Quatre juges traquent les cadeaux de Kadhafi, faits à ses amis français

Le Canard Enchaîné – 24 avril 2013 – Hervé Martin
Hervé Martin Une information judiciaire pour corruption et trafic d’influence a été ouverte, le 19 avril, par les juges René Grouman et Serge Tournaire. Il s’agit de tirer au clair les accusations portées depuis depuis deux ans contre Sarkozy, selon lesquelles il aurait bénéficié des largesses de feu Kadhafi. Sarkozy, de fait, ne refusait rien au « Guide », alors au ban des nations. Cet activisme méritait récompense. Un financement politique, par exemple ?
100_5355Bingo ! Début mars 2011, quelques jours après le début de l’attaque occidentale contre la Libye, Saïf-Al-Islam, le médiatique fils de Kadhafi, déclare à la télévision : « Il faut que Sarkozy rende l’argent qu’il a accepté de la Libye pour financer sa campagne électorale. » Sans étayer ses dires. Un an plus tard, le site « Mediapart » publie un document daté de 2006, attribué à Moussa Koussa, ancien chef des services secrets libyens, et destiné à Bachir Saleh, ex-directeur du cabinet de Kadhafi. il évoque un « accord de principe [pour] appuyer la campagne électorale du candidat M. Nicolas Sarkozy pour un montant d’une valeur de 50 millions d’euros« . Koussa et Saleh dénoncent un faux. On voit mal ces deux protégés de Claude Guéant dire le contraire. 
La troisième salve est tirés par Ziad Takieddine. L’intermédiaire est alors un passage obligé entre la France et la Libye. Le 19 décembre 2012, il propose au juge Renaud Van Ruymbeke de lui communiquer « les éléments existant sur le financement de la campagne de Nicolas Sarkozy de 2007 au-delà de 50 millions d’euros« . sans fournir la moindre preuve, malgré la plainte en diffamation déposée par Sarkozy. Si les juges confirment ces accusations, restera à expliquer un mystère : pourquoi Sarkozy a-t-il décidé seul – roulant au passage les Nations-Unies dans la farine – de partir à l’assaut du régime de Kadhafi ? Un dirigeant pourtant censé posséder sur son compte de mortels secrets ?
« Des faits de corruption d’agents publics étrangers ont pu être commis à l’occasion de négociations de Total en Libye dans lequel est intervenu Ziad Takieddine« . C’est ce lourd soupçon– pesant sur un intermédiaire et sur le groupe pétrolier lui-même – qui vient de motiver une autre demande d’enquête de Renaud Van Ruymbeke. Le juge s’appuie sur un rapport de la Division nationale d’investigations financières et fiscales daté du 18 mars. Et l 26 mars, il s’est tourné vers le parquet de Paris pour pouvoir mener des investigations sur cette éventuelle corruption commise par Ziad Takieddine lorsqu’il travaillait pour le compte de Total, avant la chute de Kadhafi. De quoi embellir encore le pedigree de ce sulfureux intermédiaire, dont les exploits – dans la vente de trois sous-marins au Pakistan et de trois vedettes à l’Arabie Saoudite, sous Balladur – passionnent déjà le magistrat.
imagesCA4RZG7FL’affaire, révélée par « Mediapart » en août 2011, remonte à 2008, du temps où le groupe français voulait acquérir un gigantesque champ gazier (le « bloc NC7 ») situé dans le bassin de Ghadamès. Fort opportunément, une société de Takieddine, NGO, avait précédemment acquis 20% des droits sur ce gisement. Qu’elle se proposait de revendre à Total pour 140 millions de dollars. Là où les choses se gâtent, c’est que NGO devait en reverser la moitié à une autre société, contrôlée par un haut responsable libyen chargé de mettre en place de grands projets d’infrastructures, l’Odac. Un organisme tellement proche de Kadhafi que l’Union européenne gèlera un temps ses avoirs après la chute du Guide en 2011.
Interrogé par « Le Canard », une porte-parole de Total assure que « la guerre en Libye, en 2011, a fait capoter le projet, que nous avons complètement laissé tomber« . Mais, en octobre 2009, le groupe a pourtant bel et bien versé 10 millions de dollars à la société de Takieddine. « Il fallait lui acheter des documents techniques dont nous avions besoin pour présenter une offre », ajoute cette porte-parole. Un peu tard, puisque le contrat avec les Libyens avait été signé deux mois avant le paiement à Takieddine…. Un peu cher, peut-être, pour acquérir quelques cartes du sous-sol libyen.
La danse du ventre des marchands d’armes
Avant de retourner ses canons contre Kadhafi, la France a fait, auprès du Guide, une cour aussi empressée que pittoresque. Des documents que « Le Canard » s’est procuré témoignent du zèle que nos industriels de la défense -Dassault, Thales et le franco-Allemand EADS – ont déployé dès le voyage de Kadhafi à Paris en 2007. Avec un soutien marqué de la Présidence : « En cas de difficulté, informer l’Élysée, écrit, en décembre 2007, un dirigeant de Thales. Claude Guéant est prêt à se rendre sur place au coup de sifflet. » Chez Thales, toujours, chaque interlocuteur libyen est observé avec attention et mis en fiches.

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Jusqu’à la chute de Kadhafi, les marchands d’armes poursuivront leur danse du ventre autour du Guide. Douze jours avant l’insurrection, une délégation militaire libyenne passe un mémorable séjour en France, avec soirée dans les grands restaurants, Lido, Moulin-Rouge et Crazy-Horse ! il faudra attendre le début des bombardements sur Tripoli pour que les marchands changent leur fusil d’épaule et se tournent vers les rebelles du CNT, le Conseil national de transition. Il n’y a pas de printemps pour les marchands d’armes ?

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