Chine – frelons asiatiques géants : la Vespa mandarinia, a tué 42 personnes et en a blessé au moins 1 640 autres

LE MONDE | 10/10.2013

En Chine, des frelons géants ont déjà tué 42 personnes

Le village de Yuanba est sur le qui-vive. Rien qui n’empêche les habitants de ce bourg, perdu entre les collines verdoyantes du sud de la province chinoise du Shaanxi, de s’adonner à une partie de mah-jong. Mais chaque joueur peut indiquer les endroits où il ne faut s’aventurer sous aucun prétexte. Au bout de l’allée principale, notamment, là où coule une petite rivière et où, sur la rive opposée, un essaim de frelons géants d’Asie a fait son nid, de la taille d’un gros panier, que l’on distingue dans le feuillage. Cette espèce, la Vespa mandarinia, a tué 42 personnes et en a blessé au moins 1 640 autres dans la région depuis le mois de juillet, selon les chiffres officiels.

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Un nid de frelons asiatiques découvert à Ankang, dans la province du Shaanxi, en Chine, le 6 octobre. | REUTERS
 A Yuanba, déjà deux villageois sont morts, dont Wu Guanfeng, une femme de 72 ans qui, un jour du début du mois d’août, a osé s’éloigner du hameau et partir ramasser des noix en forêt. « On l’a retrouvée avec au moins trente piqûres à la tête », relate Yang Shiyou, 52 ans, l’un de ses fils. La victime fut conduite immédiatement en voiture à une heure de route de là, à l’hôpital d’Ankang, la préfecture : « Les médecins n’ont rien pu faire, le poison se répand rapidement dans le sang. » Un service entier de cet établissement est rempli de victimes en convalescence du frelon géant, mais la police veille, et Zou Bin, la responsable du comité du Parti communiste (PC) de l’hôpital, en interdit l’accès aux étrangers.
DES MOYENS LIMITÉS
Les villageois de la région sont habitués à ce frelon géant mais jamais, de mémoire d’homme, cet insecte n’avait tant pullulé. L’insecte peut atteindre la taille d’un doigt, raconte Wang Tao, 31 ans, un voisin de la famille endeuillée, et il n’hésite pas à s’établir autour des habitations, de l’école, ou le long des chemins empruntés quotidiennement par les villageois. « Les nids peuvent être gros comme ça », mime Wang Tao en ouvrant grand les bras. « Certains n’osent plus retourner dans la forêt, les frelons prennent en chasse même les personnes qui ne s’approchent pas », constate Yang Shiyou, le fils de la victime.
Les autorités locales ne ménagent pas leurs efforts, mais leurs moyens sont limités. Deng Xiangzun, le sous-chef de l’administration de Hongshan, petite commune qui compte 16 000 habitants avec les hameaux alentour, dont Yuanba, a annulé ses vacances autour de la fête nationale du 1er octobre, comme ses collègues. Ils se sont organisés en équipes pour aller localiser les nids et ont posé des affiches avec les numéros de leurs téléphones portables. Pour les nids les plus proches des zones habitées, ils appellent au plus vite les pompiers, qui sont mieux équipés et mieux formés. Les plus petits nids seront aspergés d’essence et brûlés par des villageois téméraires.
 MULTIPLICATION LIÉE À LA MÉTÉO
Même combat dans le village de Qihe, à quelques dizaines de kilomètres, où le chef du Parti communiste, Li Jianli, a organisé des rassemblements d’information dans les écoles, posé des panneaux près des nids trop difficiles à détruire et accompli des tournées dans une voiture équipée d’un mégaphone.
« Il nous faudra du temps pour comprendre ce frelon ; nous savons que sa multiplication est liée à la météo, mais est-ce qu’il y a d’autres causes ? C’est très difficile à dire, nous ne sommes pas des spécialistes du sujet », souligne Deng Xiangzun, le fonctionnaire de Hongshan. La raréfaction de prédateurs naturels, comme les araignées ou certains oiseaux, a sans doute facilité la prolifération du frelon. Le temps particulièrement sec de cet été et les températures accablantes qui l’ont accompagné et tardent à redescendre jusqu’en ce début d’automne sont certainement un facteur important.
Les frelons sont très actifs durant la saison estivale, jusqu’à l’arrivée de l’hiver où tous disparaîtront sauf les reines. Ils redoublent d’activité lorsque les températures grimpent entre 30 et 37 0C, explique Zhang Zhaocun, chargé des insectes au bureau local des forêts. Pour parler à cet expert de terrain, impossible de se débarrasser d’un membre du comité local du PC, de deux officiels chargés des affaires étrangères d’Ankang et deux autres du Bureau de la propagande.
 PHÉNOMÈNE ACCENTUÉ PAR LA POLITIQUE DE DÉVELOPPEMENT
Selon Zhang Zhaocun, le phénomène a été accentué par la politique de développement rural menée au cours de la décennie passée. De 2002 à 2006 en particulier, les paysans isolés des collines ont été incités ou contraints à déménager vers les villages, où l’Etat a aidé à leur construire de nouveaux logements. Une de ces politiques de déplacement comme en mène régulièrement la Chine. Baptisée « Rendre les terres cultivées à la forêt », celle-ci a permis d’améliorer l’accès à l’éducation, aux dispensaires et autres services publics dans les campagnes autour d’Ankang.
En parallèle, d’importants efforts de reboisement visaient à réduire l’érosion, voire les glissements de terrain dans cette région vallonnée. La plantation d’arbres a été systématique pour les collines d’une inclinaison supérieure à 25 degrés. La forêt a gagné les abords du village, plus densément peuplé. « Il y a davantage de forêts, donc l’environnement est bien meilleur pour le frelon. Or, comme Ankang a été très active dans ce domaine, elle est la plus confrontée au problème », constate l’expert du bureau des forêts.
L’explication fait sourciller le responsable de la propagande : ce n’est pas la ligne défendue depuis le début de la crise des frelons dans les médias officiels. Leurs journalistes sont venus il y a quelques jours lorsque la municipalité d’Ankang a annoncé un net déclin du nombre de piqûres. « Il n’y a pas de lien », rappelle sans grande subtilité l’homme de la propagande à l’expert des forêts. « L’environnement d’Ankang est aujourd’hui bien meilleur », tente de se rattraper M. Zhang.
Par Harold Thibault (Ankang, Chine, envoyé spécial)

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