Le Drian achète des drones aux States.

Le Canard Enchaîné – 22 mai 2013 – J.-L. P.
100_5405Une fois de plus, la France était en retard Elle n’avait pas de drones, ces mini-avions pilotés par télécommande. Obnubilé par son invendable Rafale, Dassault n’y croyait pas. Et le faisait savoir : c’étaient « des gadgets sans avenir » ! Du coup, « la France a perdu vingt ans, ce qui est invraisemblable« , a déclaré Le Drian, le ministre de la guerre au mali, qui vient de passer commande de deux drones aux américains. Ce sont des Reaper (« faucheuse », in english), donc pas vraiment de simples engins espions. Certes, ils seront vendus non armés (dans les 60 millions d’euros pièce), mais chacun d’entre eux pourra emporter, après équipement, trois tonnes d’armement et zonzonner tout là-haut, à plus de 5 000 mètres d’altitude, pendant vingt-quatre heures.
100_5407Obama les adore. Depuis leur mise en service, en 2004, ils ont permis de zigouiller 4 700 personnes en Afghanistan, en Irak, au Pakistan, au Yémen et en Somalie, d’après un rapport du Sénat américain de mars, et la moitié d’entre elles depuis qu’Obama est à la Maison-Blanche. Le drone, en effet, c’est génial pour l’assassinat cibl, l’exécution à distance, la chasse à l’homme. Certes, 80% des victimes sont des civils, selon le Sénat US, mais vous savez comment sont les barbus : jamais en uniforme ! Ils ne jouent pas le jeu. Au Nord-Mali, les drones auront aussi pour objectif de traquer les barbus, bien mieux que les drones d’origine israélienne dont dispose aujourd’hui l’armée française, fatigués d’avoir déjà servi en Afghanistan et peu performants. Les deux Reaper ne feront que du renseignement, promis-juré. Pour l’instant… Car le drone est très tentant. Grâce à lui, « la guerre devient un télétravail », comme le note le philosophe Grégoire Chamayou (« Libération » 20/5).
Aucun risque. Zéro mort. On tue à distance. et il permet d’intervenir dans les pays hors des zones de guerre100_5417 pour éliminer des agresseurs présumés. Cela dans un vide juridique total, certes, mais pourquoi se gêner ? Les stratèges américains comparent la chasse au terroristes à la tonte du gazon. : « Il suffit de « tondre » régulièrement, dès que des têtes repoussent, on les tue. » Mais, note Chamayou, « on promet une guerre sans défaite, mais ce sera aussi une guerre sans victoire« . Donc interminable, ce qui est bon pour le business : les drones se multiplieront, et, le jour où les guerres se résumeront à des batailles entre drones, la paix éternelle régnera sur terre…

A propos werdna01

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