Sarkozy – DSK : L’obstination de deux personnages vaincus : les fantômes …

Le Monde 12 juillet 2013 blog de Francoise Fressoz éditorialiste

 François Hollande et les fantômes

Deux fortes personnalités viennent de ressurgir. Deux personnages vaincus, l’un par le suffrage universel, l’autre par les débordements de sa vie privée, et qui pourtant font preuve d’une incroyable obstination.
Nicolas Sarkozy et Dominique Strauss-Kahn sont de retour. Le premier avec l’intention proclamée de préparer sa revanche en 2017, malgré les affaires qui le menacent ; le second sans réelle illusion sur ses chances de refaire de la politique en France, mais avec la volonté de compter dans le débat économique mondial.
L’ancien président de la République a parlé, lundi 8 juillet, devant le bureau politique de l’UMP. L’ex-directeur général du Fonds monétaire international (FMI) a accordé une longue interview à la chaîne américaine CNN, diffusée mercredi 10 juillet.
L’un et l’autre ont posé des cailloux, bien au-delà de ce qui justifiait leur intervention : l’invalidation de ses comptes de campagne pour Sarkozy, le retour sur l’affaire du Sofitel de New York pour DSK.
affantomesCes deux fantômes  auraient pu ouvertement s’affronter en 2012, s’il n’y avait eu les accusations de viol portées par Nafissatou Diallo contre le socialiste.  Aujourd’hui, ils sont relégués dans l’ombre et ont beaucoup de mal à se satisfaire de leur situation.
Leur tentative de retour tient en partie à des données strictement personnelles : M. Sarkozy comme M. Strauss-Kahn ont une capacité hors du commun à encaisser les chocs, à se reconstruire et à contre-attaquer. Ils ont suffisamment d’estime de soi,  de conscience de leur supériorité et  de « niaque », pour ne pas se perdre en introspection ni en contrition.
Ni l’un ni l’autre ne reconnaissent en public les faiblesses qui les ont conduits à être marginalisés. Tous deux usent du même processus de victimisation pour essayer de revenir en grâce.
Devant les troupes de l’UMP, M. Sarkozy s’est  présenté comme la victime d’un acharnement du Conseil constitutionnel. Devant les téléspectateurs de CNN, DSK s’est décrit comme la proie du système judiciaire américain « qui vous expose comme un criminel à un moment où personne ne sait si c’est vrai ou faux ».
Sur ce message destiné à faire oublier l’hystérie négative qui avait accompagné leur sortie de terrain, les deux hommes tentent de bâtir le profil de l’homme providentiel  qui voit plus haut, plus loin et surtout plus large que les dirigeants actuels.
Leur propos concerne la mondialisation, encore largement rejetée par les Français. Ils sont ceux qui disent  ce que la France doit faire dans la mondialisation : M. Sarkozy pointe la crise des idées politiques, l’impasse européenne et la panne de progrès, M. Strauss-Kahn compare les Européens à une « armée de lions menée par des moutons ».
alemondeDSK-SarkozyTous deux posent problème à François Hollande, parce qu’ils soulignent en creux les faiblesses de celui qui a conquis le  trône qu’ils convoitaient et qui se dépatouille comme il peut dans la crise.
« Hollande ? Il fait de son mieux », dit DSK. Et derrière ce mot aimable, il y a toute la condescendance d’un homme qui, depuis son bureau du FMI, a vu la France de loin et sait exactement ce qu’elle pèse aujourd’hui.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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