Neuf-quinze – Oui, les médias audiovisuels ont sur-traité la réforme du mariage pour tous : des pugilats surmédiatisés.

 neuf-quinze@arretsurimages.eu  23/04/2013

Pourquoi a-t-on moins vu Filoche que Barjot ?

09h15 – « Hollande se sent-il concerné » ? demande Pascale Clark à son invité, Jean-Luc Romero (ex-UMP, désormais apparenté PS, et qui annonce au micro son mariage pour septembre). Romero rend hommage au président dans la loi sur le mariage pour tous, qui devrait être signée aujourd’hui. Concerné lui-même personnellement, au fond de ses tripes, veut-elle dire. Sous-entendu: on ne l’a pas beaucoup vu se mouiller personnellement, ledit Hollande. C’est la question la plus bête de la journée. Ce qui compte, pour un dirigeant politique, ce sont les actes. Et sur cette réforme du mariage pour tous, même s’il n’est pas monté à la barricade, Hollande sera allé jusqu’au bout de ses promesses.
 Quelques minutes plus tard, toujours sur France Inter, enfin le débat sur la réforme du Code du travail, entre Gérard Filoche et le rapporteur du projet de loi Jean-Marc Germain, qui avait été déprogrammé la semaine dernière (1), pour cause d’invitation de Jean-Marc Ayrault.
Enfin on va aller au bout. L’administration aura-t-elle vraiment les moyens de s’opposer aux licenciements boursiers ? Les CDD seront-ils vraiment surtaxés pour dissuader les patrons d’y avoir recours ? Filoche et Germain ne sont d’accord sur rien, à croire qu’ils ne parlent parfois pas du même texte. Dans l’unique débat qu’elle aura consacré au sujet, l’animateur trouve tout de même le moyen d’une digression sur l’affaire Cahuzac et ses suites, mais au moins, aux derniers jours du parcours législatif, la radio publique y aura-t-elle consacré sa séquence phare, la sacro-sainte interview de 8 heures 20. Ouf ! (Et si vous voulez entendre en longueur les arguments de Filoche, je vous le rappelle, c’est ici) (2).
 Reste tout de même une question, qui va fâcher. C’est un fait, que les médias audiovisuels ont sur-traité la réforme du mariage pour tous, par rapport à celle du code du travail. Dans un cas, des heures et des heures de Frigide Barjot ou de Caroline Fourest en direct live, des flots d’éloquence, des pugilats surmédiatisés.
Dans l’autre, le trou noir. La permanente colère de Filoche, qui aurait pu être le Frigide Barjot du texte, a été maintenue dans l’ombre. Mais de cette disproportion, les médias sont-ils les seuls responsables ? Peut-on se satisfaire d’une explication simpliste, du genre « la réforme du mariage leur a offert un fumigène commode pour éviter de parler d’économie et de social » ? De fait, les mobilisations syndicales contre la réforme du Code du travail, quoique conséquentes, ont été plus mitigées qu’on aurait pu l’attendre, à propos d’un texte qui concerne tous les salariés. Contre le texte, on n’a pas senti vibrer dans la rue la rage, la détermination des opposants au mariage pour tous. Pour quelle raison ? Nature différente des deux textes, touchant ici à la sphère intime, et là à celle de la vie professionnelle ? Résignation à l’absence d’alternative ? Incapacité à mobiliser des syndicats non signataires de l’accord (CGT et FO) ? C’est une question ouverte, je n’ai pas la réponse.

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 (1) http://www.arretsurimages.net/vite.php?id=15431
(2) http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=5758
Daniel Schneidermann

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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