L’agriculture bio : un tabou dans le monde agricole

France Info – 30 octobre 2013 – Alice Serrano
L’agriculture bio est parfois mal vue par le monde agricole. Seulement 5% des exploitations sont bio en France. Rencontre dans le Cantal, avec Sylvain et ses parents Jean-Marie et Jeanine, qui ont décidé de cultiver bio.
2013-10-24%2010_57_28Jeanine et Jean-Marie Caumont, les parents de Sylvain, qui ont une exploitation bio ©
Pas rentable, inutile, la culture bio choisie par la famille Caumont est souvent raillé par une grande partie du monde agricole expliquent Sylvain et ses parents Jean-Marie et Jeanine. Moins de 5% des exploitations sont bio en France.

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C’est pourtant un choix nécessaire assurent les éleveurs. Eux ont pris leur décision il y a 15 ans au moment de la crise de la vache folle. Mais changer les mentalités est difficile, d’autant que les lobbies pèsent, selon la famille, de tout leur poids. « En 98, au moment de la crise de la vache folle, j’ai perdu confiance dans ce que l’on nous vendait, on a pris la décision de passer au bio pour ne plus dépendre de ces lobbys. »
Une décision difficile à prendre, la ferme à mis dix ans pour retrouver son rythme de croisière. A l’époque ce changement de cap avait fait sourire dans la profession. « J’ai un très bon copain, qui me disait : mais le bio, c’est le type aux cheveux longs, la ferme bordélique, les vaches maigres ! Voilà l’image qu’on donnait des bio : des soixante-huitards attardés. » Aujourd’hui leur image n’a pas tellement changé. « Vous ne pouvez pas parler écologie avec les agriculteurs dans le secteur… hormis les bio qui ne sont que trois ou quatre dans le canton. Pour les autres, on cultive les orties, les ronces, les fougères, les genets… »
Florian est apprenti dans la ferme de Sylvain. A l’école d’agriculture d’Aurillac, son choix passe mal : « On est très mal vus. Comme des arriérés ! On n’évolue pas en même temps qu’eux dans la société. C’est très difficile pour eux de comprendre vraiment ce que nous faisons. Alors que finalement, moi qui ne connaissait pas, je me rend compte qu’on travaille exactement comme les autres. On nage à contre-courant donc c’est plus épuisant que de se laisser porter par la vague ! La vague, elle est très puissante, elle entraîne tout le monde, donc c’est devenu la règle. »
Une règle imposée par le milieu agricole assure Jeanine. « Nos collègues qui sont en agriculture traditionnelle ne sont pas plus bêtes que nous, eux aussi seraient peut être prêts à faire ce genre de choses. Mais il y a plein de monde pour leur dire : « Non, là il faut que tu mettes de l’engrais, là il faut que tu traites ton blé, ce sont les syndicats bien sûr, et les lobbys. » Mais pas seulement : « Nos coopératives agricoles sont à la fois juges et partis, parce qu’elles achètent la production des agriculteurs, mais en même temps, ces coopératives leurs vendent aussi les produits de première nécessité : engrais, pesticides, etc. On peut se poser la question : Est-ce qu’ils gagnent plus d’argent à acheter la production des agriculteurs qu’à vendre des produits phytosanitaires ? Je ne vais répondre pour eux.« 
Moins de 5% des exploitations agricoles sont bio en France, c’est bien peu. « Il est grand temps de mesurer l’impact des engrais chimiques, des pesticides, des antibiotiques à tout-va dans les aliments du bétail, etc. Il est temps que l’on en prenne conscience et que l’on en tire des conclusions.« 
Jean-Marie, sa femme, son fils se sentent bien seuls dans leur combat, combat qu’ils estiment pourtant essentiel pour les générations à venir. « Que va t-on donner à nos enfants et à nos petits-enfants ? C’est la réflexion que devraient avoir tous les agriculteurs aujourd’hui.
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