Mariage pour tous – la radicalisation des opposants témoigne d’une conception singulière de la démocratie. Cette révolte réactive l’un des ressorts profonds du « peuple de droite »…

Éditorial  Le MONDE | 16.04.2013

Mariage gay : radicalisation contre débat démocratique

 François Hollande l’affirmait, il y a peu, à la télévision : il a le cuir dur, les nerfs solides et le « sang froid ». Il va en avoir besoin pour tenter d’apaiser le climat électrique qui s’installe dans le pays. Déjà, pour défendre leur cause, les opposants au « mariage pour tous » ont détourné les affiches de Mai 68. Nul doute que les opposants – de tous bords – au président de la République sont désormais tentés de reprendre à leur compte le slogan qui fit, alors, florès : « Chaud, chaud, chaud, le printemps sera chaud ! »

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Sur fond de crise économique et sociale, la réforme du mariage offre aux esprits échauffés un terrain d’action propice. Ils ne lésinent ni sur les moyens (manifestations, harcèlement de quiconque est favorable à cette réforme, opérations coup de poing), ni sur les cris d’orfraie. Il a suffi, au lendemain de l’adoption du texte par le Sénat, que le gouvernement accélère le calendrier parlementaire et prévoie une deuxième lecture à l’Assemblée dès cette semaine, pour que l’une parle de « dictature », l’autre de « guerre civile » ou, à tout le moins, de « déni de démocratie ».
On croit rêver ! Voilà une réforme qui faisait partie des engagements de M. Hollande. Qui a fait l’objet d’un très large débat depuis six mois. Qui a été examinée de façon approfondie pendant des centaines d’heures au Parlement. Une réforme, enfin, qui crée des droits nouveaux pour les couples homosexuels sans en enlever aucun aux autres familles. Bref, une réforme progressiste, nécessaire et légitime.
Tout cela serait ridicule si ce n’était révélateur. Tout d’abord, la radicalisation des opposants témoigne d’une conception singulière de la démocratie. A leurs yeux, à l’évidence, le vote du Parlement ne pèse rien contre la « rue », et les élus du peuple ne sont pas, ou plus, les représentants légitimes du peuple. La défiance des Français à l’égard de leurs gouvernants et de leurs élus n’est pas nouvelle. Elle atteint, désormais, un niveau dangereux, et les responsables de l’UMP seraient bien avisés de ne pas souffler sur les braises, sauf à voir, demain, le boomerang leur revenir dans la figure.
La crispation, la fureur, même, de ceux qui dénoncent la réforme du mariage est également révélatrice de leur conception de la société française. Peu ou prou inspirée de la doctrine de l’Eglise, cette droite conservatrice, et bien souvent réactionnaire, fait de sa conception du mariage et de la famille le dernier rempart de l’« ordre naturel » de la société contre les dérèglements de l’individualisme contemporain, dont l’homosexualité reste l’une des manifestations inacceptables. Réclamant le respect de ses convictions, elle n’en pratique que mieux l’intolérance.
Enfin, cette révolte réactive l’un des ressorts profonds du « peuple de droite ». A ses yeux, explicitement ou implicitement, la gauche est illégitime pour exercer le pouvoir. Vieille histoire séculaire, certes. Mais plus périlleuse que jamais au moment où la crise, autant que le scandale Cahuzac, donne prétexte à tous les procureurs à la petite semaine, comme à tous les partisans, à l’extrême gauche comme à l’extrême droite, d’un grand « coup de balai ».

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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