Opéra de Bordeaux – Le séisme provoqué par l’incroyable détournement de fonds : deux millions évaporés

Sud-Ouest 20/04/2013 Par Yann Saint-Sernin avec Xavier Sota

Après le détournement de fonds, la question des contrôles à l’opéra de Bordeaux

Les enquêteurs de la police judiciaire cherchent encore près d’un million d’euros sur les 2,5 millions supposés détournés. Les procédures de contrôle sont durement mises en cause

aso bordeau opéra

La Trésorerie n’aurait effectué aucun contrôle sur place du service des avances géré par Corinne Auguin depuis… 2004. (Photo illustration Laurent Theillet)
Les arcanes de la République donnent parfois lieu à des rencontres impromptues. Ainsi, cette soirée d’automne 2012, où, à l’occasion de l’anniversaire de Jacques Chirac, Alain Juppé croise la nouvelle ministre de la Culture Aurélie Filippetti. Pour la première fois, la ministre glisse à l’oreille du maire de Bordeaux ses interrogations sur la gestion de l’opéra. La colère de l’édile sera aussi froide que le crachin qui s’abat sur Paris ce soir là.
Le séisme provoqué par l’incroyable détournement de fonds opéré par la régisseuse des avances et recettes Corinne Auguin (2002-2012) n’a bien sûr pas échappé au ministère. D’autant que depuis plusieurs mois, les inspecteurs de la rue de Valois auscultent de manière tatillonne la culturelle institution dans le cadre du renouvellement de la convention Opera National. Prévue pour 2012, la signature ne devrait pas avoir lieu avant juin prochain.
Sale hiver pour l’opéra de Bordeaux – 30 millions de budget annuel, plus de la moitié d’argent public – dont la situation est surveillée d’un œil fébrile tant par la mairie que par la préfecture. Car l’information ouverte au pôle financier de Bordeaux pourrait poser autant de questions qu’apporter de réponses. Et à mots couverts, certains proches de la mairie n’ont qu’une crainte : que le procès de Corinne Auguin ne rappelle à la vénérable maison bordelaise ses heures sombres des années 90 que l’on jurait révolues.
Car depuis plus d’un an, l’enquête pénale suit son cours. Et les premières conclusions des enquêteurs de la PJ remises au juge Darphin au mois de mars n’épargnent personne.
Un audit de la mairie
L’opéra a mis en avant la complexité du montage permettant à la régisseuse de détourner des fonds issus de la régie des avances et recettes, une structure particulière au sein de l’opéra permettant de gérer les dépenses urgentes de la structure, notamment le paiement des intermittents.
Mais les conclusions des enquêteurs battent en brèche cette thèse. Ceux-ci auraient au contraire établi qu’une simple vérification des différentes lignes de dépenses aurait permis de relever des anomalies. Ce qu’avait d’ailleurs fait l’employé de la régie qui avait levé le lièvre.
Jouissant d’une autonomie quasi totale, soumise à la seule règle de la séparation entre l’ordonnateur et le payeur (la Trésorerie) l’opéra ne devrait donc pas échapper à une remise en cause. Questionné sur l’évolution des procédures de contrôle interne, Dominique Ducassou, président du conseil d’administration et adjoint municipal à la culture, renvoie sur l’information en cours qu’il ne souhaite pas commenter. « On ne change pas les choses, je n’ai pas de remarque particulière » précise-t-il.
Reste qu’en novembre dernier, la mairie elle-même a commandé un audit à la société KPMG. Si dans sa synthèse, que « Sud Ouest » s’est procuré, l’expert ne remet pas en cause « le fonctionnement du système et le degrés d’implication des acteurs », il pointe quelques faiblesses, notamment des « pratiques différentes selon les services pour le contrôle du service fait, ou le suivi du temps de présence » ou la multiplicité des logiciels de saisie, non reliés entre eux et rendant donc tout contrôle global particulièrement contraignant. Celui-ci préconise notamment l’organisation d’un « contrôle de second niveau des opérations de régie comptable par le service financier », sous-entendant que celui-ci n’existe pas.
Libellés fantaisistes
Mais les premières conclusions de l’enquête pénale sont moins polies concernant le contrôle du service victime du détournement. Contrairement à ce que l’opéra avait avancé, l’enquête aurait pointé la quasi-absence de contrôle interne concernant cette régie.
Interrogé par la justice, l’opéra renvoie la balle vers la Trésorerie, effectivement en charge du contrôle de la structure. Sans doute y a-t-il matière. Contrairement à son obligation quadriennale, la Trésorerie n’aurait effectué aucun contrôle sur place du service des avances géré par Corinne Auguin depuis… 2004.
Suffisant pour exonérer totalement l’opéra ? Peut-être pas. Car la règle prévoit entre l’ordonnateur et le payeur une « obligation de contrôle réciproque ». Et la note de synthèse des enquêteurs dont « Sud Ouest » a pu avoir connaissance fait frissonner : la direction financière de l’opéra (1) et le contrôleur du Trésor « ne pouvaient que reconnaître leurs graves défaillances respectives dans les contrôles des opérations de la régie et la supervision du travail », précisant que la plupart des lignes maquillées par Corinne Auguin portaient des libellés fantaisistes et qu’un certain nombre de dépenses en espèces « dépassaient le plafond réglementaire ».

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Quant au montant de la somme évaporée, celui-ci aurait été estimé par la Trésorerie et l’opéra entre 2,1 et 2,5 millions d’euros. Mais pour l’heure, les policiers n’auraient pu retracer sur les comptes du couple Auguin qu’1,3 million d’euros. « Il est hors de question que Mme Auguin supporte tous les maux de l’opéra » lance déjà son avocate Me Nathalie Noël, qui n’a pas souhaité s’exprimer plus avant l’audition de sa cliente par le juge d’instruction mardi prochain.
Il y a quelques jours, sa coquette maison en périphérie bordelaise, mise en vente pour 700 000 euros, a été saisie par le fisc qui entend bien lui aussi mettre son nez dans cette affaire.
Sollicité vendredi par « Sud Ouest », l’ancien directeur des affaires financières de l’opéra n’a pas donné suite.
Sud-Ouest 19/04/2013

Opéra de Bordeaux : deux millions évaporés

Le détournement de fonds présumé mis au jour il y a un an porterait sur un montant au moins deux fois supérieur à celui estimé initialement.
L’Opéra de Bordeaux a dû refaire les comptes. Avec l’aide de la Trésorerie générale et des enquêteurs spécialisés dans la délinquance financière de la division interrégionale de la police judiciaire (DIPJ). Et la taille de l’ardoise laissée par la régisseuse soupçonnée d’avoir détourné des fonds (« Sud Ouest » du 20 avril 2012) à la barbe de la direction de l’Opéra et de la Trésorerie donne le vertige : entre 2 et 2,5 millions d’euros ! C’est en tout cas la somme à laquelle auraient conduit les investigations des limiers de la PJ dans le cadre de la commission rogatoire délivrée par le juge bordelais Philippe Darphin.
Corinne Auguin, régisseuse des avances et recettes de l’Opéra national de Bordeaux, aujourd’hui licenciée et toujours sous contrôle judiciaire, avait été placée en garde à vue puis mise en examen il y a presque un an à la suite de soupçons de détournement de fonds décelé par un employé de la régie personnalisée de l’Opéra. Les premiers éléments de l’enquête avaient alors permis d’estimer le montant de la somme détournée, entre 2009 et 2012, à 900 000 euros . Mais, depuis, les enquêteurs ont eu le loisir de remonter plus loin. Soit près de dix ans en arrière. Lire

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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