#Bonsoir, je m’appelle Cécile et je suis chômeuse…

Maven je suis24/05/2013 -Par /
Petit rappel d’un précédent article
Burn out, c’est quoi ?
1 – L’épuisement émotionnel. Représente la dimension stress.
2 – La dépersonnalisation. Correspond à la composante interpersonnelle.
3 – La réduction de l’accomplissement personnel. Représente la dimension d’autoévaluation.
En recherche d’emploi, voici les 4 stades que j’ai connu…
1 – Enthousiasme / 2 – Stagnation / 3 -Frustration / 4 -Apathie
Contradiction entre définition du burn out et mes états psychologiques perso
Je vivais une contradiction en lisant cette définition. J’avais toujours associé la notion de burn out à celle de la suractivité professionnelle et cette définition me rappelait d’abord ce que j’avais vécu en étant sans emploi. C’est cette curiosité qui m’a donné envie de développer cet article que j’aurais pu appeler, par opposition, le burn out du désœuvrement professionnel.
Mon burn out à moi
Dire qu’un chômeur est un chercheur d’emploi est un raccourci qui n’a guère d’autre but que de réduire son existence sociale et psychologique à ce qu’elle a de moins dérangeant. En réalité, un chômeur quand il le devient est tout sauf un chercheur d’emploi, il n’a aucune notion de ce que cela signifie réellement, et ce qui l’attend avant d’être en capacité de chercher et de trouver un emploi est un chemin difficile truffé de pièges. Pour certains, pour ceux qui s’embourbe dans l’enfer de ces pièges, c’est l’exclusion, l’isolement, et parfois l’anéantissement.
J’ai été au chômage total ou partiel pendant près de 4 ans (Période d’inactivité, petites missions..). Je peux dire que une de mes plus longues expériences professionnelles.
Le chômage de longue durée n’est pas un état en soi. Il est la conséquence d’une succession de processus qui s’engage dès lors que le chômeur ne rebondit pas immédiatement après la perte de son emploi. De multiples raisons simples peuvent expliquer cette absence de rebond immédiat : l’état consécutif à la perte d’emploi (choc émotionnel, dépression, stress lié à la peur, perte de repère, etc.), un évènement indépendant (naissance d’un  enfant, break voyage, divorce, accident, etc.), la non préparation à l’exercice difficile de comprendre, marqueter et vendre sa compétence, une mobilité trop faible compte tenu du contexte familiale, etc.
Cette absence de rebond dans les premiers mois du chômage propulse le chômeur dans une phase ou chaque échec conduit progressivement à la perte de confiance en soi, à l’isolement social et psychologique, et enfin à la perte d’identité.
132Je suis entrée dans cette phase du chômage à 39 ans, en fracture affective et existentielle (donc fortement déstabilisée), jeune maman de 2 enfants en bas âge (donc peu flexible/mobile), dans l’incapacité d’exercer mon ancien métier de formatrice du fait de ma nouvelle situation familiale, dans l’indécision des orientations à donner à mon avenir professionnel. Je n’avais pas le profil gagnant. J’ai fait mon cv, fait mon bilan de compétences, ciblé différents types de postes/métiers, et je suis entré dans le quotidien des chercheurs d’emploi, les petites annonces, les offres de pôle emploi, les candidatures spontanées, les opportunités du copain d’un copain, etc. J’ai passé des mois et des mois dans un monde durci par la crise et la compétition professionnelle, à naviguer d’un courrier à l’autre, d’un rdv à l’autre, d’un espoir à l’autre, d’un refus polis à l’autre, quand il y en avait un, ou quand je n’étais pas purement et simplement victime de ce réflexe répulsif du monde professionnel face au chômeur (*). Chaque échec était l’occasion de douter un peu plus de moi-même, de mes capacités, de la pertinence de mes projets. Chaque échec était l’occasion de ne plus me reconnaitre, de perdre la considération que je cherchais à m’accorder, de ne plus accepter celle des autres, en particulier des professionnels, de m’exclure ainsi de leurs réseaux. Progressivement le regard des autres me devenait insupportable, jusqu’à ne plus supporter celui de mes proches, je m’isolais inexorablement.
Licenciée du monde du travail et licenciée du monde social
J’ai découvert le « vrai »  regard porté par l’administration sur les chômeurs, ces hommes et ces femmes qui ne sont plus des assistantes de direction, des commerciaux ou des formatrices mais des chercheurs d’emploi, dont on mesure la valeur à leur capacité à ne plus l’être et dont on oublie souvent le vrai métier et la vraie compétence. Mon identité se résumait chaque jour un peu plus à un état psychologique gangréné par cette obsession du retour coute que coute à l’emploi, et par cette réduction de ma dimension professionnelle. J’avais un nouveau patron : pôle emploi, et un nouveau travail : trouver un job. Et ce qui devait arriver arriva, mon patron m’a licenciée, pôle emploi m’a radié, pour insuffisance de performance, je n’étais pas assez « bon chercheur ». Au bout du compte, après m’être fait licenciée du monde du travail, je me faisais licencier du monde social. J’avais atteint le bout, je n‘étais plus grand chose, et j’étais seule.
 (*) qui n’a pas fait ce simple constat que face à 2 profils rigoureusement identiques un employeur choisit toujours ou presque le postulant en activité au détriment du postulant au chômage, alors même qu’une personne en recherche d’emploi présente de facto des atouts propres à son état : disponibilité immédiate, sur-motivation, exigences négociables, etc.
Le marché de l’emploi n’existe pas…

