Retraites : faut-il encore une réforme ?

Alternatives Économiques n°325 – juin 2013 –

Rien ne presse en matière de retraites. La crise a certes creusé les déficits, mais les perspectives à long terme ne sont pas mauvaises. Notamment parce que le tour de vis imposé par les précédentes réformes a été très sévère. Le système mérite néanmoins d’être simplifié. 
1369665330_001_325Les efforts ont déjà été faits
Tout-augmente-en-rayon-sauf-les-retraites_referenceVingt ans de réformes ont assuré la viabilité du système de retraites français à moyen terme. Avec un coût élevé pour les futurs pensionnés, auxquels il sera difficile d’en demander davantage. C’est reparti pour un tour : le feuilleton de la réforme des retraites entame une nouvelle saison qui devrait se conclure cet automne par une énième modification de notre système de retraites public. Dans l’immédiat, la crise a en effet creusé le déficit des retraites, d’où les inquiétudes actuelles. Mais à moyen terme, la viabilité du système français paraît désormais solidement assurée du fait notamment d’une démographie plus favorable que chez nos voisins. Ces perspectives plutôt rassurantes ont cependant été acquises au prix d’un effort très important demandé aux futurs retraités par les réformes adoptées depuis vingt ans. D’où la difficulté d’en « rajouter encore une louche » cette année.
La France ne fait pas de cadeaux aux retraités
lasserpe_retraites-77f6eLes retraites sont un chantier permanent. La réforme annoncée par le gouvernement n’est en effet que le énième épisode d’un long feuilleton. Tous les leviers ont d’ores et déjà été actionnés et la générosité du système français sérieusement rabotée. Pourtant, malgré l’ampleur des efforts déjà consentis, il faudrait, nous dit-on, aller plus loin. Pour justifier les sacrifices à venir, on a coutume de citer en exemple la plupart de nos voisins. Les Français auraient les retraités les plus jeunes d’Europe et seraient privilégiés par rapport aux règles en vigueur dans les autres pays. Il est vrai que dans presque tous les pays européens, les systèmes de retraites ont été remodelés pour faire face aux déséquilibres liés à l’allongement de la vie et, plus récemment, aux conséquences de la crise. Cependant, le régime de retraite hexagonal n’est pas plus favorable que celui de ses voisins, si l’on tient compte de la durée de cotisation et des conditions d’accès à une retraite à taux plein.
Un système complexe et illisible
Miege-retraites-220x300Incompréhensible pour la majorité des citoyens, le système de retraites français pénalise ceux dont la carrière a été marquée par les aléas. Mathilde peut en théorie prendre sa retraite depuis novembre dernier, mais une inconnue de taille la fait hésiter : combien touchera-t-elle si elle franchit le pas maintenant ? Impossible à dire précisément. Assistante sociale, elle a eu plusieurs employeurs, a connu une courte période de chômage, a travaillé un an à l’étranger et son temps de travail a varié au cours de sa carrière. Mère de deux enfants, elle s’est également arrêtée pour les élever. Bref, un parcours qui n’est pas linéaire – comme c’est de plus en plus fréquemment le cas.Or, quand il s’agit de convertir ces années de labeur en droit à la retraite, le calcul vire au casse-tête. Selon ses propres estimations, Mathilde pense avoir droit à environ 1 100 euros par mois… Mais elle est loin d’en être sûre.
Réformer, pourquoi faire ?
Le gouvernement veut à nouveau réformer les retraites, trois ans après la réforme de 2010. Y a-t-il urgence ? Ce n’est pas une priorité, la France est en situation de dépression et il manque 6 points d’emploi, ce qui limite les cotisations et donc les ressources du système de retraites.i l’on cumule le solde des régimes de retraite et de chômage, le déficit est de 17,5 milliards d’euros en 2012.Mais le manque à gagner dû à la crise s’élève à 23,5 milliards. On peut donc dire que, sans les effets de la conjoncture, le système de prestations retraite et chômage fonctionnerait et serait même excédentaire de 6 milliards d’euros.

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