Japon – Mont Fuji : un impact environnemental que les autorités japonaises ont bien du mal à maîtriser.

Le Monde 29/08/2013

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Le mont Fuji est victime de son succès

Inscrit depuis juin au Patrimoine culturel mondial, le volcan japonais subit un afflux de touristes
La saison officielle de l’ascension du mont Fuji touche à sa fin. Samedi 31 août, elle s’achèvera sur un bilan positif en termes de fréquentation, avec un nombre de grimpeurs enregistrés depuis le 1er juillet qui devrait dépasser le record de 320 975, atteint en 2010. Mais cette popularité a un impact environnemental que les autorités japonaises ont bien du mal à maîtriser.
Le succès du plus haut sommet du Japon, qui culmine à 3 776 mètres, a tenu cette année à une pluviométrie faible en juillet mais surtout à son inscription, le 22 juin, au Patrimoine mondial culturel de l’Unesco, l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture. Une reconnaissance tardive pour ce stratovolcan – formé de l’accumulation notamment de coulées de laves – dont la dernière éruption remonte à 1707 et dont certains chercheurs pensent qu’il pourrait se réveiller à partir de 2015.

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Montagne vénérée dans le shintoïsme, première religion au Japon, et le bouddhisme, le mont Fuji constitue un lieu de pèlerinage depuis plusieurs siècles. Il apparaît dans certains poèmes de l’anthologie Manyoshu,  » le recueil de 10 000 feuilles  » composée en 760 par Otomo no Yakamochi.

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Sa forme de cône presque parfait a inspiré les maîtres de l’ukiyo-e (les estampes japonaises) comme Hokusai, auteur des Trente-six vues du mont Fuji, ou Hiroshige, qui l’a représenté dans ses Cinquante-trois relais du Tokaido.

amont fuji Hokusai

Chaque année, le célèbre volcan et ses environs, eux aussi classés au Patrimoine mondial culturel, attirent quelque 30 millions de visiteurs. Le nombre de touristes grimpant jusqu’à la cinquième station de la montagne (située à 2 000 m d’altitude, la dixième station correspondant au sommet) atteint 3 millions.

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Cadeau empoisonné
Attendue depuis la signature en 1992 par Tokyo de la Convention sur le patrimoine mondial, son inscription à la fameuse liste, avec l’afflux touristique qu’elle a commencé à entraîner, risque fort de se transformer en un cadeau empoisonné.  » Autour des bancs installés pour faire des pauses, des gens jettent des bouteilles en plastique, déplorait le 23 août, dans le quotidien Sankei, Yoshimasa Yamaguchi, responsable d’un refuge. A la sixième station, on trouve des boîtes de bento jetées n’importeoù. C’est grave. « 
 » C’est la montagne la plus fréquentée du Japon, et même du monde, note le Fujisan Club, une organisation créée en 1998 pour protéger l’environnement du volcan. Cela génère toujours plus de déchets. «  Le club et ses 6 000 bénévoles organisent chaque année une soixantaine de collectes d’ordures sur la montagne. La quantité ramassée atteint plusieurs dizaines de tonnes par an.

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Le problème des déchets ne date pas d’hier. En 1995, des représentants de l’Unesco avaient visité le site, à l’époque candidat à une inscription au Patrimoine mondial naturel. Ils avaient recommandé l’adoption de mesures pour restaurer un environnement déjà fortement dégradé. Les eaux usées des toilettes s’écoulaient à l’air libre, créant des  » rivières blanches  » de papier hygiénique.
Autour des bâtiments de la cinquième station, il n’était pas rare d’apercevoir des monceaux d’appareils électriques, réfrigérateurs, climatiseurs… Les  » eaux sacrées  » du sanctuaire Asama, bâti au sommet, charriaient des monceaux d’ordures.

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En 1996, les autorités ont pris des  » directives pour la protection de l’environnement du mont Fuji « . Le département de Shizuoka, qui partage la responsabilité avec celui de Yamanashi, rappelle l’existence d‘ » éco-rangers, chargés depuis 1999 de donner des informations sur l’environnement «  du volcan. Dans les années 2000, l’installation de toilettes sèches a tari les  » rivières blanches « . Les bus utilisés aujourd’hui sont tous à moteur hybride. Ces mesures ont permis d’améliorer la situation mais elles restent insuffisantes.

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L’Association du tourisme de la cinquième station du mont Fuji estime que  » c’est à cause du problème des ordures «  que le site a finalement été classé au Patrimoine mondial culturel – et non naturel.  » Dans le monde, l’idée s’est répandue que le mont Fuji ne pouvait être inscrit au Patrimoine naturel en raison des déchets « , confirme le site du Fujisan Club.
L’inscription au Patrimoine mondial n’a pourtant jamais été un but en soi, estime Shinichi Okawa, de la protection de l’environnement de Shizuoka.  » Le principal objectif a toujours été de protéger l’environnement naturel du site « , rappelle-t-il, ajoutant espérer que l’inscription incitera les gens à  » modifier leur comportement et à contribuer à la préservation  » du volcan.

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C’est également dans ce but que l’accès à la montagne deviendra payant à partir de l’été 2014, à raison de 1 000 yens (7,60 euros) par personne. Entre le 25 juillet et le 3 août, une collecte volontaire a été organisée auprès des grimpeurs, invités à verser un montant similaire. L’opération, destinée à  » préserver la beauté naturelle du site «  a rapporté 34,12 millions de yens (261 000 euros), un succès.
Le Japon doit soumettre d’ici à février 2016 à la Commission du patrimoine mondial un rapport sur l’état de préservation du site détaillant les progrès environnementaux réalisés. Des progrès que l’explosion du nombre de touristes ne devrait pas faciliter.
Par Philippe Mesmer (Tokyo, correspondant)
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