Non-violence, compassion et simplicité

BUFFLE1

 […] en Occident, le bouddhisme est souvent perçu par ses adeptes eux-mêmes comme une recherche toute intérieure de sérénité, et par ses critiques comme une fuite hors du monde. Il y a une vingtaine d’années, beaucoup sont venus vers le bouddhisme déçus du militantisme ou de l’action sociale :« Se changer soi-même plutôt que changer le monde ».
Pourtant lorsqu’on lit les enseignements du Bouddha, on voit qu’au cours de sa vie, il fut le conseiller de rois et de gouvernants ; que la quête d’aumônes le mit en contact avec toutes les couches de la société, et qu’il enseigna comment être en paix avec soi même et aussi avec les autres et le monde.
L’analyse qu’il proposa des sources de nos problèmes, de notre mal-être et de notre souffrance, et les solutions à y apporter, reste, à mon sens, aussi juste aujourd’hui qu’il y a 25 siècles. L’accent y est mis sur la reconnaissance de notre interdépendance, ou « inter-être » avec chacun et chaque chose de ce monde. Cette perspective peut enrichir notre compréhension des problèmes actuels, parce que de cette interdépendance bien comprise ne peuvent découler que trois attitudes face aux autres et au monde : non-violence, compassion et simplicité ; ces principes éthiques sont les fondements de l’enseignement du Bouddha.
Car le bouddhisme n’est pas fait pour rester dans les salles de méditation. On connaît la parabole du buffle : l’étudiant de la Voie doit partir à la recherche du buffle. Lorsqu’il l’a trouvé, il doit l’attraper, le domestiquer. Ceci représente la première partie du travail spirituel : se connaître soi-même, apprendre à se maîtriser, à réguler ses actions et ses émotions. Mais ensuite, monté sur le buffle, il faut retourner « sur la place du marché ». Car c’est là, avec et pour les autres, que l’Éveil doit porter ses fruits.
Le maître vietnamien Thich Nath Hanh, fondateur du mouvement du Bouddhisme Engagé, écrit :« Quand les bombes tombent, vous ne pouvez pas rester tout le temps dans la salle de méditation. La méditation est la prise de conscience de ce qui se passe, non seulement en vous, mais autour de vous aussi. (…) Vous devez apprendre comment soigner un enfant blessé tout en poursuivant votre pratique de respiration consciente ; l’action doit être en même temps méditation. »
 […]Que dit le Bouddha ? La première raison de nos problèmes, qu’ils soient individuels ou collectifs, tient à notre ignorance, c’est à dire à notre méconnaissance de ce que nous sommes vraiment. Nous nous voyons comme une personne complètement individuelle, indépendante des autres et de notre environnement. Nous avons une idée solide de notre « Moi », et nous pensons que nous sommes une entité autonome et close.
Erreur ! dit le bouddhisme : regardez, vous êtes composé d’abord de tout ce qui n’est pas « vous » : nous sommes l’air que nous respirons, tous les aliments que nous mangeons, les gènes que nous ont légués des milliers d’ancêtres… Nous sommes toute l’histoire de l’ évolution, et la somme de tous les rapports humains que nous avons vécus…Cela forme certes un être unique, absolument précieux, mais complètement en rapport, en « inter-être » avec tout le reste de l’univers :
 […]
Parce que nous nous pensons seuls, séparés, coupés des autres et du monde, naissent les deux autres « poisons » définis par le Bouddha : l’avidité et la colère.
Si je n’ai que « moi », alors je veux « tout » !  […] Et comme nous le savons, les désirs sont insatiables, apportant frustration et insatisfaction à peine comblés… D’où la colère, tant contre moi pour ne pas trouver de satisfaction que contre les autres qui me menacent : menaces de me prendre ce que j’ai – l’avoir est la base de ce petit moi – ou refus de me donner ce que je veux – que ce soit à un niveau individuel, au niveau d’un groupe d’un état. […]
Interdépendance, donc, et sa première conséquence : ne pas faire de mal aux autres, ni à soi-même, ni à la nature.  […]
On sait que le Dalaï Lama refuse depuis toujours d’utiliser la violence contre les Chinois, expliquant que blesser l’autre, fût-il son ennemi, revient à se blesser soi-même.  […]

A propos Frédéric Baylot

MÉDITACTION, BANDE DESTINÉE & POLÉTHIQUE « Fer senzill i lleuger, per més serenitat i alegria. » http://frederic.baylot.org/
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