Syrie – A Damas massacre au gaz toxique : l’indignation ne suffit pas …

Edito LE MONDE | 23.08.2013
Un massacre de grande ampleur au gaz toxique a été perpétré en Syrie, mercredi 21 août. Le nombre des victimes demeure incertain. Il s’élèverait, selon l’opposition syrienne, à plus de 1 300 morts.
Les images de dizaines de vidéos montrent des cadavres alignés, des enfants qui agonisent en suffoquant, des hommes terrassés, la bouche ouverte, les yeux écarquillés, les bras et les jambes agités de convulsions. Nulle trace de blessure par balles ou par obus sur le corps des suppliciés.

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Tout indique que c’est bien par l’inhalation d’un agent toxique puissant qu’ils ont succombé. Plusieurs experts en armes chimiques, ayant observé ces scènes sur écran, concluent à l’emploi probable d’une telle substance, mentionnant le sarin, que le régime syrien possède en grande quantité.
Cette attaque constitue une escalade spectaculaire dans la guerre civile qui emporte la Syrie. En juin, la France, suivie du Royaume-Uni puis des Etats-Unis, avait affirmé que des armes chimiques avaient été utilisées, désignant le régime de Damas comme responsable. Aujourd’hui, de fortes présomptions accablent, une fois de plus, le pouvoir de Bachar Al-Assad. La Russie, soutien indéfectible du régime syrien, crie à la manipulation.
Cette version, clairement, n’est pas retenue par les Occidentaux. Mais les réactions relèvent de l’attentisme : il faut d’abord établir les faits, insistent les chancelleries, qui s’en remettent à une mission d’inspecteurs de l’ONU présente en Syrie. Ce qui relève de la gageure, puisque la capacité de ces enquêteurs à se déplacer librement dans le pays est des plus relatives.
Terrible symbole : le crime chimique a frappé à quelques kilomètres à peine de l’endroit où se trouvait l’équipe de l’ONU, arrivée deux jours plus tôt… Au-delà de l’horreur de ces scènes, c’est bien une cinglante humiliation des Nations unies qui vient d’avoir lieu en Syrie.
Bachar Al-Assad est assurément un fin observateur de la scène internationale. Il a pu constater, ces derniers mois, l’atonie des réactions étrangères à des attaques chimiques « ponctuelles » et répétées, menées par ses troupes (le nombre de victimes était alors évalué à 150 au total).
Il a pu en déduire qu’une « montée en puissance » ne lui attirerait pas plus d’ennuis. Le dictateur syrien capitalise aussi sur la crise égyptienne, qui a accaparé ces derniers temps l’attention internationale. Il se sent le champ libre. Il a l’appui de Moscou et de Téhéran.
Les Etats-Unis et les pays européens, dont la France, qui avaient menacé en 2012 d’agir de manière décisive en cas d’emploi d’armes chimiques en Syrie, sont renvoyés à leurs paroles vides de crédibilité. Le gaz toxique vient de frapper massivement, un an presque jour pour jour après la mise en garde de Barack Obama parlant de « ligne rouge ». Face à ce qui pourrait s’apparenter à un « Halabja syrien » – référence au dernier massacre à l’arme chimique au Moyen-Orient, survenu en 1988, au Kurdistan – les paroles d’indignation ne pourront suffire.
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 asyrie attaque chimique

l’armée accusée de bombardements massifs et d’attaques chimiques

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 « Cela ressemble très fortement à une intoxication par un neurotoxique »

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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