Revue détaillée des dépenses cachées de Sarkozy qui vont ruiner l’UMP …

Rue 89 04/07/2013 François Krug | Journaliste
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Site web, tracts, sondages… et meetings de Guaino : Rue89 détaille les erreurs de calcul du Président-candidat au cours de la dernière présidentielle.

Le Conseil constitutionnel a donc confirmé ce jeudi le rejet des comptes du candidat Sarkozy. Il a estimé que l’ancien Président n’avait pas respecté les règles du financement d’une campagne présidentielle : le plafond de dépenses prévu par la loi est fixé à 21,6 millions d’euros ;
les dépenses déclarées par Nicolas Sarkozy s’élevaient à 21,3 millions ;
les dépenses qu’il aurait dû déclarer s’élèvent en réalité, selon le Conseil constitutionnel, à 22,9 millions d’euros.
C’est une catastrophe politique pour Nicolas Sarkozy, qui a immédiatement annoncé sa démission du Conseil constitutionnel, « afin de retrouver [sa] liberté de parole ». L’ancien Président était membre de droit du Conseil (il n’avait pas participé aux délibérations concernant ses comptes de campagne).
C’est surtout une catastrophe financière pour l’UMP. Déjà au bord de la faillite, le parti va perdre 10,7 millions d’euros supplémentaires. Avec le rejet de ses comptes de campagne, Nicolas Sarkozy perd en effet le droit au remboursement de la moitié de ses dépenses de campagne par l’Etat.
Et c’est justement sur ce remboursement que se construit le budget d’une campagne : le candidat emprunte, en son nom propre, une somme équivalente, et plusieurs mois après l’élection, il peut rembourser ses banquiers grâce au chèque reçu de l’Etat : Nicolas Sarkozy avait ainsi emprunté 10,6 millions d’euros ;
si le candidat ne reçoit pas ce chèque de l’Etat, c’est en théorie à lui de rembourser personnellement les banques ; dans la pratique, c’est le parti qui se charge de ce remboursement – et voilà pourquoi l’UMP va perdre près de onze millions d’euros…
Le parti vivait dans l’angoisse de cette décision du Conseil constitutionnel depuis le 19 décembre. Ce jour-là, la Commission nationale des comptes de campagne avait provoqué un choc en rejetant les comptes de Nicolas Sarkozy. Avant lui, seuls Jacques Cheminade et Bruno Mégret avaient eu droit à cet honneur. Et le recours déposé devant le Conseil constitutionnel n’aura servi à rien. A quelques détails près, les calculs de la Commission sont confirmés.
Après ses échecs électoraux, l’UMP avait déjà perdu une bonne partie de ses financements publics : le montant des aides versées par l’Etat repose en effet sur les résultats obtenus aux législatives. Et les dettes du parti n’ont cessé d’augmenter.
Comme l’avait révélé Rue89, l’UMP a ainsi dû signer un accord discret avec ses banques. Elle leur a emprunté pas moins de 55 millions d’euros, en leur apportant son siège du XVe arrondissement en garantie. Pour conserver cet immeuble, l’UMP doit rembourser sa dette avant le 1er mars 2017.
Nicolas Sarkozy a donc peut-être mis, littéralement, son parti à la rue. La décision publiée par le Conseil constitutionnel détaille, point par point, les erreurs de calcul de l’ancien président, et explique pourquoi ses dépenses doivent être revues à la hausse.
 1 /Le meeting de Villepinte video
Somme oubliée par Nicolas Sarkozy : 1 063 865 euros
Des dizaines de milliers de participants, un discours riche en formules chocs pour imposer le thème de « la France forte » : le 12 mars 2012, Nicolas Sarkozy lance sa campagne à Villepinte. Ce meeting avait enthousiasmé les militants UMP. Il risque aujourd’hui de couler financièrement le parti.
Coût total de ce meeting : un peu plus de trois millions d’euros. La moitié seulement avait été intégrée dans les comptes de campagne de Nicolas Sarkozy, l’autre moitié étant réglée par l’UMP. Au motif que la matinée n’avait pas été consacrée à la présidentielle elle-même, mais à un conseil national du parti portant sur les législatives.
Le Conseil constitutionnel n’a pas été convaincu par cet argument. Selon lui, ce ne sont pas 50%, mais 80% des dépenses qui devaient être intégrés aux comptes du candidat Sarkozy : « […] Si un conseil national extraordinaire de l’Union pour un mouvement populaire s’est effectivement tenu le 11 mars 2012 au matin, sa durée n’a pas excédé une heure et […] il a réuni, au maximum, 5 000 personnes, alors que la réunion ouverte au public qui l’a suivi a rassemblé au moins 50 000 personnes ; […] ni le candidat ni l’Union pour un mouvement populaire n’ont […] produit de document relatif à ce conseil national extraordinaire établissant que les thèmes abordés et les interventions avaient alors trait aux élections législatives et non à l’élection présidentielle […]. »
arue89la_france_forte_640 2 /Le site de campagne 
Somme oubliée par Nicolas Sarkozy : 175 453 euros
L’UMP et Nicolas Sarkozy s’étaient également partagé le coût du site de campagne, LaFranceForte.fr, car le parti continuerait à l’utiliser après la présidentielle. (Le site n’existe plus aujourd’hui, son adresse URL renvoie au site de l’UMP.)
Là aussi, le Conseil constitutionnel a refait le calcul. Il conteste le partage des dépenses portant sur la construction du site : le candidat aurait dû régler 50% de cette facture, pas 20%
