Secret fiscal : Une boîte noire nommée Qatar

Bakchich info – 28/05/2013  – Xavier Monnier
Le petit émirat du Moyen Orient brasse des milliards, à la provenance plus qu’exotique. Par exemple le pactole de feu Kadhafi.
En ces temps moroses où l’avenir ne promet que crise financière, austérigueur et hausse du chômage, les boîtes noires de la finance internationale, qui se porte, elle, comme un charme, doivent endurer de bien mauvaises publicités.
Ce fut d’abord le scandale Cahuzac, qui a révélé le dévoiement d’un ministre en charge de la lutte contre la fraude fiscale. Puis l’enquête sur les mauvaises manières d’UBS France a connu une subite accélération : la filiale hexagonale de la grande banque suisse est soupçonné d’avoir illégalement démarché de riches clients français en vue de les aider à se soustraire à l’impôt. La saga OffshoreLeaks a levé le voile sur les exotiques aventures du trésorier de campagne de François Hollande dans des contrées pleines charme fiscal. Et le livre du journaliste de La Croix Antoine Peillon, Ces 600 milliards qui manquent à la France, de connaître le succès que son enquête au cœur de l’évasion fiscale mérite.
Mais la partie de cache-cash entre fraudeurs et sentinelles ne se joue pas vraiment à armes égales. De nouvelles zones grises fiscales ont émergé depuis que les places historiques, à l’instar de la Suisse, se font taper sur les doigts. Comme l’a décrit à Bakchich un banquier helvète, c’est à l’est, désormais, que certains secrets fiscaux sont le mieux protégés; notamment dans ce Moyen Orient, si sablonneux, au sein duquel le Qatar veut jouer les plaques tournantes.
« Les Anglo-saxons ont des paradis fiscaux à Hong Kong et Singapour,les Français désormais ont le Qatar»
« Sans parvenir à le démontrer, certains fonctionnaires d’organismes internationaux soupçonnent l’émirat de constituer une formidable lessiveuse d’argent sale, décryptent ainsi Nicolas Beau et Jacques Marie-Bourget dans leur livre, Le Vilain Petit Qatar.
bakmai13qatarargentsalelEt d’expliquer : « »Les Anglo-saxons ont des paradis fiscaux à Hong Kong et Singapour, les Français désormais ont le Qatar », explique Abderrahmane Hadj Nacer, un ancien patron de la banque centrale d’Algérie. Un grand financier à Dubaï explique comment «pendant le printemps arabe», «des avions 727 et A 320 chargé de malles de billets, atterrissaient discrètement à Dubai. Les fonds étaient ensuite placés, dans la région et sans grand contrôle des autorités sur place, dans de grands établissements bancaires qui ont pignon sur rue». Lors d’une émission sur France 3 consacrés aux Biens Mal acquis, le 16 janvier 2013, l’avocat William Bourdon, qui a initié une procédure judiciaire contre le Congo de Sassou, le Gabon de Bongo et la Guinée équatoriale d’Obiang, se dit tout à fait convaincu du rôle trouble joué par l’émirat. « de nouveaux laboratoires de l’argent sale, explique-t-il, se sont créés à Dubaï, Hong Kong, à Singapour et au Qatar». 
Le petit émirat qui monte, si habile à se placer au coeur de la classe politique française, s’est fait une spécialité de recycler des fonds que l’on croyait perdus, à en croire l’enquête de nos deux confrères. Par exemple les petites économie de feu le colonel Kadhafi. Longtemps soutenu par les Qataris et leur fidèle président français Nicolas Sarkozy, le chef de la Jamyryah libyenne a eu la surprise de subir leurs attaques militaires au printemps 2011. Un retournement fort rentable, à lire Le Vilain Petit Qatar.
50 milliards de Kadhafi recyclés au Qatar
«Après la fin des hostilités en Libye, la cellule «Gestion financière» de la banque mondiale, constituée d’une vingtaine de cracks de l’investigation capable de filocher les milliards, s’est penchée sur les avoirs du colonel à travers le monde. 175 milliards de dollars détournés par le régime libyen ont pu être identifié dans 27 pays. On savait que Kadhafi avait placé quelques économies au Venezuela, où il entretenait d’excellents relations avec Hugo Chavez, ou encore dans l’Italie de Berlusconi, en Suisse, aux États-Unis et dans les filiales tunisiennes des banques de Tripoli. Mais l’énorme surprise la voici: les enquêteurs de la Banque Mondiale ont découvert que 50 milliards de dollars, prélevé par le dictateur sur les comptes publics pour lui et ses clans, ont été placés au Qatar. Ainsi l’émirat faisait fonction d’une formidable blanchisseuse au profit de l’ami libyen. Alors pourquoi tant de haine? Et que sont devenus les milliards du Guide? «Une partie importante de ces fonds ont été convertis en placements dans des fonds de pensions ou dans l’immobilier», explique-t-on à Paris en très haut lieu. Nous sommes dans la zone noire du «confidentiel défense». A la fin du mois de février 2013, un avocat parisien était approché par des libyens ayant vécu une terrible aventure, juste au moment de la chute de Tripoli. Ces hauts fonctionnaires, proches du sérail de Kadhafi, auraient été «capturés par des Français et des Qataris». Ils auraient alors été «torturés afin qu’ils avouent», ce qu’ils savaient des «caches» du magot du Colonel.»
Secret fiscal dans les sables
Las, les enquêtes judiciaires risquent un profond ensablement à s’aventurer au Qatar. Les commissions rogatoires internationales lancées seraient promises à un sort malais… Comme en atteste le site du ministère de la justice française, toute mesure d’instruction doit passer par la voie diplomatique. «Sans délai, le parquet fait parvenir la commission rogatoire à la Chancellerie (Direction des Affaires Civiles et du Sceau – bureau de l’entraide civile et commerciale internationale) qui la fait parvenir au ministère des affaires étrangères pour acheminement par la voie diplomatique ou transmission à notre représentation consulaire.»
Malgré le détachement de 4 magistrats à Doha durant le règne de Nicolas Sarkozy, aucune convention d’entraide judiciaire n’a été formalisée, ni signée. Seule une convention fiscale a vu le jour, le 14 janvier 2008. Son «article 8 allège considérablement l’impôt sur la fortune des Qataris propriétaires en France», signalent les auteurs du Vilain Petit Qatar, tandis que «l’article 12 de cette même convention prévoit l’exonération de tout impôt sur les plus-values immobilières».
dessin-laurent-sallesL’opposition socialiste d’alors n’avait pas trouvé à redire à cet accord si particulier. Elle est désormais au pouvoir, mais aucun réaménagement de la convention n’est inscrit à l’ordre du jour – ni la moindre prémisse d’entraide judiciaire.
L’avenir du secret fiscal s’enfouit dans les sables… 

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
Cet article, publié dans Economie, Justice, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.