Fukushima : après le tsunami, le déluge

Le Canard Enchaîné du 13 août 2013 – J.-L. P.
73741106Plus de deux ans après (c’était le 11 mars 2011), les réacteurs de Fukushima continuent de chauffer un max : il faut, sous menace de catastrophe nucléaire additionnelle, refroidir en permanence le combustible toujours en fusion. La compagnie Tepco (Tokyo Electric Power Company) arrose donc abondamment, jour et nuit. Que devient l’eau ainsi contaminée ? Elle s’écoule dans les sous-sols des bâtiments et dans l’enchevêtrement des galeries souterraines Puis ça déborde…
images1Dans les premières semaines, pas moins de 11 000 tonnes d’eau avaient fini par se mêler à la nappe phréatique avant de se jeter dans l’océan Pacifique. Tepco avait alors installé plusieurs centaines de cuves de stockage « temporaires », et bricolé un dispositif de traitement des eaux permettant d’en retirer du césium, et de le réinjecter. Tout baignait… Certes au début, la pollution radioactive marine avait été la plus forte jamais vue dans l’Histoire, mais aujourd’hui, les poissons peuvent dormir sur leurs deux oreilles, non ? Non : la compagnie d’électricité a fini par reconnaître, le 22 juillet, que 300 tonnes d’eau radioactive se déversent chaque jour dans l’océan : c’est un vrai déluge, ça fuit de partout Entre 20 000 et 40 000 millions de becquerel de tritium radioactif à la mer en deux ans… Bien au-dessous des normes ! Jure Tepco, les yeux dans les yeux.
Pour rassurer les Japonais, Tepco promet qu’on va voir ce qu’on va voir : pour contenir la flotte radioactive, il compte édifier une titanesque muraille gelée autour des réacteurs . Il suffira d’enterrer sur 1,4 kilomètres des tuyaux où circule du liquide de refroidissement, ce qui gèlera le sol, et, hop, le tour sera joué ! Bon, cette technique d’ordinaire utilisée pour la construction de tunnels souterrains, n’a jamais servi dans pareilles conditions (et exige beaucoup d’électricité pour maintenir le liquide de refroidissement à température), mais quelle importance ?L’important, pour le gouvernement japonais, est de rouvrir le plus vite possible les 52 réacteurs (sur 54) qui sont encore fermés…
Les partenaires français du Japon nucléarisé en trépignent d’impatience : Areva y a récemment envoyé 10 tonnes de MOX, un mélange à base d’uranium et de plutonium, bien plus dangereux que le combustible ordinaire. Et compte bien y poursuivre la construction d’une usine de production de ce charmant combustible.
Les tsunamis sont priés de se tenir tranquilles…

A propos werdna01

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