Un nouveau Big Brother en matière automobile – Boîtes noires sous le capot ou caméras dans l’habitacle : votre conduite sera bientôt analysée en temps réel

Sud-Ouest 13/10/2013 Par Frédéric Sallet

Les automobilistes bientôt sous surveillance électronique ?

asoboites noires

Plus de 1,5 million de caméras embarquées ont déjà été achetées en Russie. En France, le marché est pour l’heure balbutiant. (Photo Thierry David/« Sud Ouest »)
Le terme peut intriguer ou inquiéter, évoquant davantage les catastrophes aériennes que le secteur automobile, mais il devrait rapidement s’imposer en France comme en Europe : des boîtes noires équiperont bientôt en masse nos voitures.
Bourrées d’électronique, elles enregistreront en temps réel des dizaines d’indicateurs, de la vitesse de déplacement à la pression exercée par le pied sur la pédale de frein et jusqu’à la rapidité de déclenchement de l’airbag ou l’orientation des pneus sur la chaussée. Des données précieuses pour mieux analyser les causes des accidents de la route et disposer d’éléments techniques objectifs.
En novembre, le Conseil national de la sécurité routière (CNSR) devrait d’ailleurs publier ses préconisations sur le sujet, ainsi que Manuel Valls lui en avait fait la demande avant l’été. Reste toutefois à délimiter l’usage envisagé de ces enregistreurs de données qui peuvent laisser craindre l’éclosion d’un nouveau Big Brother en matière automobile.
 Mouchards ou sauveurs ?
« La technologie n’est plus un obstacle, mais il nous reste à arrêter les grands principes de cet outil », reconnaît le ministre de l’Intérieur sous l’œil vigilant de la Cnil (Commission nationale de l’informatique et des libertés).
Aux États-Unis, tous les constructeurs doivent désormais équiper leurs véhicules de ces boîtes noires que l’Europe pourrait également généraliser en 2015. De quoi donner le sourire aux patrons italiens d’Octo Telematics, leader du secteur avec plus de 2 millions de dispositifs actifs à travers la planète.
Mais plutôt que de boîtes noires, on préfère ici parler de transparence et de services aux conducteurs pour véhiculer une image plus rassurante. « Il faut que l’utilisateur y trouve un avantage », décrypte Yvon Berranger, le directeur général d’Octo Telematics pour la France. « Les boîtiers peuvent être associés à de nombreux services télématiques. Par exemple, en cas d’accident, un appel automatique sera transmis aux services d’urgence avec la position GPS du véhicule, sans aucune intervention du conducteur, ce qui permet d’améliorer les délais d’intervention des secours », explique Yvon Berranger, qui cite également la possibilité de bloquer un véhicule à distance en cas de vol ou d’analyser la conduite pour faire baisser la consommation de carburant, la sinistralité… et le coût de l’assurance.
Des initiatives concrètes que la Cnil encadre rigoureusement en France afin que les enregistreurs de données ne se transforment pas en mouchards destinés à relever les infractions au code de la route et à les transmettre aux assureurs ou aux forces de l’ordre.
« Un avocat, pas un flic »
« Aujourd’hui, nul ne veut rouler avec un flic caché à bord de la voiture », lance Boris Brault, qui a fondé la société Road Eyes en 2011. Son domaine ? Les caméras embarquées à destination des professionnels et du grand public, de petits boîtiers que l’on installe sur le pare-brise et qui filment la route en enregistrant vitesse et position GPS.
« Notre caméra, c’est un avocat, pas un flic. Les images peuvent servir en cas de litige ou de délit de fuite », assure ce spécialiste de l’électronique qui rêve de développer le marché français à l’image de la Russie (1,5 million de caméras dans les voitures) ou de la Corée du Sud (1 million).  « Ces dispositifs sont prévus pour accompagner les usagers de la route dans une conduite sereine. On constate que les automobilistes sont plus agressifs, il y a beaucoup de procédures à suivre avec les assurances, des experts… Avec nos caméras, on peut enfin apporter une preuve incontestable en vidéo. »
Difficile toutefois de convaincre les automobilistes de s’équiper en masse avec ce seul discours sécuritaire. En 2014, les produits disponibles dans le commerce devraient donc s’affirmer plus ludiques, connectés avec les smartphones pour encourager la pratique du « smartdriving » en permettant à chacun de mieux connaître ses habitudes de trajet et ses petits défauts.
Qui connaît vraiment sa vitesse moyenne, ses excès ou ses erreurs ? Comment se comparer à ses amis, sa famille ? En favorisant l’émulation et l’intelligence collective, la technologie promet une circulation plus douce. Mais cela peut-il se faire au prix de quelques entorses à la vie privée ? C’est la question à laquelle devra désormais répondre le législateur.
Note : plus d’1 million en Russie et Corée du Nord : A remarquer ce nouveau Big Brother dans des pays autoritaires ….

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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