Gastronomie en Lozère – Au monastère skite Sainte Foy, une cuisine frugale et succulente : Frère Jean, moine cuisinier des Cévennes

par Stéphanie Marin 25 juillet 2013

 Frère Jean cultive son goût pour l’art jusque dans son jardin

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 Frère Jean, au monastère Skite Sainte-Foy à Saint-Julien-des-Points. Photo DR/S.Ma

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Découvrir la majesté du simple.” C’est en haut d’un rocher surplombant la Vallée du Gardon en Lozère mais à deux pas (littéralement) du Gard, dans les pierres de schiste du monastère orthodoxe Skite Sainte-Foy, que Frère Jean, 66 ans, mène sa quête.

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Tout autour de lui, le vivant n’est que beauté. La forêt des Cévennes qu’il connaît si bien pour avoir grandi à Alès (à 25 km de Saint-Julien-des-Points), les fruits et légumes qu’il cultive dans le petit jardin du prieuré daté du XVIe siècle, une feuille d’un chêne, une pierre, tout est sujet à la contemplation et à l’émerveillement. “A chaque fois, c’est un moment unique” s’anime le Frère Jean, le sourire caché derrière sa longue barbe blanche.

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Appareil photo dans les mains, le moine, autrefois journaliste photographe, se veut être le témoin de la vérité, non pas dans le sens du vrai mais de l’authenticité. Un témoignage qu’il expose le long d’un mur de pierres sur les terres du monastère. “Je ne cherche pas l’extraordinaire. Une simple porte, si vous la photographiez en été et en hiver, elle ne sera pas la même.” La lumière, la couleur, les ombres, le décor, tout change.
L’art, quel qu’il soit est pour le moine cévenol, une formidable façon de rendre grâce. L’art se partage dans son universalité, les mots n’ont plus le monopole, il suffit d’en connaître les codes. C’est vrai dans la photographie, la peinture, la sculpture, mais aussi dans la cuisine. Et dans ce domaine, Frère Jean, est un artiste à part entière et ce malgré une modestie incontrôlable. “Je ne suis ni photographe, ni jardinier, ni cuisinier, je suis moine et j’exprime ma foi. La cuisine est un jeu, une danse, un plaisir. Je crée selon où j’habite. Mon secret de cuisine c’est ici et maintenant.

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Ainsi, lorsqu’il ne pioche pas dans son potager où les œuvres d’art ont aussi leur place, Frère Jean se rend au village, à Saint-Julien-des-Points, en quête de produits locaux. “Les paysans permettent de faire vivre la terre. Un bon pain, un bon miel, un bon fromage, un bon vin, tout cela fait un bon frère, c’est ma prière.” Et c’est dans sa petite cuisine qu’il concocte sa fameuse ratatouille, son steack de courge, sa soupe de courgettes froide ou encore son ragoût de sanglier. Une cuisine tout en simplicité agrémentée de multiples épices et cultures qu’il a ramené de ses différents voyages.
Les voyages ont toujours bercé la vie de Georges Gascuel, fils d’un employé à la SNCF originaire de Saint-Jean-du-Gard et d’une enseignante d’Anglais de Pradel. Il a grandi à Alès, a étudié aux Près-Saint-Jean puis à Paris pour devenir journaliste photographe indépendant, pour aller vite, comme le temps qui passe lorsque Frère Jean met des mots sur son histoire.
amont athosCe métier l’a mené dans différentes contrées, jusqu’au mont Athos en Grèce où il a été frappé par la foi. “J’avais 33 ans, j’étais heureux dans ma vie. Je suis entré dans un monastère où il y avait des crânes un peu partout. Et j’ai été frappé par cette réflexion qui m’était jusque-là inconnue :Un jour, je vais mourir.” Alors je me suis posé cette question, qu’est-ce qui est important pour moi ? C’est devenu une évidence. En deux secondes, je suis devenu moine.” Là encore, tout est question de simplicité.
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Après des années passées aux côtés de son père spirituel, Père Séraphim, au monastère orthodoxe Mar Saba, à quelques kilomètres de Bethléem dans le désert de Judée, Frère Jean poursuit son chemin à travers le monde, avant de poser ses valises avec Frère Joseph, au monastère Skite Sainte-Foy en 1996.

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Un lieu défraîchi qu’ils vont, avec l’aide “d’artisans du coin“, restaurer jusqu’à lui redonner sa beauté d’antan. Artistes, artisans et paysans ont permis de faire vivre à nouveau ce monastère, véritable havre de paix qui se laisse apprécier chaque année par des centaines de retraitants et de journalistes curieux de découvrir ce moine artiste, créatif.
Le Monde a d’ailleurs consacré deux pages à Frère Jean dans son hors-série “A table” du mois de juillet.
stephanie.marin@objectifgard.com

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Note de Kozett : Dans le Monde du 28/29/juillet 2013 un article, réservé aux abonnés, on peut lire : Frère Jean, moine cuisinier des Cévennes.
Skite Sainte Foy, Saint Julien-des-Points Lozère. Tél. : 04 66 45 42 93. Le monastère n’est pas un hôtel. Il peut accueillir les personnes qui en font la demande pour une durée maximum de trois jours consécutifs. Aucun prix n’est exigé, le retraitant peut laisser une offrande lors de son départ, sachant que le coût du séjour et de la pension complète est pour le monastère, de 50 euros par personne.

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A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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