Contre le FMI : Argentine, le « populisme » qui marche !

Journal Fakir mai/juin 2013 – Extrait du dossier complet
Depuis trente ans, le docteur FMI tue tous les patients qu’il soigne.
100_5376
Un seul traitement dans la sacoche : la saignée. Si le patient ne guérit pas ? C’est qu’il faut saigner encore ! Le voilà qui agonise ? Saignons-le davantage ! Il meurt ? C’est qu’il a refusé de se laisser saigner assez. Après l’Afrique ravagée, l’Amérique du Sud ruinée, l’Asie enfoncée, les « plans d’ajustement » du Fonds monétaire international gagnent désormais l’Europe. Jusqu’à la France. Mais, des expériences passées on pourrait tirer une leçon d’espoir : les cancres (Argentine, Malaisie, Islande) s’en tirent mieux que les élèves disciplinés (Espagne, Portugal, Ghana, Grèce, etc).
A l’automne 2001, l’Argentine a foncé droit dans le gouffre. Le pays est noté « DDD », en banqueroute, par l’agence de notation Fitch. Le Chômage  atteint officiellement 25%. Les salaires sont réduits de 13%, tandis que l’inflation croît de 125%. La moitié, quasiment, de la population vit sous le seuil de pauvreté. Les manifestations, et autres concerts de casseroles, se multiplient. Les chômeurs en lutte, les piqueteros, occupent les routes. Depuis trois ans que la récession s’est installée, l’Argentine suit religieusement les conseils du FMI et des États-Unis d’un « plan de rigueur » à un « programme de privatisations« . C’est un échec patent.  Malgré cette déconfiture et une grève générale de trente-cinq jours, Le Fonds demeure droit dans ses certitudes : « Le FMI, déclare son directeur général adjoint, ne permettra pas à l’Argentine d’obtenir le soutien financier promis tant que le gouvernement n’aura pas mis en œuvre,  par loi ou par décret, l’ensemble des mesures annoncées par le président. » Et le porte-parole du Trésor américain complète : « Davantage de sacrifices seront probablement nécessaires de la part de la population argentine » !
Notre propre politique
C’est alors qu’en avril 2002, Robert Lavagna devient ministre de l’Économie : « Dès mon entrée en fonction, j’ai 100_5378décidé de changer radicalement notre manière de penser la sortie de crise. Le mois suivant, j’étais à Washington pour rencontrer les dirigeants du Fonds monétaire international et leur expliquer que nos rapports allaient s’en ressentir. J’ai expliqué au Fonds que nous ne voulions plus de prêt et que nous sortirions seuls de cette crise. Cette position était tout simplement impensable pour le FMI car nous affichions notre volonté de fixer nous-mêmes notre propre politique économique. J’ai dû leur expliquer trois fois de suite ma position avant qu’ils finissent par comprendre. » Avec le nouveau président Nestor Kirchner, Roberto Lavagna décide alors de contrôler la circulation des capitaux. le salaire minimum est augmenté de 50% pour relancer la consommation. La dette est annulée à hauteur de 75%.
26997Plus besoin des banquiers « Les sorties de crise se font en dehors des chemins tracés par le FMI, poursuit Roberto Lavagna. Cette institution propose toujours le même type de contrat d’ajustement fiscal qui consiste à diminuer l’argent que l’on donne aux gens – les salaires – les pensions, les aides publiques, mais également les grands travaux publics qui génèrent de l’emploi – pour consacrer l’argent économisé à payer les créanciers. C’est absurde. Après quatre ans de crise on ne peut continuer à prélever l’argent aux mêmes. Le FMI s’est transformé en une institution chargée de protéger les seuls intérêts financiers. Quand on est dans une situation désespérée, comme l’était l’Argentine en 2001, il fat savoir changer la donne. »
Et de conclure : « Les banquiers me détestent ! Ce qui ne les a pas empêchés de frapper à notre porte pour nous prêter de l’argent quarante-huit heures exactement après que nous ayons terminé la restructuration de notre dette en 2005 ! or j’ai refusé ces offres intéressées en leur répondant que nous ne reviendrions pas sur le marché financier avant 2014 car nous n’en avons plus besoin.
Durant tout ce temps, évidemment, les loups de Washington ont hurlé au « populisme ». Avant de, sur le tard, adresser un satisfecit à l’Argentine pour son redressement : entre 2003 et 2011, son PIB a triplé ! « C’est vrai que, dans le cas de l’Argentine, nous n’avons pas été très utiles, admet Claudio Loser, un ancien dirigeant du FMI. C’est comme ça. »   
Source : Libération 19/2/2012
Lire aussi : «On préfère sauver les banques que les gens» : Roberto Lavagna ex-ministre argentin de l’Economie

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
Cet article, publié dans Economie, Europe, est tagué , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.