Les escrocs du discours économique dominant

Siné Mensuel -N°20 mai 2013 – Pierre Concialdi / membre des Economistes Atterrés
Une étude économique sur la croissance et la dette publique, très relayée médiatiquement et accréditant le discours économique dominant, était en réalité truffée d’erreurs.
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Début 2010, deux économistes américains réputés publient un article à la conclusion choc : quand la dette publique dépasse 90% du PIB, la croissance chute et devient même négative (-0,1%) : Feu vert économique pour les politiques d’austérité ! En avril dernier, trois de leurs collègues ont refait les calculs avec les mêmes données. Résultat : au-delà du seuil fétiche de 90%, la croissance reste fortement positive (2,2%). Explication de cet écart énorme ? L’article initial était truffé « d’erreurs ». C’est bêta, surtout pour les Grecs englués dans l’austérité. Chronique d’une propagande ordinaire, en trois temps.
Premier temps : le poids des chiffres. L’essentiel de l’article se limite à une série de tableaux commentés. Sa principale force réside dans l’exploitation d’une nouvelle et lourde base de données (44 pays, près de deux siècles de données, soit plus de 3 700 observations). un travail de Romain sans doute facilité par le passage au FMI des auteurs (l’un d’eux y occupait le poste prestigieux d’économiste en chef !) Contrairement aux usages de la profession économiques aux États-Unis, les auteurs refusent de rendre ces documents publics. Impossible de vérifier les calculs.
Deuxième temps : le choc des mots. Dans les mois qui suivent sa publication l’étude fait l’objet d’une impressionnante couverture médiatique (plus de 70 citations). L’oscar revient au Financial Times qui réussit à la citer huit fois en moins de quatre mois ! Les élites dirigeantes sont aux anges : les politiques d’austérité sont légitimées par une « recherche sérieuse » (Olli Rehn, vice-président le la Commission européenne, dixit
Troisième temps : l’aveu de « l’erreur ». Un trio de chercheurs a finalement accès aux données initiales et découvre une erreur informatique. Le gag (?) enflamme la communauté des économistes mais il n’a, en réalité, qu’une incidence minime sur les résultats. L’essentiel de l’écart entre les deux calculs provient du traitement sélectif des données et du poids démesuré accordé à certaines d’entre elles sans doute contractée au FMI qui, en janvier dernier à fait son coming out en avouant grossièrement avoir sous-estimé l’impact récessif des politiques d’austérité.
A qui profite le crime ? Côté pile, ces « découvertes » discréditent encore un peu plus le discours économique dominant. Côté face, le risque est que, le débat économique, pourtant nécessaire, se réduise de plus en plus à un  débat d’opinions, le degré zéro de la démocratie. Comme aurait dit le camarade Platon, on n’est pas sorti de la caverne…

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