arue89sarko53/ Le discours de Toulon 
Somme oubliée par Nicolas Sarkozy : 155 715 euros
Lorsqu’un Président sortant se représente, le financement de sa campagne peut être un casse-tête. Faut-il inclure, dans les dépenses à déclarer, certaines manifestations officielles – y compris des déplacements effectués avant que le président n’annonce sa candidature ?
Le Conseil a examiné huit cas. Sept d’entre eux, selon lui, relèvent bien du mandat présidentiel. Par exemple, l’inauguration du Salon des entrepreneurs à Paris, le 1er février 2012, ou un discours sur le nucléaire à Fessenheim, huit jours plus tard : « Il n’en va manifestement pas de même de la réunion publique organisée à Toulon le 1er décembre 2011 compte tenu de l’implication de l’Union pour un mouvement populaire dans cette manifestation, de l’ampleur du public convié, comprenant notamment des adhérents et sympathisants de l’UMP, des modalités d’aménagement des locaux et des moyens de communication déployés. »
L’analyse des Sages est d’autant plus sévère pour Nicolas Sarkozy que ce discours avait été présenté comme un des plus marquants de son quinquennat, un moment de sarkozysme triomphant.
Rue89 en avait relevé les mots-clés – « peur », « vérité », « travail » – et avait constaté, comme le reste de la presse, que ce discours était celui d’un « président-candidat » : « Nicolas Sarkozy aurait dû terminer son discours en annonçant officiellement sa candidature à l’élection présidentielle. Ça aurait été cohérent, après une intervention, devant des milliers de supporters à Toulon, qui a donné le ton d’une campagne qui ne dit pas encore son nom. »
4/ Les conseils de Pierre Giacometti
Somme oubliée par Nicolas Sarkozy : 80 819 euros
Pour analyser les sondages, l’UMP a fait appel entre février et juin 2012 à Patrick Buisson et Pierre Giacometti. Un calcul savant a été établi pour régler ces prestations : les analyses portant sur la présidentielle elle-même ont été intégrées aux comptes de Nicolas Sarkozy, celles portant sur les législatives ont été payées par l’UMP.
Le Conseil constitutionnel ne conteste pas le calcul établi pour les prestations de Patrick Buisson. Il est en revanche beaucoup plus sévère sur le calcul appliqué au travail de Pierre Giacometti, et a donc établi son propre ratio : « […] “Aucun des éléments produits par le candidat ou par le cabinet Giacometti-Péron sur les soixante-trois réunions antérieures au second tour de l’élection présidentielle, tenues avec ce cabinet, n’établit qu’elles ont porté sur les élections législatives ; […] il ne peut en revanche en aller de même pour les dépenses afférentes aux sept réunions tenues postérieurement à cette date qui ne pouvaient qu’avoir trait aux élections législatives ; […] ces dernières réunions correspondent à 10% de l’ensemble des réunions ; […] ainsi seuls 90% des dépenses du contrat avec le cabinet Giacometti-Péron, soit 128 360 euros, doivent être inscrits dans le compte ; […] le candidat ayant seulement inscrit la somme de 47 541 euros, il convient d’ajouter la somme de 80 819 euros.”
arue89magdelunion5/ Le magazine de l’UMP 
Somme oubliée par Nicolas Sarkozy : 71 957 euros
Dans son numéro du premier trimestre 2012, Le Magazine de l’Union – le journal envoyé aux militants UMP – dressait le bilan de “cinq ans d’action au service des Français”. Un numéro spécial financé par l’UMP, mais devant en réalité être considéré comme une dépense de campagne du candidat :
“[…] La parution exceptionnelle en cause du Magazine de l’Union avait pour seul objet de mettre en valeur le bilan de M. Sarkozy à la présidence de la République ; […] cette parution doit, eu égard à son contenu et aux conditions de sa diffusion, être regardée comme ayant été réalisée en vue de l’élection présidentielle […].”
6/ Les tracts de l’UMP
Somme oubliée par Nicolas Sarkozy : 28 745 euros
Même logique pour trois tracts diffusés par l’UMP à partir de novembre 2011. Le Conseil constitutionnel les a relus attentivement : il a estimé que ces tracts, comme celui expliquant “ce que le PS pense de François Hollande”, ne relevaient pas de la propagande habituelle d’un parti politique, mais des dépenses de campagne du candidat ;
il a donné raison à Nicolas Sarkozy sur un quatrième tract, évoquant “le marchandage PS-Verts sur le nucléaire” : ce tract concernait les futures élections législatives, et n’avait pas à figurer dans les comptes du candidat à la présidentielle.
 7 Les meetings d’Henri Guaino
Somme oubliée par Nicolas Sarkozy : 17 752 euros
Entre octobre 2011 et février 2012, c’est-à-dire avant que Nicolas Sarkozy ne déclare officiellement sa candidature, son conseiller Henri Guaino a tenu huit réunions publiques. Leur coût aurait dû être intégré aux comptes du candidat :  “Ces réunions ont eu pour objet principal de présenter des éléments de bilan du mandat de M. Sarkozy, d’appeler à la candidature de M. Sarkozy et de promouvoir celle-ci ; […] compte tenu des fonctions exercées alors par M. Guaino à la présidence de la République et de la publicité donnée à ces réunions, elles n’ont pu avoir lieu sans l’assentiment du futur candidat […].”
 merci RIVERAINS ! Pierrestrato

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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