» Les mots de l’été  » par Didier Pourquery

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« Mesphotos »
Vous êtes sur Facebook, en vacances, tranquille, pas déconnectés pour deux sous ; ou pire, vous êtes au travail et vérifiez entre deux budgets que tout va bien sur vos réseaux sociaux… et, soudain, un message vous annonce qu’Untel ou Unetelle a partagé une photo. Instagram, Pinterest ou autre, bref, « mesphotos » ou « monalbum ». Vous allez avoir droit à une vue sur mer, un coucher de soleil, des carreaux de piscine.
Souvent même, une rangée d’orteils en premier plan. En effet, l’ami connecté prend ses photos avec son portable depuis son transat, ce qui donne une mise en scène particulière : orteils-grande bleue, ou sandalette-mont Blanc. Avec, bien sûr, la légende adéquate, au second degré, comme il se doit (on est sur les réseaux sociaux, on se la joue fun…).
Au choix : « dur, dur », avec un port breton blanc et bleu supposé paradisiaque ; « la galère », avec un lagon ; etc. On a compris le principe. L’ami qui reçoit la photo est censé commenter « grrr » ou « trop de la chance ».
On reçoit même des photos de plats. Syndrome « Top Chef » : la France a découvert qu’elle pouvait disserter sur son assiette. Et que je t’envoie un instantané de bouillabaisse floue, une nature morte aux fruits de mer géolocalisés ou un barbecue merguez-brochettes. Les commentaires des « amis » sont affligeants à proportion de la ringardise de l’image : « hmmmm », « veinards », « obligé, tu me passes la recette en rentrant ».
COMMENTAIRES PÉNIBLES
Instagram a remplacé à la fois la carte postale (« on pense bien à vous ») et la soirée diapos. Sauf que la soirée diapos, on savait quand elle finissait ; là, ça dure toutes les vacances d’été, sans parler des petites (vacances) à venir. Car l’ami réseaux sociaux qui a attrapé le tic d’envoyer des photos de mer bien bleue ou d’assiette exotique ne lâche jamais. Ses commentaires sont aussi pénibles que la phrase tant redoutée de l’ami diapos : « Ça y est, j’ai reçu mes photos du Maroc, il y en a deux ou trois pas mal du tout, vous venez samedi ? »
Ah, ces soirées diapos ! Vous vous souvenez ? Rythmées par le clic-chtac de l’avancée du carrousel ; les commentaires du vacancier (« là, c’était… ») ; les disputes avec le conjoint (« mais non, là c’était Ouarzazate, tu ne te souviens pas ? Tu avais mangé des cornes de gazelle pas fraîches… ») ; les inconnus immortalisés et qu’on nous présentait : « Là, c’était des Belges vraiment très sympas » (il y a toujours des Belges sympas en vacances ; déjà, ils parlent français, c’est sympa). C’était interminable, et l’on devait tenir pour profiter du repas, hélas, exotique…
Fini tout ça. On pense bien à vous, c’est tout de suite, là, pendant que j’envoie la photo de mes pieds dans l’eau… Notez, si les cartes postales vous manquent quand même, qu’une société (Photoservice.com) a lancé une appli pour transformer vos superbes photos légendées en cartes papier envoyées par la poste, tout ça depuis le mobile. Vos orteils vont voyager dans des camions jaunes. Quel pied !
LE MONDE | 15.08.2013 Didier Pourquery

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A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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