Education – Tous précoces les enfants ?

aprecocite-des-enfants-digital-vision-162942_L« Ces dernières années, les trompettes de la précocité intellectuelle ont retenti avec force ! Nos enfants seraient tous pourvus d’un potentiel intellectuel surdimensionné : des hauts potentiels (HP) pour employer la terminologie anglo-saxonne. En France on a longtemps employé le terme de ‘surdoué’, et certains l’emploient toujours. Je reçois fréquemment des enfants amenés en consultation par leurs parents, parce qu’ils ont en tête ce type d’interrogation. Ils la formulent rarement directement, mais dans leurs propos : ‘Il ou elle s’ennuie à l’école, il ou elle n’arrête pas de poser des questions, il ou elle nous parle comme une grande personne, il ou elle n’aime jouer qu’avec des plus grands’, je décode assez vite qu’ils souhaiteraient que je leur confirme qu’ils ont raison. L’observation clinique de l’enfant, c’est-à-dire (…)  Lu sur « La famille Sens Dessus Dessous ». Le Monde 08/10/2013
06 octobre 2013, par beatrice copper-royer
 Poster un article sur la précocité est toujours à haut risque de critiques et d’incompréhension. Le sujet est ultrasensible et ce n’est pas nouveau. Apportons donc quelques précisions puisque certains restent sur leur faim.

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L’observation clinique de l’enfant, c’est-à-dire la façon qu’il a de se comporter dans la situation de première consultation, la façon dont il s’exprime, dont il répond aux questions, dont il communique avec ses parents, ses mimiques, son calme ou son agitation, est intéressante et peut déjà mettre sur la piste. Les évocations du comportement de l’enfant depuis sa naissance par les parents vont aussi apporter des informations précieuses et éloquentes. Il est utile d’entendre les deux parents, quand cela est possible, car leurs points de vue sont complémentaires, ils convergent ou divergent et ils sont porteurs de projections riches de leur histoire personnelle.
A partir de cet entretien clinique la passation du test, l’échelle de D.Wechsler, qui est adaptée aux différents âges de l’enfant, de l’adolescent et même de l’adulte, est discutée.
Ce test d’évaluation du QI est intéressant, car en dehors des données chiffrées qui sont à interpréter avec mesure et expérience, l’observation de l’enfant pendant la passation du bilan est une mine d’informations sur la façon dont il traite ses émotions, sur son autonomie psychique, sa confiance, son attention, sa maturité.  C’est pour cela que, pour ma part, je reçois toujours l’enfant deux fois seul, puis ses parents pour un rendez-vous de restitution. Il faut savoir prendre son temps.
A ce test de QI, 50% de la population a un potentiel qui se situe entre 90 et 109. 16%  a des résultats entre 110 et 119. 6,7% entre 120 et 129, et 2,2% au-delà de 130. On tombe à 0,5% pour un potentiel de 140. On est alors dans le Haut potentiel.
Mais encore faut-il que le résultat global soit valide, et il ne l’est que si au moins sur les quatre échelles qui existent, les deux échelles principales, celle du langage et de l’organisation perceptive sont homogènes.
Quand il y a des disparités, il est nécessaire de les analyser, de les comprendre et de discuter avec les parents le moyen de les réduire. De toutes les façons il est indispensable de mettre aussi en perspective l’observation clinique et les résultats chiffrés, pour débattre avec eux de ce bilan, dont ils attendent beaucoup. Et d’une certaine façon ils ont raison, car même si le diagnostic de haut potentiel n’est pas très souvent posé, et pour cause, la richesse des informations tirées du bilan apporte une connaissance de l’enfant qui déçoit rarement.
Il n’y a probablement pas plus d’enfants précoces aujourd’hui, mais on les détecte mieux car les demandes de bilan sont plus nombreuses. Et c’est tant mieux !
Car chaque bilan est une rencontre singulière avec un enfant et ses parents. Il va permettre d’éclaircir des situations souvent confuses, d’alléger parfois des souffrances, d’éviter de s’égarer dans des fausses pistes, de prendre des décisions utiles et positives pour l’enfant, qui sort de ces entretiens soulagé d’avoir été compris et bien souvent déchargé de projections parentales encombrantes.
Béatrice Copper-Royer

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Non il n’y a pas plus d’enfants précoces aujourd’hui qu’autrefois, mais ils sont mieux repérés. Et c’est une chance pour eux.
Car si certains de ces enfants sont tout à fait adaptés au système scolaire, (si si, je vous assure j’en ai rencontré plus d’un), d’autres il est vrai ne sont pas compris, ou ne sont pas à leur place. Tous ces enfants ont besoin d’être intellectuellement nourri. Ils détestent la répétition et peuvent souffrir de la lenteur des apprentissages. Ils les désinvestissent alors, chacun à leur manière, certains en faisant le clown, d’autres en s’enfermant dans leurs rêveries. Ils ont aussi besoin qu’on leur apprenne le sens de l’effort et de la rigueur, qui leur sera indispensable un peu plus tard, et qui souvent leur fait défaut.
Et s’il n’y a pas plus d’enfants à haut potentiel, sans doute, en revanche, il y a t il plus de parents éblouis par leurs enfants, qui traduisent rapidement des comportements pas toujours faciles par des signes de précocité. Mais ce n’est pas parce qu’un enfant est opposant ou rebelle qu’il a un potentiel intellectuel au delà de la norme. Et s’ennuyer à l’école peut être le signe de difficultés affectives ou cognitives qu’il sera utile d’identifier. Mais ces parents ne sont ni stupides ni bornés, et sont capables d’entendre qu’ils étaient sur une fausse piste.
Au psychologue consulté de les aider à réfléchir pourquoi, et à faire évoluer le regard qu’ils portent sur leur enfant, qui, lui, a tout a y gagner !
Béatrice Copper-Royer

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A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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