La photo AFP publiée puis censurée de François Hollande – Un plaisir non-dissimulé à faire connaître sa haine de l’actuel président : Encore une anecdote qui en dit long sur l’époque.

abruno rogerpetitNouvel Obs  04-09-2013  Par Bruno Roger-Petit Chroniqueur politique

L’AFP et la photo censurée de Hollande : pourquoi ce ne serait jamais arrivé à Sarkozy

LE PLUS. L’AFP a publié puis retiré une photo peu flatteuse de François Hollande prise lors de la rentrée des classes à Denain. Le cliché, qui a beaucoup circulé, a notamment été exploité et détourné par tous ceux qui détestent le président. Selon notre chroniqueur Bruno Roger-Petit, un tel incident n’aurait jamais eu lieu sous Nicolas Sarkozy. Pourquoi ?
Encore une anecdote qui en dit long sur l’époque. Ce mardi, l’AFP a fini par retirer, en fin de journée, une photo de François Hollande réalisée dans la matinée, à Denain, à l’occasion de la rentrée des classes. Ce cliché était peu flatteur pour le président, que l’on découvrait saisi à l’instant précis où il affichait un sourire plus que béat, le présentant sous un jour peu avantageux.
 Un défouloir pour les anti-Hollande
 A peine mis à disposition par l’AFP, ce cliché avait été utilisé par tous ceux qui éprouvent une joie et un plaisir non-dissimulé à faire connaître leur haine de l’actuel président. Sur les comptes Twitter, le déchaînement était total. Les piques touchant au physique des hommes de gauche au pouvoir, c’est l’une des constantes d’une certaine droite française, Blum, Mendès France, Mitterrand et aujourd’hui Hollande... Mêmes racines, mêmes attaques... Le cliché de l’AFP ne pouvait que servir de défouloir aux Brasillach contemporains sévissant sur Twitter.
 Même des sites d’information honorables s’en étaient saisis à des fins satiriques. En fin de soirée, l’AFP annonça qu’elle retirait la photo de son catalogue, ayant enfin compris que l’affaire prenait une tournure politique du fait de son erreur.
Car s’il faut bien parler d’erreur, voire de faute, la bonne question, c’est aussi de savoir pourquoi une telle bourde a été commise.
 Jamais un tel cliché de Sarkozy n’aurait été vendu
 Disons ici les choses comme elles sont : un tel incident ne serait jamais produit sous Nicolas Sarkozy, président de la République. Parce que la personne présidentielle de Nicolas Sarkozy, à défaut d’inspirer le respect, savait au moins susciter la crainte et inciter les journalistes exerçant leur métier dans cette zone grise qu’est le journalisme dépendant plus ou moins d’un actionnaire qui s’appelle l’Etat, à une prudence de bon aloi.
 En l’espèce, confrontés à un cliché en tous points aussi peu flatteur pour Nicolas Sarkozy que celui de François Hollande, les responsables de l’AFP ne l’auraient jamais mis à disposition de leurs clients, en aucun cas, en aucune façon. Ils auraient instantanément perçu que cette photo portait atteinte à la dignité de la personne du président, qu’elle ne pouvait être qu’utilisée à de mauvaises fins, ayant peu à voir avec la qualité du débat public, et ils l’auraient détruite sans attendre de peur qu’elle ne finisse par tomber en de mauvaises mains. Ils auraient anticipé, de la manière la plus naturelle qui soit, les foudres de l’Élysée sarkozien.
 Mais avec François Hollande, ils n’ont montré ni respect, ni prudence, ni sens de l’anticipation. Et quoi que l’on puisse en juger, c’est grave pour le président de la République.
 Ni Hollande, ni le PS, ni la gauche ne font peur
 « Autocensure » ! S’exclameront certains lecteurs. Oui, « autocensure », mais autocensure juste et appropriée, qui peut alors se nommer responsabilité éditoriale, responsabilité éditoriale triplement respectueuse du métier de journaliste, de la neutralité qui sied à l’organisme AFP et de la qualité des débats publics.
 Cet incident devrait inciter le président de la République, le gouvernement, la gauche au pouvoir à se poser une question sérieuse : comment se fait-il que ce problème ait pu survenir ?
 La réponse est simple, et s’impose d’elle-même : François Hollande et la gauche, le gouvernement et le PS, aucune de ces représentations politiques ne fait peur. Exprimer de manière moins brutale, on dira qu’elles n’incarnent pas cette autorité qu’incarne ontologiquement la droite, que cette dernière soit au pouvoir ou dans l’opposition. Il n’est pas besoin ici de faire de grands développements sur les causes et les origines de cette situation : la présidence « normale », les erreurs de communication dans l’incarnation du pouvoir, le refus de la sacralisation inhérente à la Ve République expliquent l’incident de la photo publiée par l’AFP.
