Russie et médias : Poutine et les « ennemis du peuple »

Arte-Journal – 01/04/2013 – Claire Stephan
imagesCAYRYAT7Pression sur les médias indépendants, l’opposition civile, tentatives de contrôle de l’internet, interdiction de financement des ONG depuis depuis l’étranger… le troisième mandat de Vladimir Poutine est de bien mauvaise augure pour les droits fondamentaux et la liberté d’expression en Russie. A mesure que sa cote de popularité chute et que l’image de son parti  »Russie Unie » est entachée par des scandales de corruption, la rhétorique du maître du Kremlin se teinte de relents staliniens. Le président russe n’hésite plus à dénoncer ces  »ennemis du peuple » et autres  »ennemis de l’extérieur » qui cherchent à déstabiliser la Russie.
Liberté de la presse, vous avez dit liberté de la presse ?
Intimidations, menaces de mort, poursuites judiciaires.. depuis que Vladimir Poutine été réélu président en mars 2013, la Russie a perdu six places dans le classement de la liberté de la presse publié par Reporters sans Frontières et se retrouve désormais en 148ème position. L’ère Poutine, ouverte en 2000, est aussi celle des assassinats de journalistes : plus de 150 d’entre eux ont été tués en Russie en raison de leurs prises de position. Plus d’une vingtaine de meurtres sont toujours non-élucidés.
Novaïa Gazeta, la bête noire du Kremlin
Novaïa Gazeta a été fondé en 1993, au lendemain de la Perestroïka. 49 % du journal bihebdomadaire sont détenus par l’ex-président Mikhaïl Gorbatchev et le milliardaire russe Alexandre Lebedev. Depuis sa création, Novaïa Gazeta ne cesse de lutter pour sa survie et paie sa liberté de ton à coups de pressions, de menaces et d’assassinats. Depuis 2000, six de ses collaborateurs ont déjà tués par balles ou empoisonnement dont Anna Politkovskaïa, grande spécialiste du Caucase, Natalia Estemirova militante des Droits de l’homme en Tchétchénie. Les commanditaires des meurtres n’ont toujours pas été retrouvés…
Sans titre
Les thèmes traités par Novaïa Gazeta sont tous ceux que les autorités russes cherchent à étouffer : les scandales politiques et mafieux, les violations des Droits de l’homme, la corruption, les groupuscules d’extrême droite, la xénophobie ou encore la Tchétchénie. Le troisième mandat de Vladimir Poutine ne devrait pas être plus sécurisant pour les journalistes de la rédaction qui affirment qu’il est aujourd’hui moins dangereux de partir en reportage dans la Caucase que d’enquêter sur la corruption dans la banlieue de Moscou.

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Les autorités russes ont aussi des moyens de pression financiers, elles n’hésitent pas à intimider les annonceurs afin qu’ils publient moins d’encarts publicitaires dans le journal alors qu’ils sont sa principale source de financement. L’an passé, en février, les salaires ont été même suspendus pendant un mois suite à une vaste inspection du fisc russe lancée par les autorités.
Ne rien voir, ne rien dire
Alors que les députés s’apprêtent, sur ordre du Kremlin, à renforcer les mesures anti-corruption et à faire voter une loi qui interdit aux hauts fonctionnaires de posséder des actifs à l’étranger, il vaut mieux se garder de dévoiler ce type d’affaires. Le rédacteur en chef du quotidien Moskovski Komsomolets s’est ainsi vu demander des excuses publiques par le parlement. Une demande de confiscation de l’immeuble où se trouve sa rédaction lui a également été adressée. Le parti présidentiel Russie-Unie, majoritaire à la Douma, et le parti ultranationaliste LDPR accusent désormais la presse indépendante et d’opposition (Novaïa Gazeta, Dojd, Radio Echo de Moscou , Moskovski Komsomolets ) de vouloir déstabiliser le pays, avec « la main de l’étranger ». Pour Vladimir Jirinovski, ces derniers poussent le pays « à une révolution similaire à celle d’octobre 1917 ». « Nous n’oublierons pas et nous ne pardonnerons pas » a déclaré, de son côté, le numéro deux de Russie Unie.

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Non aux injures
Toujours très inspiré lorsqu’il s’agit de museler la presse indépendante, le parti Russie Unie vient aussi de faire adopter une loi visant à bannir les insultes et les jurons dans les médias russes. Le texte doit encore être examiné dans les prochains jours par le Conseil de la Fédération. Les amendes pourront osciller entre 50 et 5000 euros, selon la gravité des termes employés, précise l’initiateur du projet et vice-président de la Douma et membre du parti Russie Unie, Sergueï Jeleznyak. Ces amendes pourront toutefois être retirées si l’article concerné est dépublié dans les 24 heures…
Claire Stephan pour ARTE Journal

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