Séquence Carla Bruni – la même logique rhétorique en trois temps : Tous les Français connaissent les trucs de l’acteur et metteur en scène Sarkozy Ça ne prend plus.

abruno rogerpetit
Nouvel Obs 27/03/2013 Par Bruno Roger-Petit Chroniqueur politique

Sarkozy mis en examen : Carla Bruni (mauvaise) actrice d’un plan comm’ grossier

L’ancien président n’a tiré aucune leçon de son échec, figé qu’il est dans un passé qu’il ne peut dépasser.
Carla bruni SarkozyLE PLUS. Sur RTL, Carla Bruni-Sarkozy a évoqué la mise en examen de son mari, mercredi 27 mars. Elle a fait part de sa souffrance et de son incompréhension, jugeant inimaginable que Nicolas Sarkozy ait pu profiter de la faiblesse de Liliane Bettencourt. Une séquence émotion trop jouée pour être vraie ? Analyse de notre chroniqueur politique Bruno Roger-Petit.
Entendu Carla Bruni au micro de RTL défendre son mari, mis en examen pour abus de faiblesse dans l’affaire Bettencourt.
 Laurent Bazin a recueilli les propos de l’épouse de Nicolas Sarkozy, et il faut bien le reconnaître, ce fut un grand moment de radio. Les quelques secondes que durent la réponse de Carla Bruni vont entrer directement dans le panthéon de ces moments que l’on n’oublie pas.
 Une voix fluette, presque inaudible