Crisis. Young businessman holding sign Need Job outdoors

Le retour à l’emploi
J’étais allée au bout de moi-même, au bout de mon courage et de ma force, et pourtant j’avais échoué. J’ai commencé à comprendre que le « marché » de l’emploi, en tant que tel, n’existait pas, que l’emploi s’il existait ne se trouvait plus dans les supports classiques des organisations d’aides à l’emploi, mais qu’il fallait aller le chercher là où il se trouvait, au sein des réseaux professionnels.
Je me suis rendu compte que la société m’avait accompagnée dans cette perte d’identité sociale et personnelle, que le regard que les autres me portaient était finalement le miroir du mien. En faisant l’expérience d’une petite mission très ponctuelle de consulting qui ne changeait rien à ma situation, j’avais remarqué que le simple fait de dire : « je suis au chômage et dans l’attente je fais quelques missions de consulting » changeait radicalement le regard que ces mêmes gens me portaient lorsque je me contentais d’un « je suis au chômage ».
« Déconstruire » son isolement
Aussi anecdotique et superficiel pouvait être ce constat, je crois que c’est lui qui m’a fait réagir. J’ai décidé de « déconstruire » l’isolement que j’avais bâti et de retrouver une existence au sein des réseaux professionnels. Au fil de ma longue période de chômage, je m’étais petit à petit investie dans les réseaux sociaux, domaine que j’avais autrefois bien connu à l’époque des tous premiers blogs. Comme il me fallait exister dans le cadre d’une « activité » et en même temps développer un contenu relayant le discours que j’avais en situation relationnelle, j’ai développé 2 blogs spécialisés sur des thèmes professionnels à fort pouvoir de séduction et ne demandant pas d’expertise particulière : le premier était une hyper revue de presse de tout ce qui se racontait d’important ou d’anecdotique dans la presse marketing digital, le deuxième était une synthèse de l’avancement des concepts de Social CRM, sujet suffisamment émergeant pour que mon travail apporte une valeur ajoutée sans que je sois particulièrement experte du domaine.
Renouer avec les milieux professionnels
C’est ainsi que jouant sur les « petites missions ponctuelles de consulting », sur la production régulière de contenus sur mes 2 blogs, sur la tribune des réseaux sociaux, et en acceptant de fréquenter les lieux et évènements prisés des réseaux professionnels que je visais, j’ai progressivement réussi à me faire connaitre et à renouer avec un monde susceptible de me proposer des opportunités d’emploi. J’avais réussi mon pari et fait le chemin inverse de celui qui m’avait conduit à l’isolement total.
Mais les opportunités ne se présentaient toujours. J’avais pourtant un profil parfaitement lisible, je fréquentais des milieux à fort gisement d’offres d’emploi dans mon domaine, j’étais a priori appréciée. L’idée m’est venue que j’en avais peut être trop fait, que ce « profil » que j’avais façonné au travers de mes blogs, de mon discours et de mes interventions sur les réseaux sociaux, était peut-être trop impersonnel, qu’il manquait de « vérité », de dimension personnelle pour être crédible ou inspirer confiance.
Être soi-même
226942_CV7248HO7CH6FPBU7AAA54RW225AV7_199013_h12jhofwcj482ek3ddc74txgcu4f8r_je_h201257_l_H205718_LJ’ai donc décidé de créer des contenus  plus représentatifs de ma sensibilité, de mes valeurs et convictions, de mes goûts et plaisirs, et j’ai également fait évoluer mon comportement en société pour m’y dévoiler plus intimement. J’ai compris qu’au-delà de mes compétences purement opérationnelles, ce qui intéressait tout autant mes contacts étaient d’évaluer les affinités pouvant exister entre eux ou leurs projets et moi. En tant qu’experte des réseaux sociaux je n’étais qu’une consultante parmi d’autres mais sur le plan personnel j’étais unique. Cette prise de conscience a été profondément rassurante car en acceptant d’être enfin moi-même, j’acceptais également de ne pas plaire à tous, preuve que je recouvrais ma confiance en moi.
Je travaille maintenant depuis 8 mois, j’aime ce que je fais, je suis appréciée, les affinités de l’équipe sont fortes, et je poursuis mes activités annexes en particulier la fréquentation des cercles professionnels que j’avais investis, tout cela de façon harmonieuse.
Le marché de l’emploi a changé. Les employeurs recrutent aussi des potentiels personnels.
Le « marché » de l’emploi a changé et nous devons accepter 2 choses.
La première c’est qu’avec la vitesse d’évolution des métiers et de l’entreprise les employeurs ne recrutent plus seulement un « profil professionnel » mais également un potentiel personnel. Ce potentiel personnel ne se cache pas dans les cv, pour le dévoiler il faut aller au contact des autres.
La deuxième est le corollaire de la première : aller au contact veut dire fréquenter ce que j’appelle maintenant les réseaux de l’emploi (par opposition au « marché » de l’emploi qui ne signifie plus rien) et trouver le moyen d’exister au sein de ses réseaux (par l’exercice d’une activité personnelle par exemple, proche du monde professionnel qu’on souhaite fréquenter).
En sachant qu’au-delà de tout ce qu’on peut faire le ciment de la réussite tient d’abord à la confiance en soi, et s’il y a quelque chose à ne pas perdre au chômage c’est bien cela.
Ce que j’ai appris aussi…
Vous rencontrerez des gens qui profiteront du caractère corvéable de votre situation, du fait que vous êtes prêt à tout acceptez pour provoquer une opportunité. Il faut bien évidemment suivre et se laisser « manipuler » mais vous n’avez pas intérêt à le faire sans condition. Vous êtes en activité (même en recherche d’emploi), vous êtes un professionnel, faites vous respecter !
La confiance en soi est le ciment de la réussite.

etre-soi-meme

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
Cet article, publié dans Travail, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.