Des moqueries médiatico-politico-journalistique réservées au PS
 On pourrait multiplier aussi les exemples démontrant que la gauche au pouvoir n’est pas respectée par les médias. Ainsi, les PS d’or, parodie de cérémonie des César, où chaque année, lors de l’université d’été du PS à la Rochelle, les journalistes remettent des prix aux personnalités du PS. En 2013, Harlem Désir a été désigné « Langue de bois d’or », Manuel Valls, « Melon d’or », Montebourg, « Couac d’or », Hamon, « Planqué d’or » de l’année… Et tout le reste à l’avenant…
 Les journalistes politiques s’amusent, les socialistes aussi, qui ne réalisent pas combien ce petit jeu révèle le peu de respect qu’ils inspirent aux journalistes, leur relais avec l’opinion…Car bien évidemment, la trahison d’une telle disposition d’esprit ne peut pas ne pas entraîner de répercussions dans le traitement éditorial quotidien… C’est inévitable…
 Le problème, c’est que les « PS d’or » sont uniques en leur genre. Jamais nous n’avons entendu parler des « UMP d’or » par exemple, lors de l’université d’été de l’UMP. Jamais on n’a remis à Jean-François Copé« l’UMP d’or de la plus belle fraude électorale du siècle »,ou un « UMP d’or point Godwin » à Laurent Wauquiez et Christine Boutin pour leurs sorties sur  le gazage des familles lors de la Manif pour tous du 24 mars dernier, ou « l’UMP d’or du fashion way Philippe Noiret » à François Fillon pour son château et son cheval exhibés dans « Paris Match », ou enfin « l’UMP d’or de la meilleure Marie-Antoinette 2013«  à Nathalie Kosciusko-Morizet…
Non, cela n’arrivera pas à l’UMP. Car l’UMP, c’est la droite, donc le pouvoir et l’autorité.  Non, ce genre de moqueries médiatico-politico-journalistique est réservé au PS, à la gauche, au gouvernement, à Ayrault, à Hollande…
 Les socialistes, par tradition honorable, qu’ils estiment à tort républicaine, ont peur de la presse et des journalistes. Ils se refusent à comprendre que ce « quatrième pouvoir » doit lui aussi, comme les autres, trouver sa nécessaire limite. Ils sont, par essence, incapables de construire un rapport de force politique nécessaire, a minima, à s’assurer ce sentiment que l’on appelle le respect, à plus forte raison lorsqu’ils sont au pouvoir.
 François Mitterrand, l’un des rares à avoir tenu le rapport de forces
 François Mitterrand fut l’un des rares socialistes à en être conscient, qui, lorsqu’il arriva au pouvoir, s’appliqua à être un authentique président de la Ve République et à construire avec le monde médiatique un rapport de force constant qui le forçait au respect minimal et de sa personne et de sa fonction.
 Avec Mitterrand, l’incident survenu avec la photo peu flatteuse de Hollande publiée par l’AFP ne serait jamais advenu. Cela ne l’empêcha pas, durant ses deux mandats, de participer au plus vaste mouvement de libération des journalistes de la télévision publique jamais vu depuis 1958 (et l’auteur de ces lignes, qui a débuté à Antenne 2 il y quelques années, en atteste). Comme quoi on peut inspirer le respect et garantir l’indépendance des journalistes.
 Cela dura jusqu’en 1993, jusqu’à la reprise en mains de l’audiovisuel menée par… Nicolas Sarkozy aux côtés d’Edouard Balladur, et depuis, le terrain a été reconquis par la culture de droite télévisuelle (mais c’est un autre débat, on en reparlera le moment venu).
 Cette affaire de photo de l’AFP n’est pas qu’un simple incident. C’est aussi un révélateur de ce que l’autorité présidentielle qu’incarne François Hollande n’est pas une évidence. Et aussi incongru que cela puisse apparaîtra à certains, l’on doit lier les enseignements de cet incident et les difficultés actuelles de François Hollande à apparaître comme un chef de guerre naturel, prêt à engager une action militaire en Syrie.
 En clair, d’un point de vue politique, il est urgent pour François Hollande de repenser les rapports de la gauche au pouvoir avec le monde médiatique, la presse et les journalistes. Trouver le juste équilibre, enfin, entre proximité et autorité. Tant que cette autorité ne sera pas restaurée aux yeux des journalistes, rien ne sera possible.
Édité par Hélène Decommer  Auteur parrainé par Benoît Raphaël

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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