Carla bruni droit dans les yeux hi hi

 Donc, interrogeant l’épouse de l’ancien président dans la cadre de la promotion de son nouveau disque, comme ses confrères dans le même cas, Laurent Bazin s’est hasardé à poser l’inévitable question que l’on ne pouvait pas ne pas poser. On ne pourra pas dire que Laurent Bazin n’a pas lancé astucieusement le sujet, jouant de l’empathie pour obtenir une réaction de Carla Bruni-Sarkozy : « Avez-vous envie de sortir les griffes après cette décision de justice ? »
 Mais la forme et le ton de la réponse de Carla Bruni-Sarkozy, entre prétérition et émotion ne lassent pas de surprendre. D’une voix fluette, presque inaudible, Carla dit : « Oui, j’ai envie, mais je n’ose pas ». Et ajoute aussitôt :  « C’est un peu une épreuve pour moi d’en parler. C’est douloureux pour ma famille, mais je ne souhaite pas en parler »
Et quand Laurent Bazin, qui semble s’adresser à Ravaillac à une minute du début de son exécution, lui demande si elle pense qu’il s’agit d’acharnement contre son mari, la réponse est encore plus sidérante : « Non, c’est simplement inimaginable que cet homme-là puisse abuser de la faiblesse d’une dame qui a l’âge de sa mère. Je ne sais pas comment vous dire, c’est impensable ! »
 Fin de la séquence Carla sur RTL, mais apparemment, bien d’autres organes de presse ont eu droit aux mêmes propos, qui suivent tous la même logique rhétorique en trois temps : « C’est horrible, je ne veux pas en parler, mon mari ne peut avoir abusé d’une vieille dame qui pourrait être sa mère ».
 Il est même loisible de noter que Carla Bruni a tenu exactement les mêmes propos au « Parisien » que ceux tenus au micro de Laurent Bazin pour RTL, notamment sur le rapport de Nicolas Sarkozy à Liliane Bettencourt :  « Ce que je peux vous dire, c’est que c’est impensable d’imaginer qu’un homme comme lui puisse abuser de la faiblesse d’une dame qui a l’âge de sa mère ».
 Une com’ jouée, rejouée, voir surjouée
Président ou pas, les séquences médiatiques où Nicolas Sarkozy s’exerce à la communication de crise sont identiques. Le schéma demeure immuable, quelle que soit la nature de la crise, se traduisant par un enchainement systématique, plus que perceptible dans la crise ouverte par sa mise en examen de la semaine passée :
 1. Séquence mise en cause personnelle (la mise en examen)
2. Séquence réaction massive des proches, fans, amis, supporters (Guaino, Morano, etc. s’en prenant au juge)
3. Séquence répercussion de propos « off » faisant état de la détermination et de la volonté de Nicolas Sarkozy, et pour finir (images dans les JT du domicile de Sarkozy avec commentaires relatifs à la préparation de la contre attaque)
4. Séquence émotion avec Carla au front pour humaniser l’ensemble (cf. supra)
 Ainsi fonctionne la communication de crise Sarkozy depuis plus de vingt ans. En apparence, c’est un beau travail de professionnel. On n’est loin de la communication hollandaise qu’il est impossible de décrypter, du reste, dans la mesure où l’on ne peut disserter sur ce qui n’existe pas. Pour autant, cette communication sarkozyste est porteuse, as usual, de ses propres faiblesses, surtout en 2013.
 On a déjà tellement vu et revu le film, tant de fois, qu’il est aujourd’hui vraisemblable que l’opinion publique française est mithridatisée contre la com’ de crise sarkozyste. Ça ne prend plus. Trop de com’ de crise, inlassablement jouée et rejouée, voir surjouée façon Carla, finit par tuer la com’ de crise.
 Tous les Français connaissent les trucs de l’acteur et metteur en scène Sarkozy, et il n’y a plus guère que le dernier carré de ses électeurs, ses 25% de Français coupés des 75% restants, qui ne le réalisent pas.
 Des propos inauthentiques et inadaptés
 Cette communication ne peut plus fonctionner parce qu’elle est perçue, en outre, comme inauthentique. Qui écoute le document de RTL, entendant la voix si faible, à peine perceptible de Carla Bruni, émettre dans un souffle qui semble ultime « Non, c’est simplement inimaginable, c’est tellement inimaginable », ne peut que penser à la marionnette de cette dernière, qui répète en boucle tout ce qu’elle dit.
 Le simple fait d’établir ce rapport mental suffit à démontrer que le procédé, non seulement éculé, usé jusqu’à la corde, ne peut plus convaincre. Ce qui n’est pas authentique, donc ridicule, ne peut susciter ni émotion ni adhésion.
 Enfin, cette communication n’est plus adaptée à la personne de Nicolas Sarkozy, à ce qu’il incarne profondément aux yeux d’une majorité de Français, et au rejet qui continue de le stigmatiser (au-delà des rangs des électeurs UMP nostalgiques, c’est entendu).
L’argument de Carla Bruni (déjà entonné par tous les proches et supporters de l’ancien président) souffre d’un défaut majeur. « C’est inimaginable », nous dit-elle, reprenant l’élément de langage clé du weekend, entonné par tous les défenseurs de l’ancien président et élaboré, si l’on en croit « Le Parisien », par sa garde rapprochée : « Vous imaginez Sarkozy abuser d’une vieille dame ? »
 Eh bien oui, justement, et c’est bien là le problème de l’ancien président. Beaucoup de Français sans doute (une majorité) le jugent certainement capable de cela, tout simplement parce qu’ils ont vécu, dix ans durant, au rythme de ses histoires et aventures. Les Français connaissent mieux Sarkozy que lui.
 Contrairement à ce que pensent Nicolas, Carla et les autres, cette communication de crise est porteuse de son contraire. Usée, inauthentique et inadaptée, elle ne les aide pas, elle les enfonce et les englue dans l’incarnation d’un passé anxiogène. Elle prouve, in fine, que Nicolas Sarkozy, joue sans cesse le même film, tel un John Wayne en fin de carrière.
 L’ancien président n’a tiré aucune leçon de son échec, figé qu’il est dans un passé qu’il ne peut dépasser.
Édité par Sébastien Billard  Auteur parrainé par Benoît Raphaël

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A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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