Pourquoi la crise dure

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Par Philippe Légé, Economiste Atterré  –
Après avoir affirmé le 17 octobre 2012 que nous étions « tout près » de « la sortie de la crise de la zone euro », François Hollande a décrété au mois de juin 2013 que celle-ci était « terminée ». Et le 14 juillet il annonçait la bonne nouvelle : « La reprise économique, elle est là. » Ces paroles étaient-elles destinées à faire oublier la flambée du chômage ?
Certains auront trouvé la répétition comique, beaucoup l’auront jugée lassante. En mars 2012, Nicolas Sarkozy déclarait déjà que « nous sommes sortis de la crise financière » et que « nous sommes en phase de reprise économique ». Certes, l’optimisme des dirigeants vise à rassurer, à restaurer la confiance, mais il révèle aussi un diagnostic erroné. La crise actuelle serait de nature cyclique.
LA PART QUI VA AUX DIVIDENDES AUGMENTE
A un journaliste qui lui demandait, en novembre 2012, s’il n’avait pas fait preuve de trop d’optimisme, François Hollande a répondu : « Nous sommes à la troisième années de crise. La reprise va arriver, c’est une question de cycle. » Après la pluie viendra le beau temps. Élu sur la promesse du changement, le gouvernement mène une politique libérale dans l’attente d’une reprise qui permettrait ensuite quelques concessions sociales. Il pense que le temps joue en sa faveur et ne semble pas avoir pris la mesure de cette crise, qui n’est pas de nature cyclique.
untitledIl s’agit au contraire d’une grande crise, une crise structurelle, dans le sens où une reprise durable ne peut pas s’enclencher spontanément. Le capitalisme néo-libéral a conduit à une accumulation de contradictions. La division internationale du travail repose sur d’importants déséquilibres. Le défi énergétique posé par les ravages du productivisme est loin d’être résolu. Le développement des inégalités implique une dynamique de croissance reposant sur l’endettement. La financiarisation engendre une forte instabilité. Et l’Europe fait face à une difficulté supplémentaire puisqu’elle s’est donné une monnaie unique sans s’être dotée des institutions nécessaires.
Bien-sûr, un gouvernement national ne peut pas résoudre seul toutes ces contradictions. Mais s’il entendait y contribuer, il prendrait des mesures radicales afin de rompre avec le modèle néo-libéral qui pourrit lentement
sous nos yeux.
La crise dure parce que la seule stratégie européenne est celle de l’austérité. La crise dure parce que la finance n’a pas été mise hors d’état de nuire. En France, la part des profits qui va aux dividendes augmente. Et comme l’avoue un économiste de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), « il n’y a aucun signe qui nous montre que quoi que ce soit ait changé » au niveau mondial dans le partage entre salaires et profits.
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