Pape François – nombreuses innovations : Sortir des manières routinières / Le pape s’inquiète pour « les enfants » français retenus en otage

LE MONDE | 29.03.2013 Par Stéphanie Le Bars Rome, envoyée spéciale.

Le pape demande aux prêtres de ne pas se contenter d’être des « gestionnaires »

Au son d’une guitare sèche, devant une cinquantaine de prisonniers, le pape François a une nouvelle fois bousculé le protocole. Délaissant les ors de la basilique Saint-Pierre ou ceux de Saint-Jean de Latran, prisés par ses prédécesseurs, le pape argentin a célébré, jeudi 28 mars, la messe de la Cène dans une prison pour jeunes détenus de la banlieue de Rome.
Double innovation : deux jeunes filles, une catholique et une musulmane, figuraient parmi les douze personnes de nationalités et de confessions diverses, retenues pour la traditionnelle cérémonie du lavement des pieds, qui commémore, selon la tradition chrétienne, le geste de Jésus à la veille de sa crucifixion.
Le pape qui, depuis son élection, appelle l’Eglise et son clergé à toucher les « périphéries », semble résolu à joindre le geste à la parole. Un début de pontificat de « témoignage » qui ne plaît guère aux courants les plus conservateurs de l’Eglise, inquiets de voir le mode de vie adopté par François désacraliser la fonction papale. Cette semaine, le pape a annoncé avoir renoncé aux vastes appartements pontificaux pour habiter dans 90 m2 situés au cœur d’une résidence, où il pourra continuer de vivre en communauté et éviter un trop grand isolement.
ŒUVRER  LÀ « OÙ SE TROUVENT LA SOUFFRANCE ET LE SANG VERSÉ »
Lors de la « messe chrismale » (au cours de laquelle est consacré le saint chrême, huile qui sert dans certains sacrements) célébrée jeudi matin dans la basilique Saint-Pierre devant 1 600 prêtres, le pape s’est livré à une critique, en creux, de certaines attitudes ecclésiales. Dans une homélie, courte et accessible, comme il semble les affectionner, il a demandé aux religieux de ne pas être seulement des « gestionnaires », mais avant tout des « médiateurs ». Il a de nouveau insisté sur la mission évangélisatrice de l’Eglise au-delà de ses propres cercles, appelant les prêtres à investir « les périphéries », à œuvrer « pour les pauvres, les prisonniers, les opprimés, les malades, ceux qui sont tristes et seuls », là « où se trouvent la souffrance et le sang versé ».
Au cours de cette première des sept cérémonies qui vont ponctuer le week-end pascal célébrant, pour les chrétiens, la mort et la résurrection de Jésus, le pape a aussi demandé aux membres du clergé d’aller « là où le peuple fidèle est exposé à l’invasion de ceux qui veulent saccager sa foi ». Comparant la foi à « l’huile sainte » dont sont oints les prêtres, le pape les a incités à « sortir d’eux-mêmes », à ne pas « la conserver dans un vase, parce que l’huile deviendrait rance et le cœur amer ». Le pape François leur a, au contraire, conseillé d’être des « pasteurs pénétrés de l’odeur de leurs brebis », des « médiateurs entre Dieu et les hommes ».
Critiquant des « prêtres tristes ou gestionnaires », il a aussi évoqué la « supposée crise d’identité sacerdotale » qui « nous menace tous et se greffe sur une crise de civilisation ». « Mais si nous savons dompter cette vague, a-t-il estimé, nous pourrons aller sur la mer du monde actuel et jeter les filets. » L’assistance a applaudi.
« SORTIR DE NOS MANIÈRES ROUTINIÈRES DE VIVRE LA FOI »
La mission évangélisatrice de l’Eglise et une plus grande ouverture sur le monde sécularisé sont les leitmotive du nouveau pape depuis son élection ; et, à de rares exceptions près – importance du dialogue avec l’islam, demande de paix en Centrafrique –, il n’a guère dévié de ce message. Lors de sa première audience, mercredi 27 mars, il a encore déclaré, devant 15 000 personnes, qu’il fallait « sortir de nos manières routinières de vivre la foi, sans se lasser, [à la recherche] de la brebis perdue ».
Dès le préconclave, le cardinal Jorge Mario Bergoglio avait résumé ce programme devant ses confrères et mis en garde contre les risques d’une Eglise repliée sur elle-même. « Evangéliser suppose, pour l’Eglise, l’audace de sortir d’elle-même, pour aller vers les périphéries, non seulement géographiques, mais aussi existentielles : celles du mystère du péché, celles de la douleur, celles de l’injustice, celles de l’ignorance et de l’absence religieuse, celles de la pensée, celles de toute misère. » Faute de quoi l’Eglise devient «  »autoréférente » et tombe malade », développant une « sorte de narcissisme théologique ».
Un ouvrage paru vendredi en français, qui reprend une méditation du futur pape en 2006, développe ces idées. Dans Amour, service et humilité (éd. Magnificat, 144 pages, 14,50 euros), le cardinal Bergoglio invite le clergé « à être disponible pour les autres », l’incitant à « ne pas exclure quiconque par étroitesse de vue ou pour divergence de caractère ». « Conscients que l’Eglise est beaucoup plus vaste et diversifiée, les prêtres [doivent accepter] que cette Eglise s’incarne aussi dans des formes différentes de celles qu’ils promeuvent », affirme encore le cardinal, apparemment critique d’une Eglise trop cléricalisée.
Le pape en est pour l’heure à imprimer un style et à proclamer sa vision de l’Eglise. Il lui reste maintenant à prendre et à assumer ses premières décisions, pour confirmer la voie qu’il semble vouloir tracer.
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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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