Escroquerie – Arnaque à domicile : Passer une nuit à l’hôtel peut coûter moins cher que faire ouvrir sa porte par le premier dépanneur venu.

 Sud-Ouest 24/03/2013 Par DOMINIQUE RICHARD

 Bordeaux : ces dépanneurs à domicile qui vous arnaquent

Le dépannage à domicile est devenu une jungle où des aigrefins profitent du désarroi des clients et gonflent abusivement les factures. Exemple à Bordeaux.

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Une petite intervention peut se traduire par une grosse ponction. (Lartigue Stephane)
C’est sans doute la première affaire illustrant l’ampleur des arnaques au dépannage à domicile à être jugée en Aquitaine. À la fin du mois de février, le dirigeant de l’éphémère société Dépannage urgence Bordeaux (DUB) a été condamné à quatre mois de prison avec sursis, assortis d’une interdiction de gérer de cinq ans, pour tromperie et publicité mensongère.
Créée en 2011, l’entreprise a été liquidée un an plus tard après avoir fait l’objet d’une rafale de doléances. Disposant de locaux rue Fondaudège, à Bordeaux, mais domiciliée à Paris, elle était pilotée par un quasi illettré au profil d’homme de paille, même si l’enquête des services de la concurrence et de la consommation ne l’a pas établi.
 3 980 € l’évier bouché !
Avec le recul, on se demande comment des consommateurs acceptent de régler rubis sur l’ongle des sommes pareilles pour des interventions bénignes : 4 457 € pour le changement de deux serrures alors que le prix annoncé au téléphone était de 280 €, 2 400 € pour la remise en marche risquée à l’aide d’un sèche-cheveux d’un compteur électrique douché par un violent orage…
Chez certains particuliers, l’urgence domestique, qu’elle concerne une fuite d’eau, un robinet percé ou une panne électrique, génère un stress galopant. Comme si avoir laissé ses clés à l’intérieur de son appartement pouvait être comparé à l’une des dix plaies d’Égypte ! Tous ces clients en transe font le bonheur des aigrefins. Ils ont tous les culots, à l’image de l’un des saint-bernard de Dépannage urgence Bordeaux. Arrivé ventre à terre comme le lièvre de la fable au domicile d’une jeune fille, il se proposait de déboucher son évier pour la modique somme de 3 980 €.
Pour appâter le chaland, la société bordelaise, dont les « techniciens » étaient rarement déclarés, ne lésinait pas sur la promotion. En utilisant notamment l’un des grands classiques du genre : la diffusion massive dans les boîtes aux lettres et les commerces d’un dépliant d’adresses utiles où, entre les numéros de téléphone des pompiers, de SOS Médecins ou de la mairie, figure plutôt deux fois qu’une celui de Dépannage urgence Bordeaux.
Pour s’imposer sur ce marché juteux, les Pieds Nickelés du dépannage misent avant tout sur la pub de façon à sortir tête de liste sur les Pages jaunes ou lors des recherches sur Google. N’ayant pas les moyens de jouer des coudes dans cette course à l’échalote, les petits artisans et les véritables professionnels deviennent littéralement invisibles sur la Toile. D’autant que les nouveaux venus brouillent astucieusement les pistes en adossant à leur raison sociale des mentions qui inspirent confiance : « père et fils », « les bâtisseurs », « les compagnons »…
Une fois sur les lieux du sinistre, les rois de l’urgence n’ont plus qu’à tirer profit du désarroi de leurs clients. Les tarifs annoncés prennent de l’embonpoint, des heures imprévues de main-d’œuvre se rajoutent au fur et à mesure que les dépanneurs changent des pièces alors qu’il n’y en a nul besoin.
Procédures en cours
Pour une malheureuse fuite, certains sont prêts à désosser le chauffe-eau ; pour une porte fermée à clé, on remplace le bloc serrure alors que la pose d’un cylindre suffirait. Peu qualifiés, employés souvent au noir, les « techniciens » sont fréquemment rémunérés au pourcentage. Rien d’étonnant à ce qu’ils cherchent à corser l’addition.
À l’image de feu la société bordelaise DUB, la plupart des dépanneurs ont leur siège à Paris, même quand ils travaillent en province. Des dizaines de procédures judiciaires sont actuellement en cours dans la capitale, où le ménage est loin d’être fait. Ce qui devrait normalement inciter les consommateurs à la plus élémentaire prudence. En cas de pépin, « don’t panic », comme diraient les Anglais. Il est plus sûr de prendre le temps de se renseigner. Passer une nuit à l’hôtel peut coûter bien moins cher que faire ouvrir sa porte par le premier dépanneur venu.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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