La croissance à zéro deux pour cent !

Le Canard Enchaîné du 9 octobre 2013 – Jean-Luc Porquet
Elle va revenir ! Pour Noël ! Ça frémit ! Y a un « gros potentiel » de rebond » ! Les voyants « passent au vert » ! L’Insee vient de l’annoncer, la croissance va sans dote atteindre 0,2% cette année ! Vous vous rendez compte ? Le gouvernement n’avait tablé que sur 0,1% ! C’est deux fois plus ! On retrouve le niveau d’avant le krach ! Hollande avait raison ! La reprise pointe le bout de son nez ! Le chômage va rester massif, mais qu’importe ! La croissance va finir par le terrasser, promis-juré ! Champagne !
4-avril-dialogue-dette-endettement-croissance-deficit-dessin-philippe-delestreDu calme. C’est le moment de lire « La mystique de la croissance » (1) de la sociologue Dominique Méda. Elle s’interroge : pourquoi tous les projecteurs de tous les décideurs sont ainsi braqués sur un chiffre, un seul ? Quand on parle de croissance, en effet, c’est celle du PIB, le produit intérieur brut dont on parle. Lequel mesure le volume de biens fabriqués, produits, échangés. Applaudir la reprise, c’est applaudir l’accroissement de ce volume. Et ne pas tenir compte une seconde de ce que chacun de nous sait à moins d’avoir vécu en Corée du Nord ce dernier quart de siècle : l’accroissement de ce volume a des conséquences catastrophiques, réchauffement climatique, pollutions, épuisement des ressources naturelles fossiles, effondrement de la biodiversité, risque nucléaire, etc… Ainsi la croissance, qui a été la « source d’une considérable amélioration des conditions de vie de l’humanité« , s’est transformée en « processus fou et incontrôlé qui est en train de saper les bases même de ce qui a permis sa naissance« . Mais nous refusons de regarder cela en face. « Chaque jour, les médias rappellent que sans croissance du PIB il ne peut y avoir ni croissance des revenus ni diminution du chômage. » Et occultent le reste.
fruits-croissanceDe quoi s’interroger : cet indicateur, qui sert de boussole aux décideurs, qui « oriente l’action publique et privée et donne une direction à l’ensemble des forces du pays« , a t-il encore un sens ? « Il nous repousse dans le mur, il nous rend aveugles, il nous trompe. » Il faut donc commencer par en changer, opération qui est « tout sauf anodine« , et dont débattent en ce moment nombre de crânes d’œuf et d’institutions. Lancés dans une « véritable course dans l’élaboration de nouveaux indicateurs de richesse complémentaires au PIB« , ils ont d’épineuses questions à affronter. Comment faire entrer dans les calculs de cet indicateurs non seulement les flux et les surplus, mais aussi les variations de stock, c’est à dire ce que Jean-Baptiste Say appelait les « magasins de la Nature » ? Certains économistes ont calculé qu’elle nous rend une « série » de « services » (…la Nature), détaillés en 17 catégories. Selon leurs calculs, la nature vaudrait donc 33 000 milliards de dollars. Horreur !
Comment tenir compte du fait qu’elle est bien plus qu’un simple capital à exploiter ? Une « croissance verte », si elle est souhaitée par beaucoup, est-elle tout simplement possible ? ou non ?  (A suivre)
C_La-Mystique-de-la-croissance_1790(1) 268 pages 17 € Flammarion
– A lire aussi le dernier hors-série d' »Alternatives Économiques » « Faut-il dire adieu à la croissance ? »

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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