Retraites… On remet ça !

Altermonde sans frontières – mars 2013 – Patrick Mignard
On nous fait venir le sujet de loin, mais petit à petit on y vient. On ne dit pas les choses directement. On fait des contours et des virages autour du sujet… On tourne autour du pot. On se veut informatif et pédagogue. On attend du citoyen qu’il soit d’accord avant qu’il ne connaisse la réelle teneur de la question évoquée. On laisse fuir dans les médias quelques informations, quelques statistiques. Et puis… on finit par lâcher le morceau : il faut réformer le système des retraites !
retraites« On », ce sont les politiciens, le MEDEF, mais aussi, moins démonstrativement, les syndicats de salariés qui savent qu’ils finiront bien par avaler de nouvelles couleuvres. Tout ce beau monde savait, et sait, que le capitalisme est incompatible avec le système des retraites par répartition et l’allongement de la durée de la vie. En effet, les surplus de productivité dégagés ne servent ni aux salaires, ni à la protection sociale, ni aux retraites, mais à enrichir les propriétaires du capital, les actionnaires. Or, il n’est pas question pour les gestionnaires du système de toucher à ses principes de répartition des richesses… d’où l’indécente gymnastique financière à laquelle ils se livrent et la rigueur à laquelle ils nous soumettent.
Derrière un discours, de Droite comme de Gauche, parfaitement lénifiant, parlant de réforme juste, efficace et durable des retraites, ils nous ressortent les sempiternelles trois solutions :
1 – Repousser encore l’âge de départ à la retraite.
2 – Augmenter le montant des cotisations.
3 – Baisser ou geler les pensions.
Toutes ces mesures sont évidemment impopulaires mais nous sont présentées, par la Droite comme par la Gauche, comme les seules possibles. L’adoption d’une de ces options, ou leur combinaison va être fonction du degré de résistance des salariés –
résistance faible on l’a vu les années précédentes. Le MEDEF va faire le forcing pour sauvegarder les intérêts du système en faisant un chantage à la « compétitivité » et aux risques de licenciements et délocalisations.
La troisième option présente l’avantage de s’attaquer à des personnes âgées à la résistance très faible et aux moyens de pression quasi inexistants. La nouvelle réforme ne règlera rien (comme les précédentes), sauvegardera les privilèges du capital, accroîtra les inégalités et généralisera la précarité. Tant que ne sera pas mis sur le tapis la question de la répartition des richesses, source de toutes les inégalités, rien ne sera réglé.
Debout les morts !
image005Le peuple ! Quel manque de tact, de reconnaissance, quelle ingratitude ! Beurk ! Tout est fait pour lui alléger la vie, lui permettre de consommer, l’amuser. Des moyens inouïs sont déployés depuis des décennies pour assurer sa santé, faire reculer les maladies, retarder le plus possible l’âge de la mort. L’espérance de vie n’a jamais autant progressé dans nos pays de toute l’histoire de l’Humanité… Et bien, en dépit de tout cela, le peuple ne pense qu’à en profiter. Il profite de ne pas être malade pour vivre plus longtemps… Un vrai scandale ! Il trouve toujours qu’il a trop travaillé. Il veut profiter de l’allongement de la vie pour prendre du bon temps, faire ce qu’il lui plait ! Il a toujours revendiqué une réduction du temps de travail et s’il n’y avait pas des « experts » responsables, il continuerait à revendiquer !
Rejetant le sage précepte biblique : « Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front », il prend perfidement pour prétexte que le développement technologique permet d’accroître la productivité du travail, et donc permet de se passer toujours davantage du travail humain. Voilà bien un raisonnement pervers et immoral qui donne un fondement scientifique à la fainéantise. En donnant l’illusion d’être fourmi, le Peuple est en fait, au tréfonds de lui-même cigale. Son objectif n’est pas le travail, mais le repos, l’oisiveté, la paresse.
Que dire de cette absurde idée de retraite, économiquement, philosophiquement et psychologiquement insupportable !
Économiquement : c’est un poids sur les jeunes, les actifs qui ont autre chose à faire que d’entretenir des oisifs qui ont fait leur temps et ne sont plus productifs !…
Philosophiquement : l’oisiveté détruit le sens de vie, elle est l’ennemie de l’activité productrice, source de toutes les jouissances.
Psychologiquement : perte des repères de ce qui a fait la vie active… d’où dépression, alcoolisme, suicide !… donc des coûts médicaux supplémentaires.
Les salariés ont, pendant des décennies, revendiqué la retraite. Ils l’ont obtenue par la violence, les mobilisations… Ils en veulent toujours plus… mais aujourd’hui le processus est rompu. D’un commun accord, Droite et Gauche portées alternativement au pouvoir par le Peuple, reviennent à des conceptions plus décentes. Notons que seuls les politiciens, ces héros du travail et du dévouement, souhaitent ne jamais prendre leur « retraite » !… En regardant les statistiques économiques du siècle passé on prend conscience des pertes immenses provoquées par les millions de retraité-e-s qui ont vécu des années sans travailler, de ce qu’ils auraient pu produire s’il avaient trimé jusqu’à leur mort !
retraites-2-df4cdAlors que vont devoir s’engager de nouvelles négociations sur l’avenir des retraites, le secrétaire général de Force Ouvrière affirme que « l’espérance de vie en bonne santé » n’augmente pas en France. Et qu’à ce rythme, l’âge de la retraite risque fort de se rapprocher de celui des premiers gros pépins de santé : la « retraite des morts » dont parlaient les anciens… 
Lire : Jean-Claude Mailly (FO) dit-il vrai sur la « retraite des morts » ?

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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