Sale temps pour les retraites

Siné Mensuel N°21 juin 2013 –
Travailler plus serait la solution présidentielle et providentielle pour résoudre l’équation des retraites. Un seul problème : l’argument ne tient pas.
Les présidents de la République passent, les slogans restent : « Il faut travailler plus. » C’est la solution présidentielle pour équilibrer les comptes des régimes de retraite. Le motif ? La démographie bien sûr : « On vit plus longtemps (1), on devra travailler un peu plus longtemps. » L’argument est bidon. Depuis un siècle, l’espérance de vie ne cesse d’augmenter mais on passe de moins en moins sa vie au travail. Aujourd’hui, c’est environ la moitié d’une vie d’homme, contre plus des deux tiers jadis. Et dans le même temps, la durée annuelle de travail a considérablement diminué.
dessinPour faire « socialiste », donc « juste », le président a aussi brandi l’excuse des jeunes : « Je refuse de faire porter le fardeau des retraites aux nouvelles générations. » On s’étrangle. Car avec l’allongement de la durée de cotisation, c’est la double peine assurée pour les enfants de la crise, ceux qui sont nés après le premier choc pétrolier. Aujourd’hui, ces salariés galèrent de plus en plus pour trouver un emploi. Et les « réformes » passées n’ont rien arrangé en forçant les salariés âgés à rester sur le marché du travail. Pas de miracle avec un chômage de masse : depuis dix ans, le taux d’emploi a augmenté de plus de 25% pour les 55-64 ans (de 36% à 46%)… mais il a baissé chez les plus jeunes.
La double peine viendra au moment de la retraite quand il faudra faire le bilan de ces carrières trouées. Avec la durée de cotisation actuellement exigée, lus de 70% de la génération 1974 n’aura pas assez cotisé pour toucher une pension complète à l’âge minimum légal (62 ans), même dans le scénario optimiste où ces salariés pourraient se maintenir dans l’emploi jusqu’à cet âge. Avec une durée de quarante-quatre ans pour les salariés du secteur privé, la quasi-totalité d’entre eux seraient privés d’une retraite complète à 62 ans et plus de quatre sur dix devraient attendre 67 ans pour ne pas voir leur pension trop massacrée. En clair, allonger la durée de cotisation revient à reculer de fait l’âge de la retraite.
Impossible de cotiser plus, nous dit-on ? Ça dépend pour qui. Depuis 1993 et les décrets Balladur inaugurant l’allongement de la durée de cotisation, les sociétés cotisent de moins en moins pour leurs salariés… mais de plus en plus pour les actionnaires ! En vingt ans, ces derniers ont raflé deux fois plus de dividendes (de 4% de la valeur ajoutée en 1992, à 9% en 2012) soit, pour la seule année 2012, 40 milliards supplémentaires. L’argent des cotisations est bien là, mais pas dans les bonnes poches. La météo des retraites n’est pas près de s’améliorer !
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(1) C’est un point contestable : lire Jean-Claude Mailly (FO) dit-il vrai sur la « retraite des morts » ? où le secrétaire général de Force Ouvrière affirme que « l’espérance de vie en bonne santé » n’augmente pas en France.

A propos werdna01

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