Le plan de l’UMP pour déstabiliser Manuel Valls – A la demande de Copé, l’UMP lance une offensive contre M. Valls

 copé la haine

Jean-François Copé a donné le 20 mars à ses cadres une consigne sans ambiguïté : le ministre de l’intérieur est désormais  » l’homme à abattre « 

LE MONDE | 26.03. Par Alexandre Lemarié
L’UMP ne veut plus ménager Manuel Valls. Jean-François Copé a demandé à ses troupes de concentrer leurs attaques contre la politique menée par le ministre de l’intérieur. « Les résultats de Manuel Valls ne méritent pas qu’on lui tresse des lauriers », a lancé le président de l’UMP, lors du bureau politique du parti, le 20 mars.
Copé 01« Jean-François Copé a été très clair : il a donné la consigne de démythifier Valls, très populaire à droite », explique l’ancien ministre de l’intérieur Brice Hortefeux, présent au bureau politique avec Claude Guéant, autre prédécesseur de M. Valls place Beauvau. « Le message était en substance : « N’en faites pas un des nôtres et ne laissons pas s’installer une vallsmania en le présentant comme l’équivalent de Nicolas Sarkozy à ce poste » », précise un proche de M. Copé.
Le message a été entendu. Chiffres à l’appui, les responsables de l’UMP se relaient dans les médias pour dénoncer le bilan du ministre de l’intérieur. « Les statistiques sont très mauvaises », assure M. abrice_hortefeux_86875Hortefeux, selon lequel la délinquance globale serait à son plus haut niveau depuis dix ans. « Elle n’a jamais été aussi élevée », affirme Eric Ciotti, spécialiste des questions de sécurité à l’UMP, en citant notamment une forte hausse des cambriolages et des vols à la tire. Avant de lister pêle-mêle les règlements de comptes à Marseille, la Corse et l’attaque du RER D.
Les responsables de l’UMP accusent Manuel Valls de porter un discours de fermeté tout en étant « très laxiste » dans les faits. « Derrière la vigueur des mots, il y a une faiblesse des actes qui aboutit à moins de protection pour les Français », estime M. Hortefeux. « Valls est très bon dans la parole, mais pas dans la pratique », juge M. Ciotti. « Sur les Roms, il en fait des caisses, suscite des attentes et n’a aucun résultat immédiat », accuse enfin un proche de M. Copé.
Après avoir dénoncé l’échec de l’exécutif dans le domaine économique et social, l’UMP a donc décidé d’investir plus fortement le thème de la sécurité, qui fait partie des marqueurs de la droite. Le principal parti d’opposition veut coller aux attentes de l’opinion. « Il y a deux sujets de préoccupation chez les Français : le chômage et la sécurité », affirme-t-on.
Samedi, Jean-François Copé a passé le message aux cadres de son parti réunis à Paris. Sur la sécurité, « pas question de laisser perdurer cette petite musique insupportable selon laquelle la gauche serait efficace au motif que le ministre de l’intérieur est populaire, a lancé le président de l’UMP. Pas question de laisser ce terrain aux socialistes et au Front national ».
« CRITIQUER SANS CONCESSION »
L’idée de porter le fer contre la politique de M. Valls a refait surface récemment au sein du parti. « Il y a trois semaines, on s’était dit qu’il fallait dénoncer plus fortement son bilan », explique M. Ciotti. Certains, ne partageant pas cette ligne dure, voulaient simplement souligner « l’impuissance » du ministre de l’intérieur. M. Copé a tranché : l’UMP doit tirer à boulets rouges sur le locataire de la place Beauvau.
Le maire de Meaux (Seine-et-Marne) montre lui-même la voie à suivre. Quand il a défendu la motion de censure de son parti, le 20 mars, à l’Assemblée, M. Copé a expliqué vouloir « critiquer sans concession » les aspects économiques et sociaux de la politique du gouvernement, avant d’ajouter : « Il y aurait pourtant beaucoup à dire sur vos échecs en matière de sécurité. » Dimanche, il a dressé un bilan très sévère du gouvernement en la matière et a pronostiqué : « Ce sera l’un des domaines qui aura le plus caractérisé l’échec de ce quinquennat. »
xavier bertrand.jpg NalairCes derniers jours, chacun y est allé de sa petite phrase à l’UMP. C’est « un des plus mauvais ministres de l’intérieur », selon Xavier Bertrand. Il « trahit » les Français en masquant la réalité de la hausse de la délinquance, d’après Valérie Pécresse. Les critiques actuelles de l’opposition à l’encontre de M. Valls ne seraient qu’une mise en bouche. « Elles vont monter en intensité dans les semaines à venir« , explique un cadre de l’UMP.
Le 4 avril, la prochaine convention du parti sera consacrée au thème de la sécurité. L’offensive doit se poursuivre ensuite… Mi-avril, Brice Hortefeux a par exemple prévu d’insister sur « les mauvais chiffres » de M. Valls, lors d’une émission de radio.
CHANGEMENT D’ATTITUDE
L’attitude de l’opposition a évolué vis-à-vis du ministre de l’intérieur. A l’automne 2012, des responsables UMP vantaient ses qualités pour le pousser à mener une politique « de droite » et mieux critiquer celle menée par la ministre de la justice, Christiane Taubira, jugée « laxiste ». M. Guéant avait ainsi adressé un bon point à son successeur, le 20 septembre, sur Europe 1, déclarant : « Je soutiens sa politique. » En novembre, Jean-Pierre Raffarin avait même jugé que son camp n’avait pas « intérêt à fragiliser » M. Valls, « le ministre le plus à droite » du gouvernement.
Mais le contexte a changé. L’exécutif est au plus bas dans les sondages, le gouvernement ne compte plus beaucoup de poids lourds après la démission de Jérôme Cahuzac… Seule une tête dépasse au sein du gouvernement : celle de Manuel Valls, qui culmine en tête des baromètres de popularité. Fort de ce constat, l’UMP entend affaiblir le seul ministre qui surnage vraiment. D’autant que son nom circule parmi les possibles successeurs de Jean-Marc Ayrault à Matignon.
Persuadé de retrouver M. Valls sur sa route dans les années à venir, le président de l’UMP souhaite affaiblir dès maintenant un potentiel concurrent sur la route de l’Elysée, dans la décennie à venir. « Le préventif ne nuit pas… », sourit un proche de M. Copé.
Alexandre Lemarié

