CHYPRE – Plongeon de l’économie : Restructuration à la hache

LE MONDE | du 13.04.2013 Philippe Ricard

Le sauvetage de Nicosie coûtera deux fois plus cher que prévu aux Chypriotes

La facture du naufrage de Chypre ne cesse de s’alourdir : les ministres des finances de l’Union européenne devaient examiner les besoins de l’île, vendredi 12 avril à Dublin, tout en donnant leur feu vert au programme d’ajustement négocié par les bailleurs de fonds internationaux.
La veille, Nicosie a indiqué que le coût du sauvetage lancé voici deux semaines était passé de 17,5 à 23 milliards d’euros sur trois ans, en raison du plongeon de l’économie chypriote. Soit quelque 130 % du produit intérieur brut (PIB) du pays ! « Les besoins se sont accrus du fait de la détérioration rapide de la situation économique, et du naufrage du secteur bancaire », indique-t-on à Bruxelles.
La charge sur les épaules de la population, et des banques chypriotes, risque d’être encore plus lourde. Sur ce montant, seuls 10 milliards seront en effet financés, comme convenu le 25 mars, par la troïka (Fonds monétaire international ou FMI, Commission et Banque centrale européennes), mais les pays de la zone euro et l’institution de Washington n’entendent pas aller au-delà. Pour eux, pas question d’alourdir au-delà du soutenable l’endettement du pays, qui doit, espèrent-ils, revenir à 100 % du PIB en 2020. Du coup, ce ne sont plus 7, mais 13 milliards d’euros qui seront à la charge des Chypriotes.
L’ampleur des pertes imposées aux gros déposants et aux créanciers des banques en difficulté sera augmentée en proportion des besoins. Elles passeraient à 10,6 milliards d’euros au lieu des 5,8 milliards initialement prévus.
RESTRUCTURATION À LA HACHE
hache 01La première banque du pays, Bank of Cyprus, est promise à une profonde restructuration financée par les pertes infligées aux déposants et créanciers. Quant à la deuxième, Laiki, dont les guichets n’ont pas rouvert, elle est en liquidation. Dans l’ensemble, les dépôts supérieurs à 100 000 euros doivent subir une ponction qui pourrait aller jusqu’à 60 % de leur montant, selon le FMI. Christine Lagarde, la directrice générale du fonds, avait refusé voici deux semaines la demande du président chypriote, Nicos Anastasiades, de limiter à 30 % les pertes imposées aux plus gros épargnants.
Le reste des financements proviendra des privatisations pour au moins 1 milliard d’euros. Il est aussi prévu d’augmenter les prélèvements fiscaux, dont l’impôt sur les sociétés, pour 600 millions d’euros, et de vendre une partie des réserves d’or de l’île (pour 400 millions). La troïka attend aussi 100 millions d’euros de la baisse des taux d’intérêt du prêt consenti en 2011 par la Russie, afin, à l’époque, de retarder la perspective d’un plan de sauvetage.
« Une restructuration de la dette souveraine semble très probable » dans ces conditions, commentent les analystes de Citigroup. Mais cette perspective n’est pas à l’ordre du jour à ce stade pour les pays de la zone euro, qui espèrent surtout, en faisant porter l’effort sur les banques, assainir un secteur soupçonné de blanchiment d’argent.
Reste que cette restructuration à la hache du secteur bancaire chypriote – qui représente huit fois le PIB du pays – risque d’avoir un impact dévastateur pour le financement des entreprises, et l’activité en général. D’après la troïka, l’économie chypriote devrait se contracter fortement, pour chuter de 8,7 % en 2013, et encore de 3,9 % en 2014, avant de repartir timidement à la hausse en 2015. Des estimations qui ne devraient pas empêcher les ministres des finances d’entériner les modalités du plan d’aide à Nicosie, vendredi. Et d’ouvrir ainsi la voie à la ratification de celui-ci dans les parlements concernés, dont le Bundestag allemand dès la semaine prochaine.
L’Autriche résiste à la levée du secret bancaire
Les Européens devaient faire pression sur l’Autriche pour que le pays accepte de lever le secret bancaire, suivant l’exemple du Luxembourg, lors de la réunion des ministres des finances de l’Union européenne, vendredi 12 avril, à Dublin. De plus en plus isolée, l’Autriche est le dernier des Vingt-Sept à conserver une forme de secret bancaire. Les débats s’annoncent animés, en particulier entre le ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble, qui fait campagne contre le secret bancaire, et son homologue autrichienne, Maria Fekter, qui a promis de se battre « comme une lionne » pour le conserver.
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