Pas touche à Merkel au PS ? Mais si ! défendre le Smic contre cette harpie libérale !

Le blog de Gérard Filoche – 29 avril 2013 –
Filoche est en pétard
Ah celle-la, elle est trop bonne ! Voilà Alain Juppé qui amende les textes internes au Parti socialiste. Il se mêle de la convention « Europe » du PS qui est prévue le 16 juin 2013. Il s’inscrit quasiment comme un membre de la commission des résolutions pour…  défendre Angela Merkel, une vieille copine de l’UMP  !
Il faut dire que le texte que Jean-Christophe Cambadélis proposait vendredi 26 avril à la commission de préparation du débat contenait une phrase quasi extraordinaire, révolutionnaire, incendiaire : « L’amitié entre la France et l’Allemagne, ce n’est pas l’amitié entre la France et la politique européenne de la chancelière Merkel ». Mazette ! Quelle audace !
Alors la droite UMP ne peut pas supporter ça ! Comment ? Une avanie contre la chancelière la plus réac, la plus intégriste libérale qu’ai eue l’Allemagne ? Pas question ! La « confrontation avec Berlin » serait un « péril mortel » s’écrie donc Juppé en « une » du Monde ! Toute la droite, tous les médias claironnent : « La confiance avec l’Allemagne est rompue. » Dès samedi matin, c’est l’avalanche, la contre-offensive généralisée au son du clairon : ils défendent l’Allemagne toute entière contre l’arrogance française, contre la « rhétorique antigermanique », contre le « fantasme d’isolement » de M. Hollande.
Pensez-vous, le texte – un PROJET –  dénonçait « l’intransigeance égoïste » d’Angela Merkel : « Le projet communautaire est aujourd’hui meurtri par une alliance de circonstance entre les accents thatchériens de l’actuel Premier ministre britannique – qui ne conçoit l’Europe qu’à la carte et au rabais – et l’intransigeance égoïste de la Chancelière Merkel – qui ne songe à rien d’autre qu’à l’épargne des déposants d’outre-Rhin, à la balance commerciale enregistrée par Berlin et à son avenir électoral. » Dans ce contexte, la France possède aujourd’hui le seul gouvernement sincèrement européen parmi les grands pays de l’Union. Cette situation lui donne une responsabilité historique.
À croire que tous les contempteurs  avaient passé huit heures avec nous, le vendredi de 16 à 24 h, « petites souris » dans la commission d’élaboration du texte, salle Marie Thérèse Eyquem, à Solferino, ils avaient copié le texte pour le publier et le combattre immédiatement.
France inter, BFM, les JT, tous se relaient devant le « péril » soudain, énorme, géant : le PS se rebiffe contre la droite allemande intégriste !
Et aussitôt, comme si cette hardiesse était insupportable, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault fait un tweet en allemand pour rassurer la Chancelière. Valls s’en prend à Claude Bartolone, président de l’assemblée nationale, (ils se disputent la place de Jean-Marc Ayrault) qui a repris l’idée de « confrontation démocratique » avec la droite allemande : « Ces propos sont irresponsables, démagogiques et nocifs. Ils risquent de mettre en très grande difficulté la relation historique entre nos deux pays, essentielle pour l’avenir de l’Union. » Selon lui VallsValls toujours : « Il ne peut pas y avoir de recherche d’un bouc émissaire qui aurait le visage d’Angela Merkel. Si elle gagnait les élections en septembre, que ferions-nous ? Nous déclarerions la guerre à l’Allemagne ? » Selon Michel Sapin, « il ne s’agit pas de se confronter avec un pays, ce qui ramènerait aux pires images du passé; il s’agit encore moins de se confronter avec une personnalité, Angela Merkel. » « Il s’agit de débattre en Europe, à 27, de la meilleure politique possible pour faire en sorte que toute l’Europe retrouve de la croissance », a-t-il ajouté. «Il peut y avoir des débats fermes. Mais le débat pour réorienter une politique, ce n’est pas la confrontation.  »
1588667_3_b43c_le-bureau-du-ps-a-berlin-en-allemagne-en_4785b21a70411de17f0b999064d0f73aLes termes qualifiant Angela Merkel de « chancelière de l’austérité » ont disparu de la nouvelle version, tout comme le nom de Mme Merkel. Alors que la première version parlait de « bras de fer avec la chancelière de l’austérité et les conservateurs européens », le nouveau texte ne parle plus que de « bras de fer » de François Hollande « avec les conservateurs européens ». De même, le passage initial sur « l’intransigeance égoïste de la chancelière Merkel », abondamment commenté, a disparu. (Le Monde.fr 30/04/2013)
Voilà que Juppé a gagné : son amendement est intégré ! La « confrontation » est retirée. Libération annonce que le texte est « édulcoré ». On n’a pas le droit de critiquer l’Allemagne, ce qui veut dire qu’on laisse Merkel conduire l’Europe dans le mur à 300 km à l’heure !
Car celle-ci, en pleine campagne électorale (le scrutin a lieu le 22 septembre), vient d’affirmer que « le Smic est la cause du chômage » ! Elle milite ainsi non seulement contre le Smic en Allemagne  –  il n’y en a pas, mais le SPD défend justement l’instauration d’un Smic, modeste, à 8,5 euros de l’heure –  mais aussi contre tous les Smic européens.
Dire que c’est le niveau des salaires qui provoque le chômage, c’est gonflé.
Dire qu’il faut que tous les européens soient soumis à des salaires de 3 ou 6 euros de l’heure comme les travailleurs immigrés pauvres et esclavagisés en Allemagne, c’est gonflé. Imposer une super austérité en Europe comme en Grèce où le Smic a été abaissé de 750 euros en 2009 à 584 euros en 2011, puis aujourd’hui à 484 euros, voilà le scandaleux programme pour l’Union européenne de la Thatcher allemande.
C’est la baisse des salaires et la hausse des crédits, des spéculations, des pratiques usurières de la finance qui divise, affaiblit l’Europe toute entière. Il n’est de pire ennemi de l’Europe que ce néo-libéralisme au service entier des banksters. Sauver l’Europe, c’est la sauver des griffes de cette politique malfaisante de Merkel !
Oh mais pardon, me voilà dans le collimateur de Juppé et même de Valls ! Diantre, j’ai franchi le Rubicon, j’assimile Merkel à Sarkozy,  je critique les libéraux des deux côtés du Rhin. Pas le droit ! C’est un « péril mortel » !
Mais allez, je vais résister et me laisser aller : je vais même défendre un texte alternatif  pour la convention PS de juin. Une autre Europe, une Europe sociale anti Merkel ! Contre les trois M : Merkel, Marches, Medef ! Rien de nouveau de mon côté : c’est ce que j’avais dit en sept minutes au congrès de Toulouse.
Gérard Filoche, lundi 29 avril, 10 h

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