Ump pg

 Le plan de l’UMP pour déstabiliser Manuel Valls

l’UMP a donc décidé d’investir plus fortement le thème de la sécurité, qui fait partie des marqueurs de la droite. M. Copé a tranché : l’UMP doit tirer à boulets rouges sur le locataire de la place Beauvau.

A la demande de M. Copé, l’UMP lance une offensive contre M. Valls

Persuadé de retrouver M. Valls sur sa route dans les années à venir, le président de l’UMP souhaite affaiblir dès maintenant un potentiel concurrent sur la route de l’Elysée
Le 20 mars, le président de l’UMP a donné la consigne à ses troupes de concentrer leurs attaques sur le bilan du ministre de l’intérieur.  » Ne laissons pas s’installer une vallsmania  » : tel est le message délivré par M. Copé aux cadres du parti
L’UMP ne veut plus ménager Manuel Valls. Jean-François Copé a demandé à ses troupes de concentrer leurs attaques contre la politique menée par le ministre de l’intérieur.  » Les résultats de Manuel Valls ne méritent pas qu’on lui tresse des lauriers « , a lancé le président de l’UMP, lors du bureau politique du parti, le 20 mars.
 » Jean-François Copé a été très clair : il a donné la consigne de démythifier Valls, très populaire à droite « , explique l’ancien ministre de l’intérieur Brice Hortefeux, présent au bureau politique avec Claude Guéant, autre prédécesseur de M. Valls place Beauvau.
 » Le message était en substance : « N’en faites pas un des nôtres et ne laissons pas s’installer une vallsmania en le présentant comme l’équivalent de Nicolas Sarkozy à ce poste » « , précise un proche de M. Copé.
Le message a été entendu. Chiffres à l’appui, les responsables de l’UMP se relaient dans les médias pour dénoncer le bilan du ministre de l’intérieur.  » Les statistiques sont très mauvaises « , assure M. Hortefeux, selon lequel la délinquance globale serait à son plus haut niveau depuis dix ans.  » Elle n’a jamais été aussi élevée « , affirme Eric Ciotti, spécialiste des questions de sécurité à l’UMP, en citant notamment une forte hausse des cambriolages et des vols à la tire. Avant de lister pêle-mêle les règlements de comptes à Marseille, la Corse et l’attaque du RER D.
Les responsables de l’UMP accusent Manuel Valls de porter un discours de fermeté tout en étant  » très laxiste «  dans les faits.  » Derrière la vigueur des mots, il y a une faiblesse des actes qui aboutit à moins de protection pour les Français « , estime M. Hortefeux.  » Valls est très bon dans la parole, mais pas dans la pratique « , juge M. Ciotti.  » Sur les Roms, il en fait des caisses, suscite des attentes et n’a aucun résultat immédiat « , accuse enfin un proche de M. Copé.
Après avoir dénoncé l’échec de l’exécutif dans le domaine économique et social, l’UMP a donc décidé d’investir plus fortement le thème de la sécurité, qui fait partie des marqueurs de la droite. Le principal parti d’opposition veut coller aux attentes de l’opinion.  » Il y a deux sujets de préoccupation chez les Français : le chômage et la sécurité « , affirme-t-on.
Samedi, Jean-François Copé a passé le message aux cadres de son parti réunis à Paris. Sur la sécurité,  » pas question de laisser perdurer cette petite musique insupportable selon laquelle la gauche serait efficace au motif que le ministre de l’intérieur est populaire, a lancé le président de l’UMP. Pas question de laisser ce terrain aux socialistes et au Front national « .
L’idée de porter le fer contre la politique de M. Valls a refait surface récemment au sein du parti.  » Il y a trois semaines, on s’était dit qu’il fallait dénoncer plus fortement son bilan « , explique M. Ciotti. Certains, ne partageant pas cette ligne dure, voulaient simplement souligner  » l’impuissance «  du ministre de l’intérieur. M. Copé a tranché : l’UMP doit tirer à boulets rouges sur le locataire de la place Beauvau.
Le maire de Meaux (Seine-et-Marne) montre lui-même la voie à suivre. Quand il a défendu la motion de censure de son parti, le 20 mars, à l’Assemblée, M. Copé a expliqué vouloir  » critiquer sans concession «  les aspects économiques et sociaux de la politique du gouvernement, avant d’ajouter :  » Il y aurait pourtant beaucoup à dire sur vos échecs en matière de sécurité. «  Dimanche, il a dressé un bilan très sévère du gouvernement en la matière et a pronostiqué :  » Ce sera l’un des domaines qui aura le plus caractérisé l’échec de ce quinquennat. « 
Ces derniers jours, chacun y est allé de sa petite phrase à l’UMP. C’est  » un des plus mauvais ministres de l’intérieur « , selon Xavier Bertrand. Il  » trahit «  les Français en masquant la réalité de la hausse de la délinquance, d’après Valérie Pécresse. Les critiques actuelles de l’opposition à l’encontre de M. Valls ne seraient qu’une mise en bouche.  » Elles vont monter en intensité dans les semaines à venir « , explique un cadre de l’UMP.
Le 4 avril, la prochaine convention du parti sera consacrée au thème de la sécurité. L’offensive doit se poursuivre ensuite… Mi-avril, Brice Hortefeux a par exemple prévu d’insister sur  » les mauvais chiffres «  de M. Valls, lors d’une émission de radio.
L’attitude de l’opposition a évolué vis-à-vis du ministre de l’intérieur. A l’automne 2012, des responsables UMP vantaient ses qualités pour le pousser à mener une politique  » de droite  » et mieux critiquer celle menée par la ministre de la justice, Christiane Taubira, jugée  » laxiste « . M. Guéant avait ainsi adressé un bon point à son successeur, le 20 septembre, sur Europe 1, déclarant :  » Je soutiens sa politique. «  En novembre, Jean-Pierre Raffarin avait même jugé que son camp n’avait pas  » intérêt à fragiliser «  M. Valls,  » le ministre le plus à droite  » du gouvernement.
Mais le contexte a changé. L’exécutif est au plus bas dans les sondages, le gouvernement ne compte plus beaucoup de poids lourds après la démission de Jérôme Cahuzac… Seule une tête dépasse au sein du gouvernement : celle de Manuel Valls, qui culmine en tête des baromètres de popularité. Fort de ce constat, l’UMP entend affaiblir le seul ministre qui surnage vraiment. D’autant que son nom circule parmi les possibles successeurs de Jean-Marc Ayrault à Matignon.
Persuadé de retrouver M. Valls sur sa route dans les années à venir, le président de l’UMP souhaite affaiblir dès maintenant un potentiel concurrent sur la route de l’Elysée, dans la décennie à venir.  » Le préventif ne nuit pas… « , sourit un proche de M. Copé.
Alexandre Lemarié
Edition du 27 mars 2013 © Le Monde

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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