Cahuzac sur BFM TV parle de « vie dévastée » – Voici pour rappel cinq histoires de carrière politique brisée … ? Pas toujours

 Rue 89 18/04/2013 Nolwenn Le Blevennec | Journaliste

La chute en politique : cinq façons d’y survivre

Comme à la fin d’une histoire d’amour, l’ancien ministre du Budget Jérôme Cahuzac doit penser que la souffrance qu’il vit est brûlante et unique. Eh bien non.
Depuis trente ans, la liste des scandales politico-financiers grandit pourtant chaque année, et quasiment à chaque fois, un homme politique chute et s’écrase sur le sol comme une prune pourrie.
Voici pour rappel cinq histoires de carrière politique brisée ; certaines peuvent donner espoir à Cahuzac, qui a parlé ce mardi soir, sur BFM TV, de « vie dévastée ».

1 – Michel Noir, « victime » de la passion de sa fille

arue89 noirQue s’est-il passé ? Michel Noir est l’ancien maire de Lyon, qui a profité des largesses d’un homme d’affaires mégalo.
Pierre Botton avait repris une affaire familiale d’agencement des pharmacies, qui était aussi une mine d’or. Il s’est épris de Michel Noir, qu’il voyait devenir président de la République. Quand celui-ci intègre le gouvernement de Jacques Chirac, il épouse sa fille, Anne-Valérie Noir (il aura ensuite une fille avec la petite sœur de celle-ci).
Michel Noir devient maire de Lyon en 1989. Quelques années plus tard, le « système Pierre Botton » est mis à jour : malversations, abus sociaux… Noir est reconnu coupable de recel d’abus de biens sociaux, via des comptes en Suisse. Il est condamné à de la prison avec sursis et à cinq ans d’inéligibilité.
Quelles excuses ? Michel Noir a démissionné de ses fonctions en 1997 après sa première condamnation, mais il a toujours plaidé son innocence et n’a pas demandé pardon à ses électeurs. Au procès, quand sa fille l’accuse de l’avoir envoyé en Suisse chercher de l’argent, il dit qu’elle ment parce qu’elle « aime » Botton.
Qu’est-il devenu ? Il a commencé s’essayer au théâtre et à écrire des livres. Dans un portrait, France Soir nous raconte la suite : Michel Noir a repris ses études et il a passé un doctorat en sciences cognitives. Puis il a monté une société spécialisée en logiciels d’exercices d’entraînement cérébral pour prévenir l’échec scolaire ou la maladie d’Alzheimer.
Encarté à l’UMP, l’ex-maire de Lyon a aidé Dominique Perben pendant la campagne municipale de 2008. Sa famille reste déchirée par le scandale et les liens complexes que chacun entretient avec Pierre Botton (ses deux filles en parlent chez Ardisson en 2004).
2 – Jean-Michel Boucheron : un « faux pas » entraînant
arue89boucheronQue s’est-il passé ? Il était maire d’Angoulême de 1977 à 1989 (et a fait un court passage au gouvernement de Michel Rocard en 1988). Il roulait en voiture de collection, sa passion. Post-mandat à Angoulême, un trou de dizaines de millions de francs est découvert dans les comptes de la ville. L’ancien maire est inculpé en 1991 pour complicité de faux en écriture de commerce et usage et recel d’abus de biens sociaux.
Le 8 juillet 1994, alors qu’il s’est enfui en Argentine (avec sa maîtresse) où il a ouvert un restaurant, Jean-Michel Boucheron est condamné par défaut. Extradé en mars 1997, il est rejugé. Il est condamné à de la prison ferme pour avoir dévalisé Angoulême.
Quelles excuses ? Pas d’excuses officielles. Au tribunal, selon Libération, « il se repent un peu et nie beaucoup ». Il explique : « Quand on a commis le premier faux pas, on s’y habitue. »
Qu’est-il devenu ? Il est allé en prison où il a écrit des carnets, « document sur le monde carcéral d’aujourd’hui ».
En 2001, selon L’Express, il avait retrouvé du travail et roulait en Clio près de Montpellier. Et il disait son aigreur : « A ma sortie de prison, j’ai reçu un coup de fil de l’architecte Roland Castro, qui m’a donné quelques subsides pour bouffer. J’en garde un souvenir ému, car rares sont ceux qui se sont manifestés. Mes copains socialistes, eux, ont changé de trottoir. C’est la plus grande blessure, mais le cœur reste à gauche. »

3 – Alain Carignon n’a pas « trahi sa fonction »

arue89carignonQue s’est-il passé ? L’affaire concerne des journaux grenoblois qui roulent pour l’équipe municipale d’Alain Carignon (RPR). La Lyonnaise des eaux remporte la gestion des eaux de Grenoble et entre dans le capital, puis éponge les dettes de l’entreprise de presse. Renvoi d’ascenseur ? En février 1994, une information judiciaire est ouverte.
En juillet de la même année, Alain Carignon renonce à son poste de ministre de la Communication du gouvernement. Il est condamné deux ans plus tard : cinq ans de prison (dont un an avec sursis), cinq ans d’inéligibilité, et 400 000 francs d’amende pour corruption et abus de biens sociaux entre autres.
Quelles excuses ? Au procès raconté par Libération, une phrase mystérieuse : « J’ai peut-être commis des erreurs, mais jamais je n’ai trahi ma fonction. »
Qu’est-il devenu ? Il a été libéré en mai 1998. Puis, doucement, il s’est remis à la politique. En juin 2009, il aurait même failli redevenir ministre sous Nicolas Sarkozy.
Il pourrait jouer un rôle lors des prochaines municipales. Dans Le Monde, récit d’un meeting en février dernier ; devant 150 militants UMP, l’ancien patron de la fédération départementale a lancé : « J’ai très envie de Grenoble. »

4 – François Léotard : « du mépris » pour la justice

arue89leotardQue s’est-il passé ? Dans sa vie d’avant, très remplie, Léotard a été député du Var et maire de Fréjus pendant près de vingt ans, il a été deux fois ministre (de la Défense et de la Culture). Il a été président du Parti républicain, puis de l’UDF de 1996 à 1998.
En 1997, dans le livre « L’Affaire Yann Piat, des assassins au cœur du pouvoir », François Léotard et Jean-Claude Gaudin sont accusés d’être les commanditaires de l’assassinat de la députée UDF. Un hebdomadaire satyrique ira assez loin dans leur mise en cause. L’affaire se dégonfle totalement.
D’autres affaires (l’affaire du Port de Fréjus, le financement du Parti républicain) éclatent et Léotard se retire progressivement de la vie politique. En 2004, il est condamné à dix mois de prison avec sursis pour financement illicite de parti politique et blanchiment d’argent.
Quelles excuses ? Aucunes, et plutôt un vrai désir de vengeance. Dans l’affaire du financement illicite du parti, Léotard écrit son « mépris » envers la justice et il dit : « Quitter cet univers dans lequel on accepte d’être jugé par un journaliste illettré, c’est se sauver soi-même. »
A propos de l’affaire Piat, récemment, dans Nord Eclair : « Ce livre écrit par deux journalistes, il vient de Marchiani, Pasqua et Chirac. Quand on dit que j’ai fait assassiner une députée [Yann Piat, députée du Var, ndlr] quand j’étais ministre de la Défense, c’est pour me tuer socialement. J’ai bénéficié d’un non-lieu. Les journalistes ne se sont pas excusés. Si je les voyais, je leur casserais la gueule. »
Qu’est-il devenu ? Retiré de la vie publique, retraité, il écrit des romans (envolées charnelles sur les femmes dans « La Couleur des femmes ») et des essais, dont un à propos de la présidence décevante de Nicolas Sarkozy. Ses ennuis ne sont peut-être pas finis. En 2011, François Léotard est suspecté d’avoir fait du lobbying auprès du clan Ben Ali. Et l’affaire Karachi se rapproche de plus en plus de Léotard : son appartement a récemment été perquisitionné.

5 – Hervé Gaymard a commis des « maladresses »

Que s’est-il passé ? Bercy, ministère sensible où l’on chute souvent.
En février 2005, Hervé Gaymard est ministre de l’Economie, des Finances et de l’Industrie depuis peu. L’affaire est déclenchée par un article du Canard enchaîné, révélant que le ministre, son épouse et leurs huit enfants logent dans un duplex parisien de 600 m², payé 14 400 euros par mois par l’Etat, alors même que l’appartement familial du boulevard Saint-Michel a été mis en location.
Hervé Gaymard démissionne de son poste de ministre dix jours après la publication de l’article.
Quelles excuses ? Dans un premier temps, Gaymard s’offusque : rien d’illégal. Puis, le jour de sa démission : « J’ai conscience d’avoir commis des maladresses et d’abord une erreur d’appréciation sérieuse concernant les conditions de mon logement de fonction. »
En septembre 2005, il verse à l’Etat français une somme de 58 894 euros en remboursement des frais engagés.
Qu’est-il devenu ? Sa carrière n’est pas finie. Hervé Gaymard est toujours dans la course. Il est député UMP en Savoie et président du conseil général. Depuis février 2013, il est vice-président de l’UMP.

6 – Bonus

La liste n’est pas exhaustive – ce serait trop long. D’autres hommes ont chuté avant de rebondir :
en 2003, Dominique Baudis, président du CSA, est accusé, en marge de l’affaire Patrice Alègre, de viol et de meurtre, et calomnié par deux prostituées – accusations sans fondement reprises par un grande partie de la presse ;
en 1999, Edmond Hervé, ministre de la Santé sous le gouvernement de François Mitterrand, est condamné dans l’affaire du sang contaminé ;
en janvier 2004, Alain Juppé est condamné dans l’affaire des emplois fictifs de la ville de Paris. Il s’en va vivre au Canada.
Plus récemment, deux socialistes se sont éteints politiquement : Julien Dray (les montres) et Dominique Strauss-Kahn (le Sofitel, puis le Carlton), histoires encore fraîches qu’il n’est pas nécessaire de resituer (ou alors dans un prochain papier en 2023).
En bonus, voici une vidéo dans laquelle on peut voir DSK faire une leçon de morale à Gaymard… « Comment avez-vous pu faire ça ? »

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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