Malbouffe : les nitrates, ces grands amis de l’homme

Charlie Hebdo N°1094 5 juin 2013- par Fabrice Nicolino -Extrait du Hors-série « Bon appétit ! »
Aucun barrage n’est plus possible. C’est tellement la merde que l’industrie de l’agriculture a décidé de jouer son va-tout : pour elle, les nitrates c’est la santé !
Récapitulons notre gai savoir. Les nitrates sont partout. On les trouve bien sûr le long des côtes, surtout ALGUES_VERTES_DINOSAURESbretonnes, où ils dopent les marées d’algues vertes qui agacent fort l’odorat et tuent à l’occasion en se décomposant. Mais il y en a aussi quantité dans les eaux dites brutes – rivières et nappes phréatiques – qui servent à « fabriquer » de l’eau « potable ». D’où ça vient ? le mystère est levé depuis longtemps : les nitrates sont l’une des formes de l’azote, et sont massivement présents dans les engrais chimiques et les flots de merde venus des élevages industriels. le tout se balade, ruisselle sous la pluie, gambade jusqu’à la mer par les cours d’eau.
Tous les programmes publics, lestés de lourds crédits, ont échoué, car pour régler l’affaire, il faudrait s’attaquer à l’industrie de l’agriculture, ce qui n’est au programme de personne. En février 2012, l’Europe a engagé des poursuites contre notre vieux pays, considérant qu’il ne respectait pas les engagements qui figurent dans une directive de 1991.
Et, bien obligé, le ministère de l’Écologie a dû rendre en janvier 2013 une liste des communes « vulnérables », soit qu’elles étaient déjà dévastées par les nitrates, soit qu’elles en étaient directement menacées. Le résultat est intéressant, car 18 860 communes figurent au catalogue, soit 860 de plus qu’un an plu tôt. Au rythme où tout part en quenouille, calculez dans combien de temps les 36 000 communes françaises seront atteintes…
100_5483Seulement, est-ce embêtant ? Mais pas du tout ! Prenons l’exemple de l’hebdo La France agricole, sorte de Journal officiel de l’agriculture intensive. Dans son numéro du 8 avril 2011, l’édito, somptueux de la première à la dernière ligne, prend la défense des nitrates, car ils seraient bons pour la santé. Sous le titre audacieux « Nitrates, nos amis pour la vie« , on y trouve cette phrase d’anthologie : « En dénigrant à tort une molécule utile pour l’organisme, on passe à côté de bénéfices de santé importants. C’est le message fort du colloque de la Pitié-Salpêtrière. Un colloque ? Ben oui, faut bien défendre la vérité. Depuis une quinzaine d’années, un petit groupe de scientifiques de seconde zone tente de « réhabiliter » les nitrates à coups de très curieux colloques, dont certains menés par l’Institut de l’environnement. Lequel a été porté sur les fonds baptismaux par le géant du poulet industriel Doux. La surprise est grande.
Devant les caméras se joue une autre histoire, car les enjeux sont aussi financiers. La FNSEA, le syndicat agricole, a lancé une pétition à la fin de l’an passé pour refuser à l’avance de nouvelles mesures. Les épandeurs de merde craignent une amende européenne de plusieurs centaines de millions d’euros, annoncée pour cette année, qui pousserait fatalement le gouvernement à proposer un nouveau plan anti-nitrates.
Résumons : tout va de plus en plus mal, mais il ne faut surtout rien faire, car sinon, bottes de paille en feu, purin sur les préfectures et tracteurs en travers de la route. Tous les gouvernements, depuis cinquante ans, se sont couchés dans la merde des volailles et des porcs.

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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