L’Europe et Chypre : Le sauvetage des popes et des oligarques russes

Le Canard Enchainé du 27/03/2013 Jérôme Canard

imagesCAV4COHL

Dans leur fureur taxatrice, les autorités européennes ont notamment épargné deux banques très particulières…
La première, Hellenic Bank, troisième établissement de l’île, appartient à l’église orthodoxe chypriote. Cette sainte institution est aussi le principal actionnaire du premier producteur de bière de l’île. Santé ! La seconde, VTB, est une banque russe, semi-publique, qui gère les fonds des nombreuses sociétés proches du Kremlin. En s’installent à Nicosie, celles-ci ont pu bénéficier d’une fiscalité agréable et d’un laxisme certain sur l’origine des fonds.
Le président Poutine et son premier ministre Medvedev, après avoir exprimé leur colère après l’annonce du premier plan, ont, depuis, mis de l’eau dans leur vodka. Dès lundi matin, une fois connus les détails du second plan, la Russie a fait savoir qu’elle était prête à assouplir les conditions du prêt de 2,5 milliards d’euros qu’elle a accordé, il y a deux ans, à Chypre. Tout en accompagnant cette déclaration du souhait de voir ses capitaux baladeurs revenir du côté de la Moskova. Ce qui n’est probablement pas demain la veille.

humeur_802_europe_chypre_sauvetage

Car, malgré le sévère plan de rigueur imposé à l’île par le FMI, la BCE et l’Union européenne, Chypre restera un sympathique paradis : le taux de l’impôt sur les sociétés n’augmentera que de 2,5% pour atteindre 12,5%. En France, il s’élève à près de 35%. Preuve que l’Europe fiscale avance aussi vite que l’Europe bancaire et monétaire !
La CNP bien plombée
Il y a au moins un établissement français qui va devoir payer son écot à la faillite chypriote : CNP Assurances, premier assureur-vie français.
Contrôlée par l’Etat et la Caisse des dépôts, CNP se revendique « assureur responsable ». La preuve : elle a eu la bonne idée, en 2008, de placer pas moins de 100 millions d’euros dans les banques chypriotes. Une décision de son directeur général de l’époque, Gilles Benoist, remplacé en septembre dernier par Frédéric Lavenir.
Benoist émargeait à 900 000 euros par an, une somme qui donne à réfléchir mais qui n’empêche pas de commettre des erreurs de gestion. Au conseil d’administration de la CNP figurait pourtant la fine fleur de la finance française, dont le directeur du Trésor à Bercy, un certain Xavier Musca, qui deviendra secrétaire général de l’Elysée sous Sarkozy.
Une équipe de la CNP est partie en catastrophe à Nicosie, en début de semaine, pour essayer de récupérer quelques euros. Ils ont une bonne assurance ?

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
Cet article, publié dans Economie, Europe, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.