Du coup de balai et de la purification

Charlie Hebdo – 17 avril 2013 – Jean-Yves Camus
Personne ne le conteste plus : la « moralisation » de la vie politique s’impose. Il reste à savoir en quoi elle devra consister précisément si l’on ne veut pas qu’elle conduise à la catastrophe.
La tentation de « renverser la table » est grande. Elle a permis à la droite de réitérer une mise en parallèle, voire en équivalence, de Le Pen et de Mélenchon, selon le raisonnement « spécieux de la jonction des « extrêmes », qu’adorent les zélateurs du politiquement correct.
493232Il s’agit là d’une intoxication idéologique : entre le césarisme lepéniste et le régime parlementaire prévu par la VIème république de Jean-Luc Mélenchon, il y a deux siècles de luttes et deux conceptions antagonistes des droits individuels. la possibilité que, très vite, l’abstention devienne si massive qu’une majorité de citoyens ne vote plus est réelle. Il faut donc un choc politique. Toutefois, le slogan du « coup de balai »  et de la purification appelle des clarifications. D’abord, quoi et qui balaie-t-on ? Est-ce le « système » dans son ensemble ou seulement les maux structurels qui affligent la vie politique : cumul des mandats et des activités, imbrication de la finance et de l’activité des partis, sanction définitive des élus et responsables compromis ou corrompus ?
Savoir où passer le balai
Si c’est le « système », comme le semble vouloir le FN, mais comme on l’entend aussi à gauche de la gauche, souvenons-nous qu’il n’existe aujourd’hui aucune alternative non liberticide à la démocratie représentative. Soyons également réalistes : le « système », dont plus personne aujourd’hui ne conteste qu’il soit gangrené de l’intérieur, ce ne sont pas seulement des élus. Ce sont aussi ceux qui sont partie prenante aux montants financiers colossaux amassés dans les banques, sans lesquels on ne conquiert ni n’exerce plus le pouvoir ; les lobbies industriels, les grandes entreprises, les agences de communication politique, le secteur des études d’opinion. La moralisation de la vie publique doit aussi s’imposer à eux.
En ces temps de serrage de ceinture imposé à ceux qui ne connaissent ni la Rolex, ni le nom des banques suisses, le régime spartiate s’impose : campagnes électorales plus sobres, fin de la dictature du plan de com’, législation plus contraignante sur les liens professionnels que peuvent entretenir les élus avec le monde de l’entreprise ou du conseil, retour, dans la haute fonction publique, à des carrières vouées davantage au seul service public. il existe un tout petit monde qui vit « hors-sol » et gravite autour des politiques. N’avoir que ces derniers en ligne de mire, c’est ne pas viser au cœur du problème.

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Le terme « purification » de l’atmosphère politique ne m’enthousiasme pas. Je me suis toujours méfié des métaphores hygiénistes et de la pureté en général, des purges et des méthodes consistant à retrancher du corps social ceux par qui le scandale (ou l’impureté) arrive. Il faut réussir à réformer en profondeur en se gardant que la Constituante devienne la Convention. Sans rejouer ce vieux classique de l’Histoire française qu’est le combat du peuple contre les « gros ». La solution n’est pas que les riches disparaissent ni que les élus aient des revenus de cadres moyens. Elle est dans une politique qui privilégie la création de richesse plutôt que la rente. Elle est dans la publicité du patrimoine, qui permettra aux citoyens de juger, non pas ce que l’élu détient quand il entre en politique, mais les revenus qu’il en tire.
Si nous tardons, gare à l’atterrissage. En ce moment, le chef de l’État se fait pilonner par sa gauche, par la droite, par les unes des hebdos sur sa « faiblesse » supposée. manière de susciter la demande d’un pouvoir fort. de fort à autoritaire, le dérapage est vite arrivé.

A propos werdna01

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