La validité présumée des déclarations sur l’honneur a pris du plomb dans l’aile depuis Jérôme Cahuzac : Le mentir-vrai

arenaud Machart

 C’est à voir  … Par Renaud Machart

Beaucoup de commentateurs invités par les plateaux de télévision sont revenus, jusqu’à ce dernier week-end, sur le moment « hors cadre » qu’a offert Gérard Filoche, membre du bureau national du Parti socialiste, mardi 2 avril sur LCI, lors du « 17-20 » de Michel Field.
Un moment de vérité – rediffusé depuis dans les sélections des émissions de zapping et de best of, ainsi que sur Internet – qui a vite pris figure d’emblème tant paraissait réel et fondé le mépris scandalisé de M. Filoche à l’endroit de l’ancien ministre délégué au budget, Jérôme Cahuzac, qui venait de faire aveu public de sa forfaiture.
(A tel point que Michel Field, jeudi 4 avril, en fin d’après-midi, devait comparer ce coup de gueule émouvant à celui poussé par Daniel Balavoine au journal télévisé de France 2, le 19 mars 1980, en présence de François Mitterrand, quand le chanteur dit à la face du futur président la détresse d’une jeunesse qui attendait autre chose que ce que la politique dite politicienne de l’époque semblait proposer à sa génération.)
Gérard Filoche était, quelques jours plus tard, l’invité de France 3, dans « Le Grand Soir 3″ du jeudi 4 avril, présenté par Patricia Loison et Louis Laforge – un nouveau rendez-vous quotidien qui semble peiner à s’installer, à trouver son rythme et à afficher sa singularité. Un Filoche beaucoup plus calme mais dont il est à craindre que la fureur ne reprenne vigueur après les informations livrées dimanche 7 avril, selon lesquelles, ainsi qu’il avait été suggéré par certains, les sommes remisées à l’étranger par M. Cahuzac pourraient dépasser largement les quelque 600 000 euros annoncés.
L’ennui est que la validité présumée des déclarations sur l’honneur a pris du plomb dans l’aile depuis que Jérôme Cahuzac – après François Mitterrand, Jacques Chirac et quelques autres – a montré qu’on pouvait fixer un journaliste d’un regard droit et pourtant mentir de manière éhontée.
Aussi, dans la foulée, les vives dénégations de Pierre Moscovici, ministre de l’économie et des finances, suspecté d’avoir protégé M. Cahuzac, reprises par les chaînes en continu, paraissaient-elles inévitablement sujettes à caution.
Les mensonges emphatiques de Jérôme Cahuzac, à l’Assemblée nationale et sur les plateaux de nombreuses émissions de radio et de télévision, n’ont pas manqué d’attirer de succulentes parodies.
Ainsi, les chroniqueurs de l’émission « Touche pas à mon poste », menée quotidiennement par Cyril Hanouna sur D8, se sont-ils amusés à passer devant un gros micro chromé à l’ancienne, tel celui que place Jean-Jacques Bourdin devant son invité, chaque matin sur BFM-TV, et à entonner le désormais rituel « Je n’ai pas, je n’ai jamais eu… », suivi d’une contrevérité ou d’une absurdité flagrantes dites sur le ton solennel qu’emprunta, sans sourciller et avec un toupet maximum, l’ex-ministre délégué  au budget devant le journaliste lors de l’émission du 8 février.
LE MONDE | 09/04.2013
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A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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