L’attribution à Bouygues par le ministère de la Défense d’un contrat de 3,6 milliards dénoncée dans un rapport secret

Le Canard Enchaîné 15 mai 2013 – Hervé Liffran et Christophe Nobili – Extraits
Ce rapport « confidentiel-défense » dévoile les efforts de Gérard Longuet, alors ministre de la Défense de Sarkozy, pour bloquer l’enquête sur l’attribution du marché à l’ami Bouygues. Un contrat de 3,6 milliards…
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Un soupçon en béton
Pression sur des hauts fonctionnaires, enquête bidon, cachotteries à la justice… Gérard Longuet, l’ancien ministre de la Défense de Sarkozy, et son entourage auront tout essayé pour étouffer l’affaire du « Balardgone »* c’est ce que révèle un rapport estampillé « confidentiel-défense », dont disposent, depuis début avril, les juges d’instruction Guillaume Daïef et Serge Tournaire. Ces magistrats enquêtent sur les conditions d’attribution à l’entreprise Bouygues du fabuleux contrat de 3,6 milliards pour la construction et l’entretien du nouveau siège des armées dans le quartier parisien de Balard.
Déclassifié sur ordre du nouveau ministre, Jean-YvesLe Drian, ce brûlot de 26 pages (plus deux annexes) montre le zèle avec lequel l’équipe de Sarkozy a empêché toute remise en question de la décision favorable à l’ami Bouygues. « Le Canard » a pu prendre connaissance de l’intégralité du document.
Piste portugaise ensablée
Daté du 31 janvier 2013 et signé par le contrôleur général des armées, Jean Giannesini, ce rapport avait été commandé un mois plus tôt par Le Drian. Le ministre, furax, venait de découvrir que Longuet et son cabinet lui avaient caché toute une série de documents et de témoignages sur des fuites survenues durant l’appel d’offres de Balard. Dès le mois de décembre 2011, « Le Canard » révélait que des indiscrétions avaient sans doute compromis la régularité du marché*.
Première découverte qui a sidéré le contrôleur général : Longuet et son cabinet ont appris, en janvier et février 2012 que des données secrètes ainsi que les propositions techniques et financières des candidats au « Balardgone » s’étaient baladées à l’extérieur. Qu’ont-ils fait alors ? Rien.
Même réaction vigoureuse quand Longuet a été informé que « des comptes bancaires domiciliés au Portugal » et appartenant à des personnes pouvant être impliquées dans l’affaire des fuites auraient été « alimentés par des sommes importantes en espèces« . « Paradoxalement, s’alarme le raporteur, les informations (…) adressées au directeur du cabinet civil et militaire du ministre de la Défense alors en fonction ne semblent avoir eu aucune suite immédiate et en adéquation avec la gravité et la sensibilité potentielle de l’affaire, eu égard aux incertitudes pouvant peser (…) sur la régularité de la procédure de passation du contrat (…) et aux enjeux opérationnels et de sécurité nationale ».
Des enquêteurs plombés
Pour la forme, le cabinet de Longuet a tout de même demandé à la DPSD (l’ex-sécurité militaire) de s’intéresser à cette histoire. mais, selon le contrôleur général Giannesini, les limiers en kaki ont été priés d' »enquêter à minima » et durant six jours seulement. Ses agents ne lui ont d’ailleurs pas caché qu' »une chape de plomb avait pesé sur cette affaire« . Ils avaient le sentiment de s’être heurtés à une « volonté de limiter les investigations« , au point même d’avoir été « orientés vers une fausse piste » pour leur faire perdre du temps. En revanche, souligne le rapporteur, une piste plus alléchante a été négligée : celle d’un cadre du bureau « Contrats et marchés publics » de la Défense. Après avoir participé, en 2009, à la mise au point du chantier Balard, ce brave garçon a quitté le navire amiral, un an plus tard – au beau milieu de la procédure d’appel d’offres -, pour se faire embaucher par le service juridique … de Bouygues Bâtiment Ile-de-France, la filiale du bétonneur qui a emporté la marché !
100_5397Lire aussi :
* Ministère de la Défense: l’attribution du marché fait l’objet d’une information judiciaire pour « corruption » (France Info 7/12/11)
Les frais de Gérard Longuet, actuel ministre de ma Défense, « pris en charge » par Ben Ali en 2006  (Les Inroks– 30/5/11)
Gérard Longuet dément s’être offert une maison avec des timbres rare (20 minutes 25/9/10)
Diplômé d’études supérieures (DES) en sciences politiques en 1968, Gérard Longuet, en 1964, prend part, en compagnie d’Alain Madelin, à la création du mouvement Occident, groupuscule d’extrême droite souvent impliqué dans des affrontements violents contre l’extrême gauche.
1488576_3_9758_gerard-longuet-aurait-ete-remunere-en-2009-par_1300003056En 1967, soupçonné en sa qualité de dirigeant du mouvement d’extrême droite Occident d’avoir été un des instigateurs d’une expédition violente contre des étudiants d’extrême gauche à l’université de Rouen (l’un de ces derniers étant laissé dans le coma après l’attaque), Gérard Longuet est inculpé et condamné le 12 juillet 1967 à 1 000 francs d’amende pour complicité de « violence et voies de fait avec armes et préméditation», en même temps que douze autres militants d’extrême droite, dont Alain Madelin, Alain Robert et Patrick Devedjian. Il est amnistié en juin 1968.
Après la dissolution, par le Conseil des ministres, d’Occident en octobre 1968, il rejoint le Groupe union défense (GUD), groupuscule d’extrême droite mené par Alain Robert, dont il écrit la charte, puis Ordre nouveau, destiné à rassembler les nationalistes. Il fera partie en 1971 avec Claude Goasguen de la direction de ce mouvement, dissous par décret du Conseil des ministres le 28 juin 1973  pour « atteinte à la sûreté de l’État ».
Il entre à l’École nationale d’administration (ENA) en 1971 et en sort en 1973 (promotion François Rabelais). Entre temps, en 1972, il rédige le premier programme économique du Front national, créé la même année. De ses engagements à l’extrême droite dans les années 1960-1970, il dit : « J’assume avoir été d’extrême droite. On s’est simplement trompé sur le modèle colonial, qui ne pouvait perdurer ». (Wikipédia)

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