Travail du dimanche : consommer, j’écris ton nom !

Charlie Hebdo – 9 octobre 2013 – Charb
« Je veux pouvoir acheter des trucs quand je veux ! »  Quand, dans quelques siècles, un historien dépouillera la presse d’octobre 2013, il sera surpris de constater qu’en pleine crise économique les micro-trottoirs donnaient largement la parole à une catégorie inattendue les consommateurs frustrés. Ils ne sont pas frustrés de na pas avoir le minimum vital, ils ne sont pas frustrés de lécher les vitrines à défaut d’avoir les moyens d’acheter ce qu’il y a dedans. Ils sont frustrés de ne pas pouvoir acheter le dimanche du matériel de bricolage fabriqué par des esclaves chinois. Ils sont frustrés de ne pouvoir acheter leur boîte de Granola à l’huile de palme ou leur sent-y-bon Guerlain après 21 heures.
100_5764L’historien du futur aura-t-il l’occasion d’étudier un rapport du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (CREDOC) réalisé en 2008 ? Le résultat de l’enquête devrait le faire marrer. On y apprend que, si « 52% des Français sont favorables à l’idée qu’il faudrait autoriser tous les commerces à ouvrir le dimanche s’ils le souhaitent, seulement 39% des Français (actifs) seraient prêts à travailler régulièrement le dimanche » et que « 3 Français sur 4 considèrent que le temps d’ouverture des commerces est déjà suffisant« . Oui, mais, vous me direz, ça, c’était en 2008. Tout va très vite, et aujourd’hui ce que le Français veut le plus au monde, c’est faire ses courses jour et nuit et 7 jours sur 7 s’il le souhaite.
Deux choses sont importantes en 2013 : éliminer les Roms de la surface de la Terre et obéir à notre instinct de consommateurs. Nous sommes de grands fauves : lorsque nous avons envie d’un paquet de nouilles après 21 heures, nous exigeons que notre terrain de chasse soit accessible. Ouvrez les grilles du Monoprix, je veux des nouilles ! Combien de fois le soir avons-nous été réveillé par ces rugissements de bête furieuse ! Ouvrir les magasins tard, c’est la garantie d’éliminer une grosse partie du tapage nocturne qui empêche les fauves déjà rassasiés de finir leur digestion.
Il faudrait que l’historien du futur retrouve l’enregistrement d’une émission sur LCI où l’on voit Gérard Carreyrou et Ivan Rioufol traiter un porte-parole du Front de gauche de bolchévique et de stalinien parce qu’il défend le Code du travail. Imposer aux gens le jour où ils doivent se reposer et les horaires où ils doivent consommer c’est totalitaire ! L’individu d’abord !
Un huitième jour à la semaine pour consommer plus !
Les défenseurs du patronat, du libéralisme économique, de la concurrence et de la dérèglementation trouvent 100_5771qu’il y a trop de pages dans le Code du travail. Ce sont ces mêmes défenseurs de la liberté qui estiment qu’il n’y a pas assez de pages dans le Code pénal… Quelle « liberté » défendent-ils ? La liberté pour le patron de s’appuyer sur la revendication d’une minorité de salariés de travailler le soir et le week-end pour l’imposer au plus grand nombre. Diviser les salariés pour, à la fin, obtenir ce qu’on veut d’eux. Si les ultralibéraux vouent un culte à l’individu, c’est simplement parce qu’il est plus facile de mettre à genoux un homme seul qu’un groupe solidaire.
Paradoxalement, ces amoureux de l’ordre policier, rêvent d’une société d’enfants gâtés, de chiards capricieux à l’écoute de leur cerveau reptilien. Vas-y mon grand, exige de pouvoir consommer après 21 heures, tu seras soutenu par les pom-pom girls du Medef, mais si tu exiges d’avoir les moyens de consommer, tu te prendras les rangers d’un CRS dans les dents.
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A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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