’échange d’amabilités, Patrick Balkany a lancé un « je vous emmerde » à l’avocat de l’ancien majordome de Liliane Bettencourt, ce vendredi matin sur RMC..

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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