Lourdes – Supermarché de la bondieuserie à ciel ouvert ? : une ligne de cosmétiques brassés à 5 % d’eau de Lourdes.

Sud-Ouest  17/08/2013 Par Sylvain Cottin

 Pélerinage à Lourdes : les marchands du Temple font leur beurre avec l’eau miraculeuse

Quand des petits malins revendent de l’eau de Lourdes puisée dans la Seine. Ou déclinent une ligne de cosmétiques à 5% d’eau de Lourdes

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L’eau miraculeuse de Lourdes est l’objet de nombreuses spéculations. Pas toutes spirituelles... (photo archives Thierry Suire)
Si Lourdes a pris les folles eaux du gave de Pau voilà deux mois tout juste, certains marchands du Temple auront su garder le cœur autant que les pieds au sec. Supermarché de la bondieuserie à ciel ouvert chaque année fréquenté par quelque 6 millions de pèlerins sonnants et trébuchants, les rives de la source miraculeuse n’en finissent plus d’arroser le commerce local et ses 200 boutiques de souvenirs. À cela certes rien d’illégal, d’autant que l’aqua prodigiosa ne coule heureusement qu’à l’abri « duty free » des sanctuaires. Point donc d’eau précieuse à vendre en tête de gondole, mais qu’importe, du dé à coudre jusqu’au jéroboam, pourvu que les milliers de flacons vides procurent ici l’ivresse acheteuse.
Dans un camion-citerne
Las, ce subtil équilibre entre recherche de spiritualité et quête de monnaie a soudainement volé en éclats voilà quelques semaines. Après avoir mis en bouteille leur patron en le persuadant d’improviser une ligne de fabrication de fioles aux formes mariales, trois employés d’une usine d’embouteillage de la région parisienne ont réussi un miracle que pas même Jésus aurait osé : changer l’eau de la Seine en celle de Lourdes. Au volant d’un camion-citerne, le trio a deux mois durant pompé le fleuve gadouilleux, démarchant à l’heure de la débauche tous les bénitiers d’Île-de-France. Mais le piège en eaux troubles a eu tôt fait de se refermer sur eux. Pris de remords et de boisson pas très catholique, l’un des braconniers de Dieu a fini par passer à confesse.
Des produits cosmétiques
Sans pousser le bouchon blasphématoire aussi loin, d’autres continuent de jouer sur les mots et les maux. Ainsi le Gersois Denis Dupin, employé à la Sécurité sociale la semaine, patron de sa petite entreprise Crème de Lourdes chaque autre jour que Dieu fait. Et notamment celui du Seigneur, puisque notre mécréant avoue ne plus aller à la messe depuis la Saint-Glinglin. S’il ne revendique pas encore le remboursement de son œuvre, le quadragénaire a tout de même commercialisé sur Internet une ligne de cosmétiques brassés à 5 % d’eau de Lourdes. Du shampoing, une crème solaire et même ce gel de toilette intime dont il promet qu’il nous fera briller l’âme autant que le fondement. « L’eau de Lourdes, que je vais chercher moi-même par bidons de 20 litres, est reconnue pour son activité psychosomatique et spirituelle. Et puis, comme l’on dit, les promesses n’engagent que ceux qui les croient. » Ceux-là ne seraient à ce jour pas plus de 500 sur terre. « Soit à peine 5 000 euros de chiffre d’affaires. »
Pas de quoi s’en aller brûler en enfer, mais à Lourdes la goutte d’eau pas bénite a fait déborder le bénitier. Choqués par cette réclame entretenant la confusion dans les esprits plus ou moins sains, les responsables des Sanctuaires ont tapé du poing sur l’autel. « Ce genre de dérives existe depuis que Lourdes est Lourdes, sauf que cette fois l’histoire nous agace franchement, reconnaît David Torchala, le porte-parole de la basilique. Ce monsieur a donc reçu un avertissement. »
Pour autant, l’ex-communiable ne semble pas disposé à implorer pardon ni charité. « Je me sens blessé, même si la polémique a au moins le mérite de me faire connaître, dit encore Denis Dupin. Qu’y a-t-il de mal à fabriquer un produit haut de gamme, qui sera bientôt certifié bio, alors que des centaines de commerçants font déjà du business autour de la grotte ? J’ai tenté de contacter les autorités religieuses et la mairie pour m’expliquer. En vain. » Un silence qui malgré tout est d’or, puisqu’il entretient ce vide juridique lui permettant d’user du nom de la ville pour peu que l’affaire ne nuise pas à sa réputation.
Prohibant toute distillation commerciale de leur eau, les vigies des Sanctuaires Notre-Dame de Lourdes ne dégoupilleront d’ailleurs pas plus loin le goupillon. « Sinon, on serait tout le temps en procès, s’irrite David Torchala. Nous restons les seuls habilités à envoyer de l’eau par correspondance. Alors nous faisons juste attention à ne pas encourager les réseaux parallèles, notamment en limitant notre liturgie sur cette eau qui, rappelons-le, n’est pas bénite… mais simplement miraculeuse. »
« Pas pire qu’à Notre-Dame »
Cent cinquante-cinq années après que la Vierge Marie a joué les sourciers pour Bernadette, c’est peu dire que d’éventuels ayants droit de la sainte bergère verraient aujourd’hui tomber du ciel les royalties. À ces quelques bénévoles du Secours catholique dénonçant un climat « pourri par le fric », les gardiens du temple lourdais répondent qu’il n’y a là pas plus de marchands qu’à Notre-Dame de Paris. « Le problème, c’est que tout est concentré en deux petites rues, un véritable entonnoir visuel », admettent-ils.
À moins que Jésus ne se décide enfin à revenir faire lui-même le ménage armé de son fouet de cordes. « Renversant les tables et dispersant la monnaie des changeurs », comme nous le rappelle saint Jean dans son Évangile.

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A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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