Négociation sur les retraites : celui qui crie le plus fort a raison !

Siné Mensuel de septembre 2013 – Gérard Filoche *
Vous lui donnez la main, il vous prend le bras. Vous lui donnez le bras, vous ne sentez plus vos jambes. Qui ? Mais le Medef !
121110-tva-competitiviteLe « Pacte de compétitivité » du gouvernement de Jean-Marc Ayrault a déjà rapporté au Medef 20 milliards de cadeau fiscal par an ! 20 milliards d’euros par an, cela ne se trouve pas sous le sabot d’un cheval. C’est même, très exactement le montant du déficit de nos retraites. Mais personne ne semble faire le rapprochement… C’est pourtant au nomde ce déficit que le Medef et la Commission européenne ont exigé et obtenu une nouvelle réforme de nos retraites. Le Medef est-il repu pour autant ?  Pas le moins du monde, il a aussitôt exigé un cadeau fiscal et social de 100 milliards d’euros et affirme maintenant que la réforme des retraites du gouvernement de gauche n’en est pas une. Autant vouloir combler un puits sans fond.
Le coût du travail trop élevé selon le Medef, empêcherait les entreprises françaises d’exporter leurs produits et leurs services. Le coût du capital, lui, n’existe pas pour le Medef. Que les dividendes perçus dans les sociétés françaises s’élève à 180 milliards par an, cela n’entre pas dans le coût des produits. Pas plus que la surévaluation de l’euro qui rend les produits et les services de la zone euro difficilement vendables à l’extérieur de cette zone. Il suffirait pourtant que le coût du capital baisse et que l’euro ne soit plus surévalué pour que le coût des produits français diminue de façon considérable et que les exportations augmentent dans les mêmes proportions. Pour le Medef, cependant, seul compte le coût du travail. pourquoi , Parce que la seule chose qui compte pour lui, ce n’est pas « compétitivité » des entreprises dont il nous rebat les oreilles à longueur de temps, mais leur RENTABILITE, son obsession. 
La réforme des retraites, telle qu’elle est prévue aujourd’hui, ne coûte rien au Medef, bien au contraire.
1107-16-Charb-MedefRetraitesUn petit geste pour améliorer la retraite des femmes qui travaillent à temps partiel ? Ce serait sans commune mesure avec l’augmentation du nombre de trimestres, l’acceptation du recul de l’âge de la retraite à 62 ans, du recul de l’âge butoir de 65 ans. Trois mesures qui pénalisent lourdement les femmes. Le compte pénibilité au travail ? Que coûterait-il au patronat comparé à l’augmentation du nombre de trimestres ? Ce nombre augmentera de six entre 2020 et 2035, mais les salariés qui font un travail pénible pourront accumuler, au prix du parcours du combattant, que leur prépare le patronat, jusqu’à quatre trimestres supplémentaires. Cependant, entre 2010 et 2035, le nombre de trimestres aura augmenté de douze !
Sur le dos des salariés
Le patronat se voit donc frappé d’une hausse de ses cotisations retraite. Avant même que le Medef ait le temps de pousser ses habituels cris d’orfraie, le gouvernement annonce que, dès 2014, cette hausse des cotisations retraite sera compensée par une baisse des cotisations patronales destinées à financer les prestations sociales. Le Medef, stupéfait, ne dit rien dans un premier temps. Il pensait quand même avoir un petit quelque chose à payer pour la réforme. Mais le naturel revient au galop, et, dès le lendemain, il déclare ne pas se satisfaire de ces quelques 2 milliards d’euros d’ici 2020 et réclame illico 34 milliards de baisse de ces cotisations.
Cette réforme se fait donc sur le dos des salariés. Le nombre de trimestres déjà augmenté de six entre 2003 et 2009, augmenterait de nouveau de six entre 2020 et 2035. L’âge de la retraite reste fixé à 62 ans. 60% des salariés du privé ne sont plus, pourtant, au travail quand ils prennent leur retraite. Ils sont au chômage, en maladie ou en invalidité. Ce ne sera donc qu’un transfert des caisses de retraite vers l’assurance-chômage ? Pas tout à fait, car, grâce aux campagnes permanentes de la droite et du Front national, les chômeurs sont de plus en plus assimilés à des « assistés » et qu’il est plus facile pour le Medef de taper sur des « assistés » que sur des retraités.Nous le verrons dès la négociation de la prochaine convention de l’Unedic.
La retraite par répartition est petit à, petit étouffée par le boa constrictor de l’augmentation de la durée de cotisation Au nom, bien évidemment, de la préservation de la « retraite par répartition ». Quel jeune pourrait avoir confiance en un système de retraite qui ne lui permettrait pas de prendre la sienne avant 67 ou 70 ans ? Tout cela pour le plus grand bénéfice du patronat, des banques et des assurances, qui pourraient placer son épargne-retraite, ses fonds de pension et réduire la retraite par répartition à la portion congrue. Exactement comme les assurances complémentaires se taillent la part du lion dans le financement de la santé, alors que l’assurance maladie obligatoire ne rembourse plus que 50% des soins, hors maladie grave.
Pas un trimestre de plus, pas un sou de moins !
Le gouvernement de gauche aujourd’hui navigue à la godille, entre le Medef et les salariés, mais comme le Medef crie plus fort, c’est à lui qu’il cède. Pour permettre à François Hollande d’entendre aussi bien de son oreille gauche que de son oreille droite, les salariés et solidaires doivent se mettre à réclamer aussi fort que le Medef  et se mobiliser massivement à l’appel des syndicats qui refusent la réforme, pour signifier qu’ils ne veulent pas un trimestre de plus et pas un euro de moins pour leurs retraites.

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Cette mobilisation pourrait devenir la condition de la réussite de la gauche au gouvernement. Le Medef joue sur tous les tableaux. Il engrange tout ce que le gouvernement de gauche lui accorde mais il n’attend qu’une chose : que François Hollande se coupe pour de bon de sa base sociale, afin de faciliter le retour de la droite pour obtenir toujours plus.
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Gérard Filoche, où le dernier des authentiques socialistes – Relire aussi :
Le terrible coup de gueule de Gérard Filoche (PS) contre Jérôme Cahuzac
Pas touche à Merkel au PS ? Mais si ! défendre le Smic contre cette harpie libérale !

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