J’ai emprunté ces BD en médiathèque : Gen d’Hiroshima

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Nous avons évoqué récemment avec une amie qui revient du Japon le manga « Gen d’Hiroshima ». En prenant des informations sur son dessinateur japonais ,Keiji Nakazawa, je me suis rendu compte que j’avais loupé l’annonce de son décès, le 19 décembre 2012.

C’est pourquoi je me suis replongé dans ce manga qui m’avait bouleversé et qui l’a fait une fois encore.

Ce manga, une somme de plus de 2000 pages, a maintenant 40 ans mais reste toujours d’actualité.Il traite de la vie à Hiroshima avant, pendant et après l’explosion de la bombe nucléaire du 6 août 1945.Souvent les BD « documentaires » sont soit mal dessinées, soit racontées d’une manière un peu sèche qui en diminue l’intérêt à la lecture.Ici nous sommes réellement dans un roman graphique passionant et au dessin bien maîtrisé. Nul besoin d’être un fana, un connaisseur ou un simple lecteur de manga pour le lire. C’est ouvert à tout le monde (même si le sens traditionnel de lecture des mangas de droite à gauche a été très justement conservé).

Quand on parle de la bombe d’Hiroshima (et celle de Nagasaki) on visualise une sorte d’horreur un peu light où tout aurait été rasé et ces milliers de morts auraient évité bien d’autres morts en obligeant le Japon à signer la reddition sans condition. Mais la réalité est toute autre, car tous les habitants de Nagaski ne sont pas morts sur le coup. Certains ont mis des jours à agoniser, la peau fondue. D’autres ont mis quelques années avant d’en mourir de cancer du tube digestif et d’autres sont morts bien des décennies après, comme Keiji Nakazawa le dessinateur de ce manga qui est mort entre autres, d’un cancer des poumons en 2012 comme je le disais au début de mon article. Car il s’agit bien non pas d’un documentaire mais d’une vraie œuvre autobiographique. Car Keiji Nakazawa avait 7 ans et vivait à Hiroshima le 6 août 1945, comme son « héros ». Non la réalité c’est que toutes ces personnes, quelques soient leur âge, leur condition, leur sexe, se sont retrouvées seules, sans nourriture, sans toit, sans soin et avec le rejet de toutes les autres populations qui avaient peur de la contamination (sans savoir la nommer à cette époque là)ou qui étaient dégoûtée par les symptômes de la maladie (rejet de sang, des selles liquides etc) ou les effets esthétiques sur la peau. Une souffrance s’est rajoutée à bien d’autres souffrances.

Le père de Gen, le héros, est un pacifiste qui est mis au ban de la société civile pour « traîtrise ». Car la conscience que cette guerre ne sert que des intérêts financiers d’un petit groupe au détriment du peuple lui est insupportable et il ne peut la taire. Mais dans le Japon impérial c’est impensable. Le premier tome qui parle de cette « vie avant la bombe » montre déjà les souffrances de Gen face à ce rejet de la société de sa famille. Mais nous verrons au cours des tomes, comment les salauds (quel autre nom donner?) bellicistes retourneront leur veste et s’appuyant sur les mafias locales deviendront des « pacifistes » pour gagner les élections après la guerre. On peut voir encore actuellement comment des grands groupes industriels et financiers familiaux qui ont mené le Japon à sa perte sont toujours présents mondialement actuellement. Mais c’est pareil pour les industriels allemands et français.

Gen va perdre directement un frère, une sœur et son père lors de l’explosion. Mais son père,qu’il a tant rejeté petit, pour ses idées dérangeantes, restera toujours présent pour lui donner du courage pour ne pas « baisser les bras ».

Ce manga est réellement dérangeant (je crois que c’est pour cela que je l’emprunte en médiathèque et depuis le temps je ne l’ai jamais acheté) car au cours des différents volumes ont va assister au combat, le mot n’est pas que symbolique, que va mener un petit garçon pour survivre et permettre à ses proches,puis à des amis de rencontre, de survivre. Il mettra au monde sa petite sœur. Se battra pour essayer de la sauver plusieurs mois après, mais c’est de malnutrition qu’elle mourra. Pour amener sa mère à l’hôpital (trouver l’argent pour le payer) il lui faudra aussi des trésors d’ingéniosité et des amis qui outrepassent la loi en se mettant en danger, pour y arriver. On ne peut rester inconscient à cela, quand on voit comment actuellement la politique internationale est justement que les services publiques, dont ceux de la santé, soient rentables économiquement !

C’est aussi l’égocentrisme des personnes, qui est amplifié dans des situations de crise, qui est marquant. Mais face à cela,de la compassion et de l’esprit de solidarité se développent aussi et Gen n’est pas le dernier à y participer, il aidera des jeunes filles défigurées qui veulent se suicider, un peintre, un écrivain et bien d’autres orphelins.

“Le plus important trésor de l’humanité, c’est la paix” disait Nakazawa, puissions-nous ne pas l’oublier.Comme il l’avait déjà fait à la suite de l’accident de Tchernobyl, en 1986, Nakazawa s’est aussi révolté en 2011 après la catastrophe atomique de la centrale de Fukushima, dénonçant l’usage de l’énergie nucléaire.

Gen d’Hiroshima – 10 tomes – Dessinateur : Keiji Nakazawa – Scénariste : Keiji Nakazawa – Editeur : VERTIGE GRAPHIC

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A propos Frédéric Baylot

MÉDITACTION, BANDE DESTINÉE & POLÉTHIQUE « Fer senzill i lleuger, per més serenitat i alegria. » http://frederic.baylot.org/
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