Le Monde – Les lecteurs prennent la parole : De l’utilité de la boîte à outils du président

La boîte à outils présentée par François Hollande et que certains dénoncent comme hétéroclite et inopérante, s’attaque globalement aux faiblesses de notre système. Elle devrait entamer la réforme structurelle d’un système devenu progressivement inadapté aux nouvelles contraintes d’un monde dont les fondamentaux ont changé en profondeur, et participer à sa rénovation. Dans le contexte économique très difficile, une situation sociale qui se crispe un climat politique de doute et de radicalisation des extrêmes, dans l’agitation médiatique ambiante aux allures de jeu de massacre, le président est apparu déterminé et solide, conscient mais au-dessus du matraquage systématique dont il est l’objet depuis des mois. (…) « Lu sur  Le Monde des lecteurs

De l’ancien monde au nouveau monde ! Les lecteurs prennent la parole

17 avril 2013
 De l’utilité de la boîte à outils de François Hollande
Outre le fait qu’il a pris la mesure des enjeux et maîtrise les dossiers dans leur complexité, il a donné un sentiment, au moins pour ceux qui, dégagés des passions politiques partisanes sont de bonne foi, de lucidité et de courage. Certes, et certains seront déçus ou s’en offusqueront, s’il n’a pas promis d’aller  » chercher la croissance avec les dents « , au moins a-t-il, en quelques mois seulement, mis au point et réuni un ensemble de mesures de nature à stimuler l’économie et accompagner, sinon hâter, une reprise.
Qui pensait sérieusement chez les journalistes et parmi les chroniqueurs spécialisés que la situation économique et sociale allait s’inverser rapidement ? Chacun savait que la dégradation est importante, ancienne, structurelle. On nous l’explique depuis des années à longueur de journaux, magazines et émissions spécialisées. Et ce sont les mêmes qui se scandalisent et crient au manque de résultat, et même à l’échec, après quelques mois de changement ! Où sont le sérieux et la bonne foi de ces gens-là lorsqu’ils se répandent en critiques acerbes et sentences définitives à l’encontre d’un gouvernement qui a trouvé une situation en dégringolade vertigineuse.
Les prédécesseurs n’avaient-ils pas dit dès 2007, l’un que «les caisses étaient vides», l’autre que l’«Etat se trouvait en faillite». Ils parlaient d’or, si ce n’est qu’un quinquennat plus tard, la dette avait doublé et les déficits publics plus que doublé… Comment ne pas s’en souvenir et en tenir compte dans les analyses d’aujourd’hui. Comment, ceux-là même qui crient contre le matraquage fiscal peuvent-ils feindre de croire que les finances publiques s’étaient renflouées en quelques mois et que la persistance de la crise était le fait d’un gouvernement  » incompétent « . Comment peut-on ne pas expliquer que les licenciements massifs de l’hiver 2013 sont le fait de difficultés déjà anciennes des entreprises concernées et comment peut-on laisser entendre qu’elles sont dues à l’après mai 2012 ?
Certes, il y eut le contexte international. Mais ce contexte dégradé a-t-il disparu ? Permet-il en 2013 une reprise spectaculaire de la croissance qui viendrait irriguer les circuits économiques, relançant à la fois consommation, l’emploi et permettant le désendettement grâce aux excédents budgétaires ? La réponse est non, il s’en faut de beaucoup ! Alors, il faut réformer, en profondeur, avec constance et ténacité. Hollande et son gouvernement en ont la claire conscience et se mettent en capacité de le faire dans un environnement contraint où les décisions se prennent à plusieurs par des partenaires aux intérêts de court terme divergents. Ils le font sans déclaration tonitruante, sans spectacle quotidien, sans flatter les passions extrémistes ou xénophobes, sans appliquer une fiscalité favorable aux plus favorisés par clientélisme électoral. Il est vrai que l’agitation, cette illusion de l’action à laquelle on nous avait formatés, ne vient plus quotidiennement encombrer nos esprits et nous laisse un peu désemparés en ces temps d’addiction médiatique. Curieusement, le calme et la réflexion provoquent une sorte de malaise du manque qu’exploitent les médias !
Cependant oui la réalité se manifeste. Oui, il faut réformer en s’efforçant de maintenir le pacte de solidarité nationale, quand bien même devra-t-il être révisé dans ses modalités. Oui, il faudra des mois, et sans doute des années, pour qu’un processus de désendettement forcément douloureux pour les finances publiques, mais indispensable, puisse rétablir la confiance des prêteurs et celle des entrepreneurs. Oui, il faudra des décisions impopulaires pour réduire la dépense publique et assainir les budgets. Oui, il faudra revoir à la baisse les comptes sociaux et à l’évidence réformer en profondeur les modalités d’attributions des prestations, et plus certainement encore les mécanismes de leur financement. Oui, il faudra réviser le droit du travail de manière à stimuler la mobilité, faciliter les ajustements conjoncturels, inciter au retour à l’emploi. Oui, il faudra partager le travail sans alourdir son coût afin de participer valablement à la compétition internationale qui est un fait indéniable, que l’on s’en réjouisse ou qu’on le déplore. Oui, il faudra revoir la fiscalité de nature à stimuler la recherche et à faciliter l’initiative entrepreneuriale. Oui, il faudra traquer les niches fiscales, mais aussi débusquer double emploi et gaspillage dans les services publics à leurs différentes strates de nos administrations. Oui, il faudra faire participer davantage à l’effort national la rente et le patrimoine. Oui, il faudra réglementer et contrôler la finance anarchique, spéculative et cupide. Oui, il faudra de la rigueur dans les choix pour privilégier les investissements productifs aux dépens sans doute de certains services publics. Oui, il faudra cesser la fuite en avant entamée depuis des décennies concernant la gestion des deniers publics.
Tout est à repenser, moderniser, transformer
Faire des économies significatives, se désendetter, c’est-à-dire pratiquer la rigueur et cela tout en veillant à la fois à ne pas compromettre par la récession les chances d’une reprise économique et à préserver autant que possible les plus démunis d’une précarité sociale qui se propage : voilà un projet politique ardu. Les prédécesseurs de Hollande y ont échoué. A moins, hypothèse que l’on ne peut exclure, qu’ils y aient simplement renoncé ?
Dans un climat politique qui se tend, où l’inquiétude sociale se propage, où l’hystérie médiatique distille l’inquiétude, il paraissait nécessaire de ramener au calme et à la raison et surtout d’initier une perspective et une méthode du changement. Le Président de la République a montré qu’il avait fait ses choix et tenait le cap. Nous sommes au milieu du gué… Il faut reprendre une marche dont on sait, qu’en toute hypothèse, elle sera ardue !
Bernard Duquesnoy, Donneville (Haute-Garonne)

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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