A QUOI SERVENT LES POLITICIENS ?

Politique du Chaos – décembre 2012 – Cédric Citharel
La question n’est pas si insensée. Si nous sommes attachés à ces personnes supposées nous représenter dans les institutions, cela ne doit pas nous empêcher de nous demander ce qu’elles font là, à quoi elles servent, et surtout, pour qui elles travaillent.
jack-lang-sieste-assemblee-nationaleParce que dans beaucoup de cas, même leur légitimité est remise en cause. Entre les fraudes, les découpages électoraux, les arrangements entre amis et les places réservées, on est en droit de se demander si chacun est bien à sa place dans le jeu politique. Puisqu’on parle de démocratie, pourquoi tolère-t-on que les ministres ne soient pas choisis parmi les parlementaires élus, que les sénateurs soient élus par leurs copains, et que seule la loi qui stipule que les candidats doivent être humains empêche les partis de faire élire une chèvre à l’assemblée dans les circonscriptions qui leur sont favorables ?
Pour pousser un peu plus loin le raisonnement, on peut aussi s’étonner de voir que les médias exposent les politiciens déjà connus et ne daignent faire un effort pour les autres que lorsqu’ils sont sûrs que l’audimat suivra. Déjà, Napoléon III avait été élu parce que son nom n’était pas inconnu des Français, il est regrettable de voir que depuis tout ce temps, la démocratie n’a pas beaucoup évolué.
Et maintenant que nous nous sommes demandé si les politiciens sont réellement élus, on peut se demander s’ils font vraiment leur travail de politicien. Ils sont supposés nous écouter et voter des lois qui résolvent nos problèmes. Le constat est totalement différent : ils n’écoutent que les instituts de sondages et votent les lois en fonction des demandes qui viennent des groupes de pression qui les entourent. En d’autres termes, les politiciens ne cherchent plus à devenir populaires grâce à leurs idées, mais à le rester malgré leurs décisions. Ensuite, ils se retranchent derrière des rapports d’experts, des travaux institutionnels et un principe de réalité élaboré par les économistes dont le travail est justement de limiter le pouvoir du politique pour justifier leur inaction.
Dans ce contexte, toute élection s’apparente à la signature d’un chèque en blanc, et même lorsque l’on s’intéresse aux candidats qui se revendiquent « hors du système » on peut voir qu’ils sont peu nombreux à parler de diminuer le nombre de députés, d’imposer un âge maximum pour les sénateurs, de prôner le non-cumul des mandats et de vouloir favoriser les initiatives locales et la démocratie directe. Les élections ne s’apparentent plus à une délégation de pouvoir, mais bien à une confiscation.

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Alors, pour la prochaine république (celle qui ne viendra qu’après un séisme, puisque nos élites ne céderont rien sans y être obligées) pourquoi ne pas privilégier un pays sans politiciens ? Les sondages se chargent de nous demander notre opinion. Des lois pourraient être votées avec un système pétitionnaire et promulguées après référendum. Les lobbyistes n’auraient plus à corrompre nos représentants, mais à convaincre l’opinion et les débats pourraient se tenir sur Internet. Ils seront mieux suivis que ceux de l’Assemblée nationale, où ceux qui ne dorment pas lisent le journal, quand ils ont fait l’effort de se déplacer.
Qu’est-ce qu’il nous manquera alors par rapport au système actuel ? Qu’est ce que les politiciens peuvent apporter, et qui fait défaut aux citoyens ? Une idéologie qui sert de ligne directrice ? Une vision claire de l’avenir ? Rien. Il n’y a rien que l’on ne peut pas mieux faire que ceux pour qui nous votons, à condition que l’on élabore un système dans lequel nous pouvons nous exprimer et délibérer sereinement. Et c’est justement la raison pour laquelle ils ne veulent pas d’un tel système